L’université est de moins en moins abordable

L’indice du coût des études au Québec, qui était de loin la province la plus abordable pour les études universitaires en 1990-1991, devrait être en forte augmentation d’ici 2015-2016.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’indice du coût des études au Québec, qui était de loin la province la plus abordable pour les études universitaires en 1990-1991, devrait être en forte augmentation d’ici 2015-2016.

Loin de suivre l’inflation, le coût des études est plutôt parti en flèche partout au Canada depuis les dix dernières années, rendant l’université de moins en moins abordable, rapporte une nouvelle étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA). Depuis 1990, le coût des études universitaires de premier cycle, qui comprend les droits de scolarité et les frais afférents, a crû annuellement de 6,2 %, soit trois fois plus vite que l’inflation. Et si la tendance se maintient, il aura augmenté de près de 18 % dans quatre ans.

Dans le classement des provinces où étudier est le plus coûteux, le Québec pourra conserver sa position, soit 9e sur 10, dès que le gouvernement péquiste, qui annulera la hausse des droits de scolarité pour plutôt l’indexer, prendra le pouvoir. Avec une facture de 4472 $ en 2015-2016, il se serait toutefois retrouvé en 8e position, devant le Manitoba et Terre-Neuve-et-Labrador, si le plan du gouvernement libéral défait avait été mis à exécution. Avec des frais de 9231 $ en 2015-2016, l’Ontario est la province la moins abordable.


Erika Shaker, coauteure de l’étude, reconnaît que le Québec a toujours eu les droits de scolarité les plus bas - et l’endettement le plus faible, soit en moyenne 15 000 $, contre 27 000 $ en moyenne au Canada -, même si Terre-Neuve-et-Labrador remporte la palme de l’abordabilité lorsqu’on tient compte des frais afférents. Elle croit néanmoins que même dans le scénario d’un gouvernement péquiste, « des actions délibérées devront être entreprises pour prouver que l’intention réelle du gouvernement est de rendre les études plus abordables », a-t-elle dit au Devoir.


Mme Shaker estime qu’il ne suffit pas de comparer les taux d’inscriptions à l’université pour conclure que le coût des études n’a pas de réelle incidence sur le choix des jeunes. Selon elle, l’étude démontre que la majorité des provinces n’ont pas décidé de garder les coûts à un niveau acceptable, mais plutôt d’offrir aux étudiants des taux d’intérêt avantageux ou des modalités de paiement assouplies.


Elle soutient qu’il faut également se pencher sur les effets de la diminution de la part du financement public dans les universités et ses effets sur les étudiants. « Et ce qu’on risque de constater, c’est que plusieurs étudiants vont retarder leurs études en attendant d’avoir l’argent », a-t-elle noté.

 

Un nouvel indice


Ce n’est pas la première fois que le CCPA, un groupe de recherche traditionnellement plutôt à gauche, se penche sur l’accessibilité aux études. Mais cette fois, il compare ce qu’il en coûte d’étudier dans les diverses provinces au moyen d’un nouvel indice, fait de données sur l’évolution des droits de scolarité et des frais obligatoires tirées des annonces et des politiques des gouvernements. Cet indice du coût des études sert à mesurer l’effet de certaines politiques gouvernementales et l’impact, croissant ou décroissant, du coût des études sur deux types de familles, de la classe moyenne et à faible revenu. L’indice ne tient pas compte de certains facteurs, dont l’aide financière, parce qu’elle n’est pas universelle.


C’est ainsi que l’indice du coût des études du Québec, qui était de loin la province la plus abordable pour les études universitaires en 1990-1991, semblera en forte augmentation d’ici 2015-2016. Car même dans un contexte de simple indexation des droits de scolarité au coût de la vie comme le veut le Parti québécois, le Québec devrait se distancer nettement de Terre-Neuve-et-Labrador, où le coût des études diminuera en regard des revenus des familles de classe moyenne et de celles à faible revenu. En fait, si les tendances dans les deux provinces se maintiennent, on avance même que pour une famille de classe moyenne, le coût des études sera deux fois plus élevé au Québec qu’à Terre-Neuve-et-Labrador.

 

Autre étude de l’OCDE


En comparant le Canada aux autres pays du monde en matière d’éducation, il fait plutôt bonne figure, nous apprend un nouveau rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) rendu public hier.


Environ 50 % des adultes canadiens sont détenteurs d’un diplôme d’études collégiales ou universitaires, ce qui correspond à une augmentation de 14 points de pourcentage au cours des 15 dernières années. Cette proportion est la plus élevée de l’OCDE.


On y apprend aussi que la lutte contre le décrochage scolaire porte ses fruits au pays : un adulte sur dix au Canada n’a pas terminé ses études secondaires, alors qu’il y a 15 ans, cette proportion était d’un adulte sur cinq. Mais puisque d’autres pays rattrapent le temps perdu, la compétition semble plus féroce que jamais sur la scène internationale, constate le rapport.


Publié chaque année par l’OCDE, « Regards sur l’éducation 2012 » dresse en quelque sorte un état de l’éducation dans le monde en prenant en considération notamment le profil démographique des populations étudiantes et les ressources humaines et financières investies dans l’éducation.


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Avec La Presse canadienne

21 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 12 septembre 2012 07 h 20

    L'importance de bien choisir

    Aller à l'université est un placement pour notre avenir. De là l'extrême importance de choisir une profession avec des débouchés intéressants et assez payants pour payer les études évidemment.

    Moi qui a étudié au CEGEP en philo, j'ai compris à l'époque qu'il ne fallait pas continuer à l'université et m'endetter inutilement...qui veut engager un philosophe ???? J'ai ainsi évité des dettes inutiles..

    • Jacques Patenaude - Abonné 12 septembre 2012 09 h 01

      Votre commentaire nous amène à penser que l'augmentation des coûts liés aux études supérieures n'a pas pour but de s'assurer que les étudiants paient leur "juste part" mais bien d'orienter par des contraintes financières les jeunes vers des disciplines utile à l'industrie. Ainsi formulé ce débat en est un de choix idéologie: L'université au service des entrepreneurs ou au service de la collectivité. Votre choix personnel est légitime mais doit-on contraindre tous les jeunes à faire le même choix?

    • Yvan Dutil - Inscrit 12 septembre 2012 12 h 47

      Madame Patenaude, l'éducation elle-même est une industrie. Les sciences humaines sont le pain et le beurre du système d'éducation universitaire, car ces étudiants ne coûtent à peu près rien à produire et ne sont pas assujetie aux exigences académiques minimales imposées dans les domaines des sciences naturelles et appliquées.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 12 septembre 2012 14 h 32

      J'ai étudié en philosophie à l'université et aujourd'hui je travaille, dans un emploi que j'aime plus que tout et qui fait suite à mes études. La philosophie est utile, et je ne me suis guère endettée.

      D'ailleurs, qu'il soit difficile de trouver un emploi payant dans un domaine ne signifie absolument pas que ce domaine n'est pas utile, ni l'inverse d'ailleurs : il y a des emplois TRÈS payants mais dont on peut contester, sinon l'utilité en soi, du mions qu'ils soient plus utiles que d'autres emplois moins payants. (À titre d'exemple, qui a le meilleur revenu entre un fermier et un joueur de hockey vedette ?)

    • Albert Descôteaux - Inscrit 12 septembre 2012 17 h 16

      Tout à fait d'accord avec vous madame Collin. Des exemples de la sorte abondent.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 12 septembre 2012 19 h 11

      Pierre Péladeau, milliardaire de Québécor, et son fils Pierre-Karl étaient diplômés en philosophie.

      Mais la philosophie , ce n'est pas tout le monde qui porte ça.

  • François Dugal - Inscrit 12 septembre 2012 08 h 11

    L'éducation supérieure

    L"éducation supérieurs est-elle un droit ou un privilège, une dépense ou un investissement?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 septembre 2012 09 h 16

      Sûrement pas un droit dans le sens ou vous l’entendez, c'est-à-dire une obligation de fournir le service à n’importe qui qui le réclame sous prétexte que c’est son droit peu importe l’intérêt collectif.

      Et remarquez que les étudiants qui s’endettent le plus au monde sont les étudiants suédois, pourtant l’accès a l’université en Suède est réputé être gratuit…

    • Viviane Genest - Inscrite 12 septembre 2012 09 h 30

      C'est un investissement pour la société.

    • Yvan Dutil - Inscrit 12 septembre 2012 12 h 46

      Madame Genest, plus on est avancé dans notre éducation, moins le rendement est bon. Au Québec, on devrait se soucier plus de l'analpahbétisme que de produire plus d'étudiants universitaires dans le domaine des sciences humaines.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 16 septembre 2012 14 h 07

      Un droit pour la population et un investissement pour le pays!

      Je me souviens, à l'école primaire, une enseignante m'avait dit: "la ressource naturelle la plus importante d'un pays, c'est sa population". si on suit cette logique, développer ses ressources naturelles pour s'enrichir, ça veut dire investir en éducation au niveau gouvernemental et offrir au plus de gens possible le droit d'étudier.

  • Pierre Girard - Inscrit 12 septembre 2012 08 h 47

    l'importance de bien choisir...

    Des philosophes, des sociologues et autre métier du genre, il en faut! c'est ce qui à permis l'évolution de la société à ce qu'elle est aujourd'hui.

    Dire que se sont des métiers inutiles et sans avenir c'est dire que tout ce qu'on a d'acquis aujourd'hui n'a aucune valeur.

    Je regrette sincèrement qu'on soit rendu à seulement voir la valeur marchande de l'éducation et ne plus voir sa valeur éducative...

    • André Michaud - Inscrit 12 septembre 2012 11 h 40



      Ce n'est pas une question de valeur marchande mais d'action concrète au lieu de mots vides...Grands parleurs ou grand faiseurs?

      Les citoyens ont déjà amplement de philosophes et de lologues à mon avis...et c'est aussi l'avis de bien des citoyens qui ne veulent plus payer 80% des études de ces gens.

      Il nous faut beaucoup plus des scientifques pour trouver des méthodes de production moins polluantes, des remèdes au cancer etc..des gens d'action et de concret au lieu de discourir et s'écouter parler.

      Trop de gens, comme moi à L'époque, vont en sciences humaines parce qu'ils sont trop poches en math et en sciences...et cachent ce vide derrière les mots pompeux et les théories fumeuses.

      Il faut mieux supporter les jeunes dans leur apprentissage des sciences, et automatiquement tous ceux qui veulent faire leur part pour l'écologie iront en sciences et dans les solutions concrètes et positives au lieu de se contenter de critiquer négativement l'industrie et proposer des solutions impossibles.

    • Bastien Carrier - Inscrit 12 septembre 2012 12 h 35

      Je vois là une vision bien naïve monsieur Michaud... Des scientifiques il en faut, certes, mais sans réels penseurs ces scientifiques pourraient bien se voir forcés d'orienter leurs recherches en fonction des intérêts d'un groupe particulier et non de la collectivité. Regardez à quel point le gouvernement de Harper resserre l'étau autour de nos scientifiques et vous constaterez que la neutralité ou l'objectivité scientifique est en grande partie illusoire.

      Comment voulez-vous que nos chercheurs fassent de réelles percées et découvertes si notre gouvernement imposent des restricitions sur les recherches et leurs résultats de manières à privilégier des groupes d'intérêts déjà bien trop puissants, tels que le monde de la finance ou l'industrie du pétrole? Il suffit de créer de nouvelles normes au financement de la recherche ou bien d'empêcher les scientifiques de publier leurs recherches avant que celles-ci soit "approuvées", pour orienter les découvertes et les pensées.

      Dans notre société contemporaine, société plus complexe et plus difficile à comprendre que jamais, il est essentiel d'accorder plus d'importance aux formations éthiques, philosophiques et humaines : toutes les sciences réflexives en somme. Autrement, c'est la science elle-même qui pourrait jouer le rôle du boulet et de la chaine permettant notre propre asservissement...

    • Yvan Dutil - Inscrit 12 septembre 2012 12 h 44

      D'accords monsieur Michaud. Ces étudiants ne coutant presque rien à produire et, qui plus est, le recrutement n'est pas emmerdé par des exigences académiques minimale sont le pain et le beurre des universités. De plus, après leur études, une bonne partie d'entre eux retrouvent leur conditions d'avant leur études en occupant des postes non-qualifié. S'il y a des programmes avec des visées commerciales ce sont bien ceux là.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 12 septembre 2012 14 h 39

      "Il nous faut beaucoup plus des scientifques pour trouver des méthodes de production moins polluantes, des remèdes au cancer etc..des gens d'action et de concret au lieu de discourir et s'écouter parler."
      Et qui a pris conscience et amené les sociétés à prendre conscience qu'on polluait trop ? Des philosophes, sans doute (Jonas par exemple). Comment sait-on que l'on doit se préoccuper de guérir des maladies (par exemple le cancer) ? Parce que nous avons une éthique, et l'éthique, c'est une branche de la philosophie.
      Et si l'on sort des exemples de Monsieur Michaud, on peut continuer. Aujourd'hui, on a le droit de vivre sa sexualité comme on veut, et le premier pas pour ça, c'est qu'il a fallu des philosophes pour remettre en question que nous soyons tous obligés d'être hétérosexuels et monogames, avant que cette conviction se répande et soit finalement consacrée par des politiciens et des juristes. Ça a pris des philosophes pour remettre en question que l'esclavage était acceptable, avant que des hommes d'État l'abolissent. Et on pourrait continuer longtemps.
      Quant aux sociologues, ils étudient les phénomènes sociaux, et on a besoin d'eux pour identifier les causes des problèmes sociaux (le décrochage scolaire par exemple, ou encore la violence conjugale) de façon à y trouver des remèdes, exactement comme on a besoin d'experts en sciences de la nature pour identifier les causes des maladies physiques et chercher à les guérir.

  • Maurice Bernard - Inscrit 12 septembre 2012 12 h 45

    L'Université: moins abordable

    Ce dossier a fait l'objet d'étude par divers érudits, certains pour, d'autres contre.
    Ceux qui prennent les décisions...(Politiciens) ont eux-mêmes profité des coûts inférieurs de l'instruction au Québec et s'en trouvent, à mon sens, un peu mal placés pour "se mettre dans les bottes" des étudiants(tes)...
    On investit allègrement dans des infrastructures (routes, ponts, bâtisses etc) car ce sont des INVESTISSEMENTS et non des...DÉPENSES!
    Tout le monde paie, même si les gaspésiens n'emprunteront peut-être jamais le futur pont Champlain!
    L'instruction est également un INVESTISSEMENT et ce principe n'est simplement pas qu'une notion COMPTABLE!
    Je suis maintenant âgé et j'aimerais voir le Québec truffé de diplomés professionnels afin que le Québec puisse enfin sortir d'un certain misérabilisme et progresser. Pour cela, il faut soutenir notre jeunesse, bourrée de talents. et investir au même titre que pour les...routes !
    Maurice Bernard