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    Libre opinion - Pourquoi nous bloquons encore des cours

    30 août 2012 |Jean-Pascal Bilodeau - Étudiant, Montréal | Éducation

    Nous bloquons des cours. Nous sommes ceux que la presse attaque depuis le début de la rentrée. Nous sommes ceux qui tiennent encore sous les coups de matraques. On nous dit de nous taire, de voter, de nous taire encore. C’est, de toute façon, ce qu’on nous a toujours dit. Jamais on ne nous demande pourquoi nous sommes encore là, alors qu’on nous arrête un par un, une par une.


    Jamais je n’ai vu si profonde incompréhension de la part des médias. Il aura fallu expliquer de nombreuses choses au cours de cette grève, mais cette fois, cela dépasse les limites de l’imaginable.


    Et pourtant, cela est simple. Nous bloquons des cours parce des associations ont voté la poursuite de la grève. Jamais nous n’avons bloqué ne serait-ce qu’un seul cours où les étudiants avaient voté leur retour en classe. Les rentrées de tous les cégeps se sont déroulées dans le calme, et l’étonnement face à cet état de fait provoque chez nous la nausée, car ce calme n’est que la suite logique de tout le reste.


    Nous n’avons pas besoin de demander si la poursuite de la grève est efficace. Cela, nous nous le demandons dans nos assemblées générales. Ce que nous affirmons, c’est la démocratie : que c’est par elle et elle seule que nous déciderons de rentrer en classe. Que c’est par elle et elle seule que doivent passer ceux qui veulent poursuivre leurs cours. Que s’ils jugent que le taux de participation aux votes est trop faible, qu’ils n’ont qu’à aller débattre des choses qui les concernent et qu’ils peuvent à tout moment déposer une pétition pour déclencher un vote.


    Nous ne sommes pas des « casseurs ». Vos mots et vos catégories ne nous enfermeront pas. Nous sommes des êtres humains, et si nous sommes masqués parfois, c’est qu’on nous filme en permanence, comme dans un 1984 d’Orwell.


    Nous n’avons pas choisi d’aller en prison ni de recevoir des coups. Du moins nous ne l’avons jamais souhaité. Mais nous avons été clairs. Jamais l’intimidation des administrations, même les plus autoritaires, ne nous forcera à rentrer en classe. Ce ne sera ni la police, ni la sécurité, ni quelques bureaucrates ou politiciens méprisants qui le feront. Et vous pourrez nous mettre un fusil sur la tempe, nous refuserons chaque fois de renier les votes démocratiques de nos associations.


    Nous sommes là pour que vous cessiez de détourner les yeux quand dans les couloirs des établissements présumés libres, on oblige des enseignants à recracher la matière sous peine d’amendes démesurées, quand des étudiants sont arrêtés parce qu’on les violente et qu’ils refusent de se mettre à genoux.


    Nous sommes là pour que les médias fassent enfin leur travail et cessent de médire et de mentir sur notre compte. Nous sommes là pour vous rappeler que rien n’est réglé et que ce n’est pas un vote aux quatre ans que les partis renieront de toute façon qui réglera nos problèmes. […]


    Nous nous sommes battus depuis des mois pour exister. Pour qu’on cesse de nous nier, pour que les administrations et le gouvernement cessent de nous mépriser, pour que les policiers cessent de nous réprimer. Pour que notre monde cesse de nous vendre comme de vulgaires marchandises.


    Nous sommes encore là. Et tant et aussi longtemps qu’il restera une association qui aura choisi collectivement la grève, nous bloquerons ces cours. Pas ceux des autres, non. Car nous sommes ceux qui respectent une démocratie étudiante qui ne soit pas vide de sens.


    ***
     

    Jean-Pascal Bilodeau - Étudiant, Montréal













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