Les filles auront leur pavillon à Brébeuf

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	Les garçons et les filles occuperont dès la première secondaire des pavillons différents à partir de l’année scolaire 2013-2014.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Les garçons et les filles occuperont dès la première secondaire des pavillons différents à partir de l’année scolaire 2013-2014.

En pleine tourmente financière et baisse démographique, plusieurs écoles privées non mixtes ont ouvert leurs portes au sexe opposé. Ce n’est pas le cas du réputé Collège Jean-de-Brébeuf de Montréal qui, pour la première fois de son histoire, accueillera l’an prochain des filles de la première à la cinquième secondaire, mais dans un pavillon « conçu rien que pour elles ».

À l’ombre du Mont-Royal, entourée d’un boisé protégé, l’ancienne résidence des jésuites se dresse dans un décor enchanteur tout en nature et en tranquillité. C’est là, dans ce pavillon Vimont, que 70 jeunes filles feront leur entrée en première secondaire à l’automne 2013. « Fini l’asphalte. Nos filles auront une cour gazonnée », lance fièrement au Devoir le directeur général du Collège Jean-de-Brébeuf, Michel April.
 
La transformation de l’établissement, où ont logé les jésuites pendant des années, jusqu’au parachèvement du déménagement au printemps dernier, aura coûté 11 millions. Même si la baisse démographique le touche autant qu’ailleurs, le collège résiste à imiter ce que font ses concurrents depuis quelques décennies. « On ne pouvait pas répondre à des baisses démographiques par la mixité », affirme sans ambages, le président du conseil d’administration du collège, François Morrison. « La non-mixité est une partie de la recette du collège. »

S’ils se font rares dans le réseau public, les établissements à vocation non mixte au privé sont de moins en moins nombreux, hormis ceux de confessions juives et dans le secteur anglophone. Selon la Fédération des établissements d’enseignement privé (FEEP), qui représente 190 écoles privées surtout francophones, il ne resterait que 12 établissements non mixtes, dont un seul de garçons.
 
Pour le Collège Jean-de-Brébeuf, presque centenaire, est-ce un mouvement révolutionnaire à contre-courant ou tendance rétrograde ? « Il y a des choix qui ont été faits dès les années quarante pour la mixité, qui a de bons côtés, dont la socialisation. On ne nie pas ça. Mais c’est aussi une bonne chose d’être “focussé” chacun de son côté sur ses études à un âge aussi difficile que l’adolescence », a soutenu M. April.
 
C’est le meilleur des deux mondes parce que les filles auront leurs classes à elles, mais dans un environnement mixte plus large, croit Me Julie Latour, ex-bâtonnière du Barreau de Montréal et marraine du projet. « En termes de maturité intellectuelle et de maturité affective et de croissance, surtout de la première à la troisième secondaire, je vois moins de corrélation entre les garçons et les filles », a-t-elle avancé.
 
Le sexe et la réussite

Sur la réussite des élèves en classes non mixtes, il n’existe pas d’études fiables et longitudinales qui permettent de faire une association entre une plus grande réussite et la non-mixité, souligne Pierrette Bouchard, professeure émérite en sciences de l’éducation de l’Université Laval. Selon elle, il est difficile d’attribuer à la non-mixité seule les effets positifs observés dans les classes de ce type. Car une panoplie d’autres facteurs entre dans le calcul, soit la taille de l’école et des groupes classes, la sélection des candidats à l’entrée, le milieu socio-économique des élèves…
 
« Le sexe n’est pas une compétence pédagogique », soutient Mme Bouchard. Ni chez les élèves ni chez les enseignants. Pour cette politologue de formation, tous les élèves, garçons comme filles, ont le même potentiel de réussite; c’est la lecture à un jeune âge qui fait surtout la différence.
 
Certains points positifs de la non-mixité ont cependant été observés, notamment une plus grande estime de soi chez les filles. « Encore là, il faut y aller avec une grande prudence. Ça ne veut pas dire que ça se traduit par de meilleurs résultats scolaires », note Mme Bouchard. La tendance semble toutefois s’inverser pour les garçons : sans les filles, ils semblaient avoir plus de difficulté à l’école. Un constat encore à prendre avec circonspection, tient à souligner la chercheuse retraitée.
 
Si les jeunes filles et les garçons du Collège Jean-de-Brébeuf feront classe à part durant tout leur secondaire, hormis pour la cinquième secondaire qui est mixte du côté des garçons, ils partageront néanmoins la bibliothèque et quelques sorties. Et selon M. April, même loin de leurs consœurs, les garçons ne pourront faire autrement que d’être tentés par le défi de faire aussi bien — et même mieux — que leurs rivales.
3 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 11 septembre 2012 12 h 19

    Ça me laisse perplexe

    Les garçons d'un côté et les filles de l'autre. Est-ce que ce n'est pas pas là un accroc à l'égalité hommes-femmes?

    Quand j'ai lu ça m'a fait penser aux musulmans qu'on nous montre dans leurs mosquées: les hommes d'un côté et les femmes de l'autre.

    Je ne suis pas convaincu que ce soit une bonne chose de les séparer même si c'est pour quelques années seulement.

    Il y a d'autres formules telles que des regroupements temporaires de garçons et de filles au sein d'une même classe pour certaines actitivités.

    Il y a une autre question que je me pose: est-il acceptable qu'un collège puisse faire à sa tête dans ce domaine, ce collège fût-il privé?

    De quel droit peuvent-ils se permettre de ne pas respecter la règle générale établie par les autorités responsables de l'éducation?

    Un tel séparatisme est-il acceptable dans un pays qui se veut démocratique?

  • Cédric Rococo - Inscrit 11 septembre 2012 18 h 50

    Concernant la non-mixité

    Selon les féministes radicales, l'égalité femme-homme n'est pas atteinte. Les normes sociales continuent d'exercer une domination envers les femmes ainsi que de diviser les sexes. Exemple : pourquoi le rose est-il associer à la femme? Pourquoi les femmes parlent-elle moins que les hommes au micro (lors de réunion) et cela de manière systèmatique?

    Bref, l'égalité homme-femme n'est pas atteinte et les hommes exercer encore une oppression sur les femmes.

    Pour s'en extraire, la non-mixité est une manière efficace. En effet, lorsque les femmes sont entre elles, l'oppression masculine, les normes véhiculés par les hommes, la présence même des hommes sont complètement évacués.

    De plus, dans un groupe féminim, les rôles ''normalement'' donnés aux hommes ( chef, leader, porte-parole, rôle ''bien vu'') sont répartis entre les femmes et cela leur permet d'expériementer, de prendre confiance en elles et notamment de reproduire ces schémas ainsi que cette expérience hors des lieux non-mixte.

    Concernant le séparatisme et la démocratie : la démocratie, c'est le pouvoir (cratie) au peuple (demo). Le mot démocratie est mal employé. La démocratie PEUT être raciste, sexiste, comme les grecs. Tout dépend de votre version du peuple. Cependant, cela n'est pas égalitaire. Dans votre question est: dans une société ''égalitaire'', de telles mesures sont-elles acceptables?

    Oui, pour toutes les causes que j'ai énuméré plus haut.

    • France Marcotte - Abonnée 14 septembre 2012 05 h 58

      «Selon les féministes radicales, l'égalité femme-homme n'est pas atteinte...»

      Pas besoin d'être radicale, l'observation et le simple bon sens suffisent.
      Et ce n'est pas tant à l'égalité que les femmes aspirent (les hommes ne sont pas égaux entre eux non plus), mais à la reconnaissance, comme tous les êtres humains.