Fédération des établissements d’enseignement privés - Le réseau privé est favorable à la modernisation de l’école québécoise
«L’école n’est plus le premier lieu d’épanouissement personnel pour l’élève»
Dans la mire des écoles privées en cette année électorale: la modernisation de l’école québécoise. En effet, en début de campagne électorale, la Fédération des établissements d’enseignement privé (FEEP) a lancé un appel aux partis politiques afin que ces derniers s’engagent clairement pour la modernisation de l’école québécoise.
« Je crois que nous sommes arrivés à un tournant au Québec par rapport à l’enseignement, déclare Jean-Marc Saint-Jacques, président de la FEEP. Il y a une transformation dans la façon dont la connaissance s’acquiert. Ça m’apparaît évident, bien qu’il soit encore difficile de bien définir les formes de cette transformation. Est-ce que la salle de classe telle qu’on la conçoit aujourd’hui demeure la bonne ? Pour le moment, il n’y a pas de réponse claire, mais surtout plusieurs questions. C’est pourquoi je crois qu’il est temps de s’engager dans une réflexion sur l’enseignement et l’école québécoise. »
Si la FEEP est prête à assumer le leadership de cette réflexion, elle ne souhaite pas pour autant faire cavalier seul. « Ce n’est pas seulement de l’école privée qu’il est question ici, mais bien de l’école québécoise. C’est pourquoi la porte est grande ouverte au réseau public, tout comme aux chercheurs et aux autres intervenants du milieu de l’éducation, pour qu’il se joigne à nous dans cette réflexion. »
Quelques pistes de réflexion
Comment perçoit-on l’école aujourd’hui ? «Un des changements qu’on peut observer, c’est que l’école n’est plus le premier lieu d’épanouissement personnel pour l’élève. On observe le même phénomène sur le marché du travail. Les jeunes qui entrent maintenant sur le marché du travail ne font plus du travail leur seule source d’épanouissement. Il y a eu un glissement. » Vers quoi ? La famille, les amis, Internet, les médias sociaux, les loisirs, etc. ? Difficile à bien cerner. « Dans pareil contexte, je crois qu’il est important de redonner à l’école son caractère communautaire. Mais comment le faire ? C’est la raison pour laquelle il est important d’amorcer cette réflexion.»
Car il n’y a ni réponse simple ni recette magique. Prenons le cas de l’informatique à l’école. « Est-ce encore pertinent de donner des cours d’informatique à des élèves qui connaissent déjà bien l’ordinateur depuis leur jeune âge ? Évidemment, il faut développer une plus forte présence de l’informatique dans nos classes et il est temps de créer davantage de manuels scolaires informatisés. Mais il faut aussi procéder avec précaution. Je dis souvent à la blague que nos enfants ont des agendas de premier ministre et qu’il faut même leur prévoir une plage horaire afin de ne rien faire. Il ne faudrait pas qu’une trop forte présence de l’informatique à l’école vienne rajouter de la pression pour nos enfants. »
Élèves en difficulté
L’un des reproches les plus souvent adressés au réseau des écoles privées, c’est qu’il ne fait pas sa part en ce qui a trait aux élèves en difficulté, en raison du fait qu’il sélectionne ses candidats. Jean-Marc Saint-Jacques tient à corriger le tir. « Il y a très peu d’écoles privées dans notre réseau qui ont des tests de sélection, et celles qui en ont l’indiquent clairement dans leur mission. Ce que nous avons, ce sont des tests d’admission, qui servent à connaître où l’élève en est rendu, et non pas à le sélectionner. »
Alors, y a-t-il des élèves en difficulté dans le réseau privé ? « Nous en avons tous dans chacune de nos écoles, que ce soient des élèves qui ont un retard scolaire ou qui affrontent des problèmes comme la dyslexie. » Pourrait-on en accueillir davantage ? « Oui, si on nous en donnait les moyens. Contrairement aux écoles publiques, dont le salaire des spécialistes est payé par la commission scolaire, les écoles privées doivent assumer seules la charge financière des spécialistes qu’elles embauchent. C’est le seul frein. Quand une école privée refuse des élèves en difficulté, c’est qu’elle n’a pas les moyens d’embaucher les spécialistes nécessaires. »
Quant à l’enseignement aux EHDAA (élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation et d’apprentissage), des cas plus lourds nécessitant un encadrement plus serré, le hic est similaire. «Nous avons déjà 12 de nos écoles qui sont spécialisées dans les cas d’EHDAA et elles ont un permis du ministère à cette fin. D’autres de nos écoles aimeraient bien y jouer un plus grand rôle, mais, pour le moment, le ministère refuse de nous octroyer les permis. Il y a là une contradiction. On nous reproche de ne pas en faire assez, mais, en même temps, on refuse de nous donner les moyens d’en faire plus.»
Le réseau privé
La FEEP représente 189 écoles privées qui dispensent de l’enseignement primaire et secondaire à environ 110 000 élèves, soit 12 % des effectifs scolaires au Québec. « La fréquentation est stable depuis maintenant plusieurs années. »
Fait à noter, la très grande majorité des écoles privées ne sont pas des entreprises privées. « En fait, 95 % de nos établissements sont des organismes à but non lucratif. Plusieurs de nos écoles étaient auparavant la propriété de communautés religieuses. Lorsque ces dernières se sont retirées de l’éducation, elles ont cédé leurs écoles à la collectivité civile. D’autres ont été fondées par des regroupements de parents ou d’enseignants. »
Parmi les revendications de la FEEP, il y a celle du financement. « Le financement par élève devrait être indexé au coût de la vie et ce financement devrait être plus stable et de plus longue durée, par exemple triennal plutôt qu’annuel, ce qui nous permettrait de mieux planifier. Nous croyons que l’école privée a un rôle à jouer dans l’éducation au Québec et que la présence de deux réseaux est une source d’émulation. »
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