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Prix Pierre-Dansereau - L’économiste dissidente affiche son bonheur

Marguerite Mendell est la première à recevoir le prix créé à la mémoire de l’écologiste

Marguerite Mendell diririge l’Institut Karl-Polanyi depuis plus de 20 ans.
Photo : ACFAS Marguerite Mendell diririge l’Institut Karl-Polanyi depuis plus de 20 ans.
«Un grand honneur, un privilège, une belle surprise! Obtenir ce prix, c’est à la fois une reconnaissance extraordinaire de mon travail et une distinction que je reçois avec beaucoup d’humilité, étant donné ce que représente M. Dansereau au Québec comme chercheur, comme militant, comme homme d’action.» Presque six mois après avoir été choisie par l’Acfas pour le prix Pierre-Dansereau, Marguerite Mendell, économiste, professeure à l’École des affaires publiques et communautaires et directrice de l’Institut Karl-Polanyi à l’Université Concordia depuis plus de 20 ans, ne boude toujours pas son plaisir.

Fière donc, et à plusieurs titres. Être la première d’une lignée qu’elle espère longue, à recevoir ce nouveau prix. Que par celui-ci l’Acfas reconnaisse que le milieu scientifique a évolué et que la recherche-action, la recherche partenariale est tout aussi importante que la recherche fondamentale et la recherche appliquée.


Qu’il soit remis à une économiste, véritable pied de nez à la très grande majorité de ses collègues, adeptes de la pensée néoclassique selon lesquels toute irruption d’un chercheur sur le terrain est une ineptie. « L’Acfas est une instance crédible dans le milieu universitaire, explique-t-elle. Qu’elle décerne un prix à une personne comme moi prouve que nous, les chercheurs-praticiens, faisons partie intégrante du milieu scientifique. Que nous ne sommes pas des gens bizarres qui vont sur le terrain en bénévoles. C’est une reconnaissance de la validité de notre méthodologie, de notre langage, de notre choix de travailler avec des acteurs de terrain, de notre façon de comprendre les problèmes, d’identifier les enjeux, de chercher des solutions, tout simplement de jouer notre rôle en tant que scientifiques. Le fait d’avoir donné à ce prix le nom de Pierre Dansereau n’est pas anodin. Un homme qui a enseigné jusqu’à 94 ans, qui a mené de la recherche fondamentale, mais qui a aussi beaucoup donné de son temps au milieu, à sa société. »

 

Économie communautaire


Car si Mme Mendell est économiste et fière de l’être, elle n’est pas une économiste comme les autres, et elle s’en fait également une fierté. Depuis trois décennies, elle s’emploie à collaborer et à innover avec des praticiens du développement économique communautaire, de l’économie sociale et du secteur en croissance de la finance sociale. Et ses efforts l’ont menée à conseiller notamment la Ville de Montréal, le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada dans son domaine de prédilection.


« Je suis professeure dans un programme interdisciplinaire où on étudie l’économie dans son contexte institutionnel, sociétal, précise-t-elle. Donc, je fais quelque chose que peu d’économistes font… voire approuvent. À ce niveau-là, je suis déjà marginale par rapport à mes collègues économistes traditionnels. Bien sûr, j’ai des contacts avec eux, nous dialoguons, nous échangeons notre analyse sur l’économie mondiale, la globalisation, etc. Mais je ne suis pas dans un département avec des économistes purs et durs… et ceux-là me tolèrent tout juste. Je suis respectée parce que j’ai maintenant un certain âge et que je publie dans des revues qui ont une certaine renommée… Mais je suis une sorte de dissidente et, pour nombre d’entre eux, ça suffit à me mettre à la marge.»


Nostalgie


Marguerite Mendell se souvient avec nostalgie de ses dernières années en tant qu’étudiante à McGill. Elle se rappelle la fin des années 1970 et les formidables débats entre néoclassiques, keynésiens, marxistes, postmarxistes, en pleine crise liée aux chocs pétroliers.


« Tout a changé au début des années 80 dans les départements d’économie, estime-t-elle. Pour la première fois, on avait à la fois du chômage et une hausse de l’inflation. Pour les néoclassiques, adeptes de la pensée libérale, c’était le moment de gloire. Tous nos maux venaient du fait qu’on ne laissait pas fonctionner le marché, qu’on ne lui permettait pas de s’autoréguler, que l’État intervenait trop. C’est devenu une véritable religion. Ceux-là ont pris le pouvoir dans nos universités et petit à petit les autres théories économiques, l’histoire même de l’économie, ont disparu des programmes. Nous avons formé des générations d’étudiants qui n’ont jamais entendu parler de Keynes… qui n’était pourtant pas un socialiste, encore moins un communiste! »


Devant cette tendance, Marguerite Maendell s’est réfugiée dans l’interdisciplinarité, le terrain, l’économie sociale. Une école qui a du mal à pénétrer à l’intérieur des universités québécoises et canadiennes, mais qui commence à se tailler une belle place en Europe, à la fois parmi les universitaires et les décideurs.


Il y a trois semaines, la lauréate du prix Dansereau était ainsi invitée à Bruxelles à un colloque intitulé «Des emplois pour l’Europe». « On parlait des emplois verts, des hautes technologies, de tous les créneaux possibles pour répondre au chômage structurel en Europe. Et ils ont inclus l’économie sociale comme un vecteur possible et important pour créer de l’emploi. Ça prouve que l’économie sociale n’est pas marginale. On est un des acteurs économiques, on a des objectifs socio-économiques, écologiques, sociétaux, de développement durable, de modification des façons de vivre, etc. On cherche des solutions pour être capables de mieux manger, de mieux se loger, d’avoir une meilleure conciliation travail-famille, mais aussi de développer des entreprises, de créer des emplois, d’investir et au final d’améliorer la qualité de vie pour tous. Et nous avons des résultats, puisque l’on sait aujourd’hui que les coopératives ont mieux géré la crise de 2008 que les autres… On estime également que l’économie sociale représente de 7 à 8 % du PNB du Québec, sans doute 10 % en Europe. Mais ça, les économistes orthodoxes, malgré la crise financière qui aurait dû mettre à mal tout leur modèle, ne veulent pas l’entendre. »


Avec ce prix, Marguerite Mendell estime que l’Acfas vient remettre en cause cette orthodoxie. En échange, elle a accepté d’aller voir les jeunes dans les écoles secondaires et dans les cégeps, pour leur parler de son expérience et leur montrer qu’une autre voie est possible en économie.



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