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    Prix Jacques-Rousseau - Un chercheur pressé

    Mohamad Sawan navigue entre les disciplines

    6 octobre 2012 |Claude Lafleur | Éducation
    Mohamad Sawan rêve de redonner la vue aux personnes atteintes d’un déficit visuel.
    Photo: Bill Siel Associated Press Mohamad Sawan rêve de redonner la vue aux personnes atteintes d’un déficit visuel.
    Qui ne se souvient pas du fantasme de l’« homme bionique » dans les années 1970, à qui on avait implanté des dispositifs bioniques lui conférant des capacités surhumaines ? C’est le genre de micro-appareil que met au point Mohamad Sawan à l’École polytechnique. Il s’agit toutefois pour lui non pas de créer des surhommes, mais de rétablir certaines fonctions organiques chez des patients.

    Le professeur Sawan poursuit deux grands rêves : comprendre le fonctionnement du système nerveux et du cerveau et, pourquoi pas, redonner la vue aux aveugles !


    « Pour moi, le corps humain est formidablement complexe, c’est magique même, lance-t-il avec des éclats dans les yeux, et j’essaie de comprendre comment ça fonctionne. J’essaie aussi de créer des dispositifs qui assistent le système nerveux. C’est comme creuser dans un iceberg, tant c’est incroyablement complexe ! »


    Le chercheur a fondé en 1994 le Laboratoire de neurotechnologies Polystim (« stim » pour « stimulant ») afin de mettre au point des dispositifs médicaux intelligents. Il est devenu un expert de renommée mondiale en génie biomédical, un domaine qui combine plusieurs disciplines du génie et de la médecine. Le professeur Sawan travaille avec une foule de médecins, de sorte que ses travaux servent aussi bien à poser des diagnostics qu’à traiter de nombreuses pathologies. En outre, il figure parmi les premiers chercheurs à avoir conçu des microstimulateurs pour le traitement des fonctions urinaires et digestives.


    Sa longue carrière fructueuse — qui n’est pas terminée, loin de là ! — lui vaut le prix Jacques-Rousseau décerné par l’ACFAS, afin de reconnaître un scientifique exceptionnel qui a largement dépassé son domaine de spécialisation pour établir des ponts entre différentes disciplines. « Je suis d’origine libanaise et, au Liban, l’école, c’est très important, raconte Mohamad Sawan d’une voix chaude et douce. Je crois que nous figurons parmi les pays où le taux de scolarité est le plus élevé ; c’est rare, une famille libanaise où il n’y a pas un médecin ou un ingénieur ! »


    C’est dire que, dès son enfance, ses parents l’ont motivé à s’intéresser aux sciences, rêvant même qu’il devienne médecin. Cependant, nous étions alors dans les années 1970 et le Liban était déchiré par une terrible guerre civile. « Ce n’était pas le bon moment pour entreprendre des études de médecine, dit-il. Il me fallait attendre un peu… En attendant, j’ai entrepris des études de génie électrique, car j’étais curieux. Et, comme le génie biomédical fait partie du génie électrique, ça m’a paru particulièrement intéressant puisque cette discipline me rapprochait du domaine qui m’intéressait - la médecine - et qui faisait tant plaisir à mes parents ! »


    Toutefois, le jeune Sawan s’est fait prendre au jeu du génie biomédical puisqu’il a finalement terminé ses études doctorales à l’Université de Sherbrooke avant d’entreprendre, en 1991, sa carrière de professeur et de chercheur à l’École polytechnique. « Dans le fond, le génie me permettait d’appliquer ma curiosité… aux aveugles », lance-t-il à brûle-pourpoint.

     

    Un aveugle à vélo


    Sa curiosité vient de ce qu’un jour il a vu un aveugle faire de la bicyclette ! « Alors que je résidais encore au Liban, dit-il, j’ai connu un aveugle qui faisait du vélo. Incroyable ! Cette personne se levait avant tout le monde pour aller au travail afin d’éviter le trafic. À Beyrouth, elle suivait son chemin à vélo même si elle était complètement aveugle. J’en suis venu à me demander comment il se faisait que certains n’ont pas cette fonction ? Et j’ai depuis fait pas mal de travaux dans ce créneau. »


    Cependant, la curiosité du professeur Sawan est telle qu’il s’intéresse à une foule de déficiences, allant des problèmes auditifs à ceux de la vessie. « Je me suis aussi bien intéressé à la façon dont la cochlée est connectée au cerveau qu’à la façon dont l’oeil y est relié… Des questions fascinantes ! »


    Comme ingénieur, il imagine et conçoit des mécanismes qui aident l’organisme à rétablir certaines fonctions. « Ce n’est pas de la science-fiction que je fais, c’est réel ! Je développe des outils », lance en souriant M. Sawan.


    Ainsi, il a mis au point un stimulateur qui régularise le fonctionnement de la vessie. « Certaines personnes ont comme problème que leur vessie ne fonctionne plus, ce qui est très dangereux, dit-il. En observant le fonctionnement d’un stimulateur cardiaque [pour réguler le rythme cardiaque], j’en ai développé un qu’on installe au niveau pelvien et qui remplace le cerveau lorsqu’on a besoin de vider sa vessie. »


    Le chercheur a aussi mis au point un système qui, lorsqu’on est couché, surveille l’apnée du sommeil. Lorsque cesse la respiration durant la nuit, un micromécanisme déclenche une stimulation automatique qui rétablit le tout.


    Et sans cesse il se penche sur les problèmes de vision. « On cherche à comprendre de quelle façon le cerveau traite l’information acheminée par le nerf optique, dit-il, afin que nous puissions un jour imiter le processus. Mais on ne comprend pas tout ! »


    Pour l’heure, l’équipe du Polystim teste des mécanismes sur le cerveau de rats et par lesquels les chercheurs envoient des influx nerveux pour voir de quelle façon celui-ci réagit. « Qu’est-ce qui se passe dans les différentes couches du cerveau ? Voilà ce qu’on cherche à comprendre, illustre le chercheur. On cherche maintenant à faire la même chose chez les singes. »


    La vision est de loin la fonction la plus complexe et la plus élaborée chez l’être humain, observe-t-il. « On avance très lentement… mais on progresse. »


    Mohamad Sawan est toutefois un chercheur impatient. « Ma secrétaire m’a récemment dit : “ Vous, vous êtes un homme pressé ! ” « Eh oui, lui ai-je répondu, car il ne me reste que douze ans ! ». La vision, c’est un projet de recherche assez vaste pour occuper toute une carrière et j’espère que j’aurai le temps d’au moins tracer une bonne piste à suivre… »



    Collaborateur

    Mohamad Sawan rêve de redonner la vue aux personnes atteintes d’un déficit visuel. Mohamad Sawan












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