Le prochain sommet universitaire est capital
Financement, démocratisation du savoir, développement régional, les enjeux sont nombreux
Certes, le nouveau gouvernement Marois a invalidé une partie de la loi 12 (78) et a annulé la hausse des droits de scolarité, à la grande satisfaction des fédérations étudiantes. Mais le travail n’est pas terminé aux yeux de ces dernières. Prochaine étape : le sommet sur les universités, que le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a le mandat d’organiser. Se préparant à ce rendez-vous capital, la FEUQ n’a pas l’intention de se cantonner à la question du financement. Martine Desjardins soutient que ce sommet sera une occasion de définir l’économie du savoir et le rôle des universités à l’égard de cette idée. Un grand défi pour le réseau public, entrevoit-elle.
« Souvent, on a de la difficulté à définir [l’économie du savoir]. On va la mélanger avec la marchandisation du savoir », s’inquiète-t-elle à l’autre bout du fil. Elle évoque entre autres le financement de recherches par de grandes entreprises, ce qui permet à ces dernières de s’octroyer les brevets ou les résultats. « Le rôle de l’université n’est pas nécessairement de seulement former des travailleurs, mais aussi d’élever le savoir d’une collectivité, de travailler sur la culture générale et de développer le savoir par la recherche fondamentale. Il va falloir qu’on définisse le rôle de l’université dans une perspective où le développement économique va souvent passer par l’arrimage de programmes [universitaires] avec des entreprises privées. Et ça, je pense que ce sera un gros défi pour l’école publique d’être capable de séparer un peu ce qui appartient à la formation des travailleurs et ce qui appartient à la mission au sein des universités, c’est-à-dire le développement du savoir en soi. »
Un autre piège doit être évité dans cette dynamique, indique-t-elle : que certaines facultés ou certains domaines de recherche accaparent une plus grande part du gâteau dans les subventions. « Il y a peu d’investissement dans l’éducation, note-t-elle. Il y a peu d’entreprises qui sont intéressées à financer les facultés d’éducation. Et, pourtant, c’est une des facultés-clés pour le développement économique. »
Elle note aussi que l’inégalité entre les différents domaines de recherche s’illustre dans l’attribution des bourses accordées à des étudiants à la maîtrise et au doctorat. « Le défi des prochaines années, c’est de s’assurer que les gens qui étudient en sciences humaines reçoivent aussi un lot de bourses équivalant à leur pourcentage de représentation », précise-t-elle, alors qu’elle affirme que les fonds dédiés aux sciences pures et aux technologies se garnissent davantage. « Ça va avoir une incidence sur le développement de la recherche et du savoir à long terme. »
Développement régional
La FEUQ tentera aussi d’aborder la question du rôle de l’université dans les régions, desservies essentiellement par le réseau de l’Université du Québec (UQ). « En région, ce sont 70 % des jeunes à la veille d’entrer à l’université qui sont de première génération, soit les premiers de leur famille à fréquenter le réseau universitaire. On a tout de même eu un bon rattrapage dans les dernières années, par rapport à la fréquentation du réseau postsecondaire, et il faut continuer en ce sens. Mais il faut encourager les jeunes, surtout en région pour le développement régional, d’aller étudier à des niveaux supérieurs. Ce sont 70 % des emplois plus tard qui vont requérir un diplôme d’études postsecondaires. Donc, on a besoin de développer cette habitude, cette culture-là de l’éducation universitaire qu’on n’a encore totalement développée au Québec. »
Dans les critiques adressées à la construction des campus satellites, elle déplore le développement du campus de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) à Lévis, qui se réalise selon elle au détriment de celui de Rimouski. « Le programme d’administration à Rimouski se meurt, alors que celui de Lévis explose. Malheureusement, pour le développement d’une région, le campus de Rimouski ne peut plus servir au même titre qu’il le pouvait dans les dix dernières années, parce qu’on a dû créer un campus à Lévis, alors que l’Université Laval ne voulait pas le faire. »
La semaine dernière, Christian Blanchette, doyen de la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, soutenait au Devoir que les campus satellites favorisaient l’accès universitaire aux adultes en formation, particulièrement en région. À cet argument, Martine Desjardins répond « qu’il y a tout de même de grosses et de graves questions à se poser. Qu’on puisse y voir l’accessibilité physique comme une bonne chose, on est tout à fait d’accord. Il y a quand même une manière de bien faire les choses. Et, actuellement, c’est totalement chaotique comme développement. Il n’y a aucune structure et aucune vision. »
En matière d’accessibilité, la question financière demeure tout de même la première cause de décrochage, insiste Martine Desjardins. Elle croit qu’il s’agit aussi du nerf de la guerre lorsque vient le temps d’encourager les gens à retourner à l’université. Les étudiants parents ont encore très peu de soutien, remarque-t-elle. S’il y a un Régime québécois d’assurance parentale pour les travailleurs salariés et autonomes, « pour les étudiants, il n’y a absolument rien », déplore-t-elle. Une situation à ajuster et une aide financière à adapter, alors que le marché du travail exige davantage d’années d’études. « On se rend compte que plus on a une population éduquée, plus ça va retarder la formation des familles. Mais le Québec a grandement besoin qu’il y ait des enfants. Si on encourage les femmes à poursuivre des études de plus en plus longtemps, il va falloir mettre en place des mesures qui favorisent la conciliation travail-études-famille ». Un choix de société qui ne fait pas encore l’objet d’un consensus, reconnaît-elle.
Au sujet du Régime d’aide financière, la FEUQ se concentrera sur ses demandes concernant des modifications dans les dépenses admises et considérées comme nécessaires pour la poursuite des études, soit les dépenses sur lesquelles se base le calcul des montants accordés. Entre autres, selon Martine Desjardins, Internet ne devrait plus être considéré en 2012 comme un bien de luxe et le montant fixé pour se nourrir devrait être révisé à la hausse, à l’aune de la montée des prix dans le secteur de l’alimentation. Vaste menu pour la FEUQ, donc, dans la perspective du Sommet sur l’enseignement supérieur.
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