Prix Michel-Jurdant - Les «hasards» font les géographes
André Roy demeure un précurseur en géomorphologie fluviale
«La géomorphologie fluviale est la science qui cherche à comprendre comment fonctionnent les cours d’eau. Ce qui nous intéresse le plus, ce sont les formes : comment, à l’intérieur du chenal, les sédiments se déplacent et se réorganisent en de nouvelles formes dans le cours d’eau », explique tout simplement André Roy, aujourd’hui professeur à l’Université de Waterloo (Ontario).
Parce que ce domaine de recherche est à la rencontre de plusieurs sciences, la carrière d’André Roy se distingue par l’originalité et l’excellence, ce qui fait qu’on ne peut que remarquer l’ampleur de ses réalisations.
Aujourd’hui, on enseigne la géomorphologie fluviale partout au Québec, ainsi que dans la plupart des universités de l’est du pays, et l’apport scientifique du Québec dans le domaine est reconnu à travers le monde. Il en allait tout autrement il y a 30 ans, alors qu’André Roy faisait figure de pionnier dans une science qui à l’époque était encore pratiquement inexistante au Québec.
En 1977, André Roy obtient une maîtrise en géographie de l’Université de Montréal avec Essai sur l’analyse spatiale des réseaux hydrographiques : un modèle de croissance polaire. Par la suite, il obtient un doctorat en 1982 à l’Université d’État de New York à Buffalo. Sa thèse porte alors sur l’application du principe d’optimalité comme concept unificateur pour expliquer la géométrie des systèmes arborescents qui transportent les fluides.
« Ma thèse de doctorat comportait plus de 350 équations ! Ce concept d’arborescence n’a pas eu beaucoup d’impact sur les étudiants, qui trouvaient tout ça un peu trop théorique. C’est là que j’ai décidé de faire plus de terrain, et l’idée était de trouver des sites qui répondent à des critères qui nous permettent de comprendre certains phénomènes. »
André Roy passe ainsi plusieurs années sur des cours d’eau qui sont des affluents du fleuve Saint-Laurent. Chacun de ces sites sera étudié sur une longue période et de manière intense au moyen de plusieurs types d’expériences.
À une autre échelle, et au cours des dix dernières années, les recherches d’André Roy s’inscrivent dans un contexte plus large et se concentrent sur l’estuaire du Saint-Laurent, sur les façons dont les changements climatiques affectent les rivières de la vallée du Saint-Laurent, sur la question de savoir si le fleuve lui-même est affecté et sur les conséquences de tels changements.
« Aujourd’hui, on travaille encore sur une macroéchelle et on utilise la modélisation sur l’évolution des chenaux. On est encore sur le terrain, mais ça nécessite aussi tout un bagage d’outils pour être capable de comprendre ces phénomènes », nous dit André Roy, qui, dans un même temps, vient de coupler son penchant pour le terrain à celui pour la théorie.
Présentement, si on cher-che André Roy, on le trouvera sur la rivière Nicolet, où toute son équipe étudie l’érosion des berges dans un contexte de changements climatiques. Ils essaient ainsi de comprendre quels sont les facteurs qui interviennent dans le processus. En faisant une projection sur les 75 prochaines années, les chercheurs sont capables de prédire, avec des changements dans les débits d’eau, l’érosion des berges et la migration latérale de la rivière.
Tout au long de sa carrière, André Roy a su s’entourer de nombreux collaborateurs. Ils proviennent tant de l’Université Concordia que de l’UQAR et de l’INRS. À travers tous ces projets, on trouve aussi des collaborateurs étrangers qui proviennent entre autres du Royaume-Uni et qui se greffent aux équipes déjà en place.
Nécessairement, les étudiants font eux aussi partie de ces groupes de recherche : « J’ai eu la chance inouïe d’avoir des étudiants tellement bons que, pour être honnête, j’avoue en toute humilité que le gros du mérite ne revient pas au chercheur lui-même, mais à ceux qui ont travaillé avec lui. »
En tout, ce sont plus de 90 étudiants qui ont suivi André Roy dans ses recherches et « chacun, à sa manière, a su pousser les limites du cadre et a été capable de faire son propre chemin à travers tout ça, et moi, le gros de mon travail aura été de les coordonner. » Ce qui fait qu’aujourd’hui on retrouve d’anciens étudiants d’André Roy dans plusieurs universités de l’est du Canada.
Reconnaissance
Les qualités de pédagogue et d’enseignant-chercheur d’André Roy ont d’ailleurs été reconnues par de nombreux prix, dont le Prix d’excellence en enseignement, secteur sciences de l’Université de Montréal, en 1994. En 1996, il a reçu le même prix, mais cette fois dans la catégorie des professeurs titulaires, et, en 1999, l’Association canadienne des géographes lui a remis son Prix d’excellence pour l’enseignement en géographie.
Au tout début de ses études en géographie, André Roy voulait se diriger vers la démographie. La rencontre avec un professeur de géomorphologie dès la première année du bac, dont le cours l’a complètement emballé, l’a fait changer de direction : « Ce sont ces hasards qui font qu’on construit graduellement une espèce de parcours sans trop s’en rendre compte. »
André Roy a fait beaucoup plus que de construire un parcours, il a construit une vaste entreprise sociale en collaborant avec des collègues et en partageant son savoir.
Collaboratrice









