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Pour une éducation pour tous - Les adultes en formation: un «autre type d’auditoire que celui des 18 à 24 ans en formation initiale»

Le Québec compte plus de 75 000 étudiants adultes dans ses universités

22 septembre 2012 | Etienne Plamondon Emond | Éducation
Au Québec, on compte 75 000 étudiants adultes dans les universités, dont 12 000 fréquentent l’Université de Montréal.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Au Québec, on compte 75 000 étudiants adultes dans les universités, dont 12 000 fréquentent l’Université de Montréal.
Grande négligée dans les vifs débats suscités par la hausse des droits de scolarité et la crise étudiante, l’éducation des adultes dans les universités doit être revalorisée, plaide Christian Blanchette, doyen de la Faculté de l’éducation permanente (FEP) de l’Université de Montréal.

Le printemps dernier, les discussions et les réflexions sur l’accessibilité aux études ont été discrètes au sujet de celle des adultes en formation, souvent financièrement précaires et dont les chances d’obtenir des prêts et bourses demeurent minces. De plus, dans le débat public, Christian Blanchette remarque qu’« il y a eu une diabolisation de beaucoup d’activités universitaires qui sont des éléments-clés de l’éducation des adultes », comme les campus satellites, la publicité et les liens avec les milieux de travail.


Le Parti québécois, qui vient d’être élu à la tête d’un gouvernement minoritaire, a promis la tenue d’un sommet sur l’enseignement supérieur. « Je pense que le sommet sera un succès si on en sort en ayant mieux compris ce qu’est la gestion des universités et en ayant aussi réaffirmé qu’elles ont un rôle-clé à jouer dans la formation des adultes », dit M. Blanchette.

 

L’«autre» université


Or, durant la crise étudiante, l’éducation des adultes a été marginalisée, tandis que, dans l’espace public, il s’est cristallisé une conception de l’université simplement dédiée aux jeunes de 18 à 24 ans. C’est le constat unanime qu’ont fait les participants à une réunion tenue à l’Université de Montréal sous l’égide de l’Association canadienne d’éducation des adultes des universités de langue française, à la fin d’août, raconte M. Blanchette.


Pourtant, le Québec compte plus de 75 000 étudiants adultes dans ses universités. Seulement à l’Université de Montréal, il y en a environ 12 000, ce qui équivaut à 15 %, en équivalent à temps complet, des étudiants inscrits au premier cycle de l’établissement. « Une université, aujourd’hui, est faite de quatre piliers : la formation initiale pour les jeunes, les programmes aux études supérieures, la recherche et la formation des adultes », rappelle M. Blanchette.

 

Points d’accès


Dans leurs solutions pour trouver du financement autrement que par une hausse des droits de scolarité, les associations et les fédérations étudiantes ont martelé que les universités pouvaient récupérer des sommes en cessant d’en dilapider dans la publicité et les campus satellites.


Or, soutient M. Blanchette, ces démarches identifiées comme négatives servent directement à l’éducation des adultes. Il rappelle que la majorité des campus satellites ne constituent pas des constructions, mais bien des salles louées dans des cégeps et des écoles secondaires. « Ce sont des points d’accès pour permettre aux adultes de suivre des formations universitaires », soulève-t-il.


À la FEP, 80 % des étudiants travaillent, dont 56 % à temps plein. Comme, parmi eux, ils sont nombreux à s’occuper d’une famille et à gérer un horaire chargé qui limite le temps disponible pour les déplacements, les campus satellites leur permettent de suivre ces formations, assure M. Blanchette.


Du côté des publicités, il note qu’un grand volet est consacré aux programmes destinés aux adultes. « Il y a une publicité de positionnement, et c’est fort probablement ce [que les associations et les fédérations étudiantes] ont ciblée, mais en parlant de publicité, il y a aussi une publicité pour les adultes, nuance-t-il. Nos publicités, on ne les fait pas dans les cégeps. Elles sont pour toutes les personnes qui, après quelques années de travail, quelques fois une décennie, jugent qu’elles doivent retourner aux études. Elles doivent connaître les programmes. »

 

Formation et travail


Un autre point qui a été soulevé avec passion lors des échanges survenus le printemps dernier concernait les liens avec les milieux de travail. Or cette démarche est l’un des chantiers importants de l’éducation permanente pour s’assurer de la pertinence d’une formation sur un marché du travail qui évolue rapidement.


La FEP a d’ailleurs accéléré la révision de ses programmes en ce sens. Durant les derniers mois, une certaine conception utilitaire des universités, cherchant davantage à former une main-d’oeuvre et à servir l’économie plutôt qu’à instruire les citoyens, a été fréquemment dénoncée.

 

Des adultes étudiants


Christian Blanchette a déjà travaillé sur la qualité de l’enseignement au premier cycle et aux cycles supérieurs. À même de constater les différences, il insiste pour dire que les adultes en formation constituent un « autre type d’auditoire que celui des 18 à 24 ans en formation initiale. Je suis tout à fait d’accord avec ceux - et je joins ma voix à la leur - qui disent que l’université doit équiper les jeunes pour qu’ils soient des citoyens qui réfléchissent sur le monde et qui y contribuent. Mais, lorsqu’on parle d’étudiants adultes qui reviennent, ce n’est plus leur besoin. »


La plupart des adultes en formation ont déjà entamé une carrière. Selon une enquête de la FEP effectuée auprès de ses étudiants, environ 60 % d’entre eux possèdent déjà un diplôme universitaire, dont 29 % ont terminé un baccalauréat et 10 % une maîtrise. Toujours selon cette enquête, 20 % de ces étudiants adultes s’inscrivent dans la foulée d’une réorientation professionnelle, tandis que 53 % viennent y acquérir un enrichissement professionnel.


« Pour eux, l’objectif de venir à l’université n’est pas de devenir des citoyens qui contribuent. Ils le sont déjà. Leur motivation, c’est de venir chercher un programme qui les équipera encore mieux pour les défis professionnels auxquels ils se confrontent maintenant ou auxquels ils feront face dans le futur. » M. Blanchette précise que les programmes stimulent tout de même une réflexion de niveau universitaire et que le dialogue actif avec le milieu ne vise « pas à servir une organisation ou une firme précise, mais à servir la profession pour laquelle on construit le programme ».


En ce qui concerne le régime des prêts et bourses, dans « toutes les propositions faites au printemps, tant par le gouvernement que par les associations étudiantes, on parlait d’aide financière aux étudiants à temps plein, mais pas aux étudiants à temps partiel », déplore M. Blanchette.


Or les étudiants adultes ont peu accès à l’aide financière, alors qu’un peu plus de 35 % des étudiants de la FEP avaient un revenu annuel inférieur à 20 000 $ en 2009. « Il faut se rendre compte qu’ils ne sont pas tous bien nantis. Ce ne sont pas tous des avocats ou des notaires. Au contraire. Ce sont des gens qui ont fait des études et qui se sont engagés dans un parcours qui coûte cher. Ils font énormément de sacrifices et, souvent, ils ne veulent pas s’endetter. Mais ils doivent avoir un parcours beaucoup plus lent. »


M. Blanchette croit qu’il y a lieu de repenser un système de prêts et bourses adapté aux adultes en formation, afin qu’ils « puissent obtenir leur diplôme universitaire. Les gens les commencent, mais, en cours de route, il y a une attrition plus grande que chez les étudiants qui suivent leurs cours de jour, en raison des enfants, d’un nouvel emploi, des défis financiers qui frappent », évoque-t-il.



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