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Éducation des adultes – Un élève sur deux n’a pas 19 ans !

«On doit faire face à différents niveaux d’enseignement»

1 septembre 2012 | Réginald Harvey | Éducation
De nos jours, 50 % des élèves inscrits à l’éducation des adultes sont âgés de 16 à 18 ans.
Photo : Agence France-Presse Martin Bureau De nos jours, 50 % des élèves inscrits à l’éducation des adultes sont âgés de 16 à 18 ans.
Le secteur de l’éducation des adultes est appelé en de nombreuses occasions à fournir un soutien à des gens qui retournent sur les bancs d’école et qui éprouvent des difficultés relatives aux connaissances de base. Mais voilà que les clientèles rajeunissent et que les enseignants sont de plus confrontés à des problèmes d’une autre nature.

Vice-présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini remonte le cours du temps et dépeint une nouvelle réalité : « On sait qu’au départ, lorsqu’on a créé l’éducation des adultes, c’était pour aider ceux d’entre eux qui décidaient d’aller compléter une formation. Aujourd’hui, il est possible de dire que 50 % des gens qui fréquentent ce secteur sont âgés de 16 à 18 ans ; 75 % d’entre eux se situent en bas de 24 ans. »


Elle décrit ces jeunes : « Il y a parmi eux des gens qui ont décroché et qui raccrochent au bout de quelques mois, mais il y a aussi beaucoup d’élèves, ce qui n’existait pas à l’époque, qui passent directement à l’éducation des adultes. » Elle fournit cette explication : « Ils éprouvent des difficultés et ils n’arrivent plus dans le secteur régulier du programme des jeunes, donc ils recourent à cette pensée magique que ça va être plus facile à l’éducation des adultes ; ils laissent tout tomber pour se tourner de ce côté. » Il est maintenant possible, pour un jeune de 16 ans qui accuse beaucoup de retard et qui éprouve plusieurs difficultés, d’agir de la sorte en recourant à des aménagements qui sont de plus en plus nombreux pour faciliter ce passage.


La problématique se complexifie


Au-delà des carences dans les connaissances de base et générales, surgissent des difficultés d’un autre ordre dans un tel environnement, comme le démontre Mme Scalabrini : « Les enseignants se retrouvent de plus en plus avec des élèves qui ont des problèmes de santé mentale, et il n’existe pas de dossier qui les accompagne dans ce sens-là ; ces problèmes ont eu une incidence sur leur cheminement scolaire, mais les profs ne sont pas au courant de cette réalité. Pour ce qui est des difficultés d’apprentissage, il est vrai qu’il y a toujours eu des jeunes qui en ont eu, mais, au cours des dernières années, on a assisté à la multiplication de celles-ci, notamment sur le plan de la lecture et des mathématiques, par exemple. »


Cela dit, elle signale que le secteur des jeunes réclame depuis un bon bout de temps l’obtention de plus nombreux services complémentaires : « Il est de plus en plus nécessaire d’avoir recours aux interventions d’orthothérapeutes, de psychoéducateurs et autres ; les jeunes ont besoin de la présence de ces professionnels qui préparent des dossiers à leur sujet. À partir du jour où s’effectue le passage à l’éducation des adultes, il arrive souvent que ceux-ci ne suivent pas l’élève. » Elle ajoute : « Il faut aussi reconnaître qu’il y a très très peu de services complémentaires du côté des adultes. » En fait, on pellette dans la cour des adultes les élèves en difficulté du secteur des jeunes, qui se retrouvent là privés d’au moins un minimum de services d’accompagnement.


Encore faut-il savoir que l’enseignant à l’éducation des adultes se retrouve parfois dans l’obligation de transmettre neuf programmes différents dans une classe de 30 élèves : « Ils ont des défis multiples à relever et souvent ils ne disposent pas de ressources. » Elle laisse même savoir que la réforme s’est appliquée sans que soient fournis au personnel enseignant les mêmes outils de soutien que ceux dont ont disposé leurs collègues qui oeuvrent auprès des jeunes. Sans oublier que 75 % des enseignants à l’éducation des adultes ont un statut précaire, dont 45 % travaillent à des taux horaires.


Quelles sont, à court terme, les solutions prioritaires et les plus pressantes à appliquer pour bonifier le secteur des adultes ? Josée Scalabrini apporte cet éclairage : « Je pense que ça prend des services complémentaires ; on a besoin de ressources et il faut de plus abaisser le taux de précarité. On doit également fournir des ratios dans les classes pour qu’on ne dépasse pas tel nombre de programmes différents et tel nombre d’élèves. »


D’une même voix…


Enseignant de carrière au service de la Commission scolaire du Val-des-Cerfs, dans la région de Granby, et militant syndical dans le secteur de l’éducation des adultes à titre de membre de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Mario Cornellier trace un portrait semblable de la clientèle actuelle des adultes : « De façon générale, le fort pourcentage des élèves se trouve dans la tranche d’âge des 16 à 24 ans ; plus de 50 % des jeunes ont 18 ans ou plus et sont là dans le but de terminer leur parcours secondaire. » Il identifie les écueils les plus courants auxquels font face ces gens : « Il existe beaucoup de déficits d’attention, plutôt que des troubles de comportement. Il y a aussi des problèmes de lecture et d’écriture. En fait, tout ce que les élèves ont vécu étant plus jeunes se répercute à l’âge adulte. »


Il enchaîne : « C’est hétérogène au maximum et on retrouve autant de garçons que de filles dans les classes. Ces personnes ont éprouvé des difficultés au niveau du secondaire ou dans leur vie personnelle ; elles ont fait face souvent à des défis qui les ont empêchées d’obtenir dans les temps prescrits leur diplôme de cinquième secondaire. Elles se sont donc rabattues vers le secteur des adultes. La grande déception pour ces gens, c’est qu’ils sont obligés de reprendre à partir de la première secondaire après un certain laps de temps, durant lequel ils ont quelque peu perdu leurs habiletés scolaires. »


Lourde tâche


Il abonde dans le sens de sa collègue syndicale sur les difficultés qui se posent aux enseignants dans ce secteur : « Dans la structure de l’organisation scolaire relative à l’éducation des adultes, il existe très peu de soutien pour les élèves de 18 ans ou plus du côté pratique de l’approche pédagogique : ils n’ont pas de services et ils doivent se tourner vers le communautaire. »


Les embûches rencontrées dans le secteur des jeunes ou durant certaines expériences vécues ont des répercussions sur les adultes : « Les élèves pensaient que ces embûches avaient définitivement disparu en raison de leur parcours de vie sur le plan de l’emploi, mais, malheureusement, les vieux fantômes ressortent quand ils reviennent en formation générale à l’éducation des adultes. Les difficultés refont surface et cela entraîne des découragements, parce que le soutien pédagogique n’existe pas. » Ce sur quoi il se penche sur les procédures administratives qui causent un pareil vide.


Laissé à peu près à lui-même, l’enseignant doit composer avec une situation complexe sur plusieurs points, comme l’explique Mario Cornellier : « On doit faire face à divers niveaux d’enseignement ; dans mon cas et dans ma classe, j’ai des élèves en troisième, quatrième et cinquième secondaire et je couvre six matières ; non, ce n’est pas l’image générale des centres pour adultes, mais c’est quand même une image relativement réaliste, parce qu’on retrouve des classes de multi-niveaux et de multi-matières. C’est là que se trouve le plus grand défi d’un enseignant. »


Il en fournit la raison : « Il doit être polyvalent dans son approche pédagogique et faire appel à tout son bagage de connaissances pour répondre à toutes les attentes des élèves. La difficulté première, c’est d’être capable de répondre à chacun de ceux-ci selon ses besoins précis. »


 
 
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