Universités : les perturbations persistent

Des manifestants masqués ont forcé la direction de l’UQAM à annuler ses cours mercredi.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des manifestants masqués ont forcé la direction de l’UQAM à annuler ses cours mercredi.

Les cours ont été perturbés pour une troisième journée consécutive dans les universités montréalaises. À l’Université de Montréal, la direction a pris la décision de les suspendre jusqu’à vendredi (ce qui porte le retour en classe à mercredi prochain, étant donné le congé férié de la Fête du travail et la journée de l’élection). À l’UQAM, plus d’une centaine de cours de facultés et de départements en grève ont été levés, soit parce qu’aucun étudiant ne s’y est présenté, soit parce qu’ils ont été perturbés par des manifestants.


Mercredi matin, de petits groupes d’individus masqués ont marché à travers divers pavillons pour faire lever les cours commandés par des facultés et départements toujours en grève. C’est ainsi que, par exemple, le cours « Système international contemporain » donné dans le pavillon Sainte-Catherine a été levé.


Le Devoir a suivi des dizaines d’individus masqués qui sont entrés dans le local du cours pour demander aux étudiants de partir. L’enseignant a finalement levé le cours. À la sortie, certains étudiants avaient l’air exaspérés. L’un d’entre eux a quitté prestement les lieux en haussant les épaules et en lâchant : « Moi, j’abandonne. On ne peut plus étudier ! »


Sur le trottoir, deux de ses camarades ont commenté avec un certain ahurissement la situation. « Ce cours-là n’était pas dans la liste des cours donnés par les départements en grève. Mais on nous a finalement dit que oui », s’est étonnée une étudiante de sciences politiques qui a requis l’anonymat, déplorant l’imbroglio. Son camarade, qui a toujours soutenu la grève jusqu’ici, admet qu’il a « décroché » devant les faibles taux de participation aux assemblées générales. « Les gens de science po se sont dissociés de l’AFESPED [Association facultaire étudiante de science politique et droit] et ils ont voté pour la reconduction de la grève avec 40 personnes. C’était légal, parce que le quorum de 30 personnes était atteint, mais ç’a été mal fait », a-t-il dit en laissant entendre que ce ne sont pas tous les étudiants qui ont été avertis de la tenue de la nouvelle assemblée formée.


Les étudiants du module de science politique de l’UQAM doivent se reprononcer aujourd’hui sur la grève. Hier, dans un vote serré, l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH) a voté pour le retour en classe. Il ne reste plus qu’environ 4000 étudiants en grève à l’UQAM.

 

L’UQAM porte plainte


L’UQAM a confirmé qu’elle a bel et bien déposé des plaintes au Service de police de Montréal « contre les auteurs » d’actes d’intimidation et de perturbation. Elle n’en a pas dit davantage sur la nature des plaintes ni sur leur nombre. « On continuera d’en déposer. On ne fait pas intervenir la force pour obliger le retour en classe, par contre, on est en mode surveillance. On a des agents, on regarde ce qui se passe et on documente. Quand on a assez de preuves, on dépose une plainte », a expliqué Jenny Desrochers, porte-parole de l’UQAM.


Les enquêtes de la police suivent leur cours. Le ministère de l’Éducation serait quotidiennement tenu informé de la situation.


Mme Desrochers constate que les manifestants qui souhaitent perturber la tenue des cours sont de moins en moins nombreux. « Ils étaient une centaine lundi et ils ne sont plus qu’une trentaine depuis deux jours », a-t-elle noté.


Pendant ce temps, à l’Université de Montréal, les directeurs de département et les doyens en sont à décider s’il est toujours possible de rattraper les cours malgré les séances levées ou si ceux-ci doivent être annulés. Aucun remboursement n’est prévu en cas d’annulation, mais le cours pourra être repris sans frais à une session ultérieure. Le nombre de cours annulés devrait être connu d’ici la fin de la semaine.


Par ailleurs, une pétition exigeant la démission du recteur Guy Breton est actuellement en circulation.


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CUTV dénonce le travail des agents

Le média communautaire de l’Université Concordia CUTV dénonce « les attaques du SPVM et de l’équipe Garda » dont auraient été victimes ses équipes de reporters pendant les manifestations étudiantes de lundi et mardi à l’Université de Montréal.
 

 « Nos journalistes ont été attaqués et bousculés », a dit Laura Kneale, directrice générale de la station lors d’un point de presse organisé mercredi matin devant l’UQAM. 
 

Elle a ajouté que des plaintes pourraient être déposées, notamment pour obtenir le remboursement du matériel de tournage endommagé. La télé communautaire a diffusé en streaming toutes les manifestations étudiantes et populaires au cours des derniers mois.

4 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 30 août 2012 03 h 24

    La “démocratie” des masques …

    On peut être hors de tout doute progressiste, et être par ailleurs passablement dubitatif quant à la “démocratie” des masques qui se déploie à l’intérieur des institutions universitaires, après avoir fait irruption dans les manifestations.

    Les justifications stratégiques de ce qui pourrait apparaître comme un aussi triste Carnaval que celui, rituel et antipolicier du 15 mars à Montréal, ne semblent pas répondre à d’incourtournables interrogations sur la légitimité de cette “démocratie”, surtout lorsqu’un représentant d’une association étudiante de l’UQAM invite la population à se joindre aux “démocrates” dans un Bal masqué qui aurait toutes les chances de se mouvoir dans une cadence plutôt agitée.

    Dérives d’un légitime mouvement ou résistance héroïque … ? L’Histoire répondra !

    Yves Claudé

  • Julien Prud'Homme - Abonné 30 août 2012 11 h 43

    Mais...

    Si M. François Legault (voir autre article) ou les autres observateurs s'intéressaient réellement à la crise étudiante, ils auraient constaté voilà plusieurs heures que les étudiants de sciences humaines de l'UQAM, de loin la plus importante association gréviste de l'établissement, ont mis fin à leur grève hier soir (mercredi).

    Cela nous force à admettre que l'UQAM, qui a choisi de ne pas aggraver les tensions, devient ainsi l'établissement où les activités se rapprochent le plus vite de la normale, tandis que l'UdM, qui a choisi la voie policière, s'en éloigne.

    Pour finir, une petite remarque sur l'usage des masques. Bien qu'une confrontation avec des manifestants masqués soit effectivement fort désagréable (je l'ai vécu), le port du masque par les grévistes qui lèvent les cours s'explique par la loi 12, qui criminalise, et condamne donc à la clandestinité, les activités jugées autrefois normales qu'exige la mise en oeuvre d'une grève étudiante. Ajoutons qu'à l'UQAM, le port du masque n'a pas été réellement la norme.

  • Michel Lebel - Abonné 30 août 2012 12 h 20

    Assez!

    Tout étudiant(?) masqué ou faisant de l'intimidation pour faire lever des cours devrait être exclu de l'université. Une exclusion de longue durée, voire permanente. L'administration universitaire et les services de sécurité interne de l'institution doivent y voir. À ce sujet, la tolérance doit être zéro. La présence de la police est à éviter, sauf s'il y a commission d'un acte criminel. Le chaos doit absolument cesser. Les gants blancs ne sont pas de mise.

    Michel Lebel

  • Jacques Beaudry - Inscrit 30 août 2012 12 h 57

    la démocratie et son hisoire

    Ça parle beaucoup de démocratie. Rappelez-vous ? Ce système que nous aimons tant s'est gagné grâce à ces citoyens d'hier qui ont pris la rue en affichant leur dissidence en allant jusqu'à la désobéissance civile. Le droit de vote des femmes, par exemple. L'indépendance de états américains pour se libérer du joug de l'Angleterre , la mère patrie alors. Etc...etc... Nos avancés sont plus souvent qu'autrement le fait de citoyens courageux qui ont défiés les pouvoirs en place pour faire progresser leur communauté. Plusieurs semblent croire que les gains obtenus au fil du temps le furent grâce à un don de l'autorité en place. Pour que les choses changent il faut le courage d'agir et ici je ne pense pas au courage dont se targue Lego.