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    Alphabétisation familiale – D’une pierre plusieurs coups !

    1 septembre 2012 |Claude Lafleur | Éducation
    Une démarche d’alphabétisation familiale peut améliorer les relations parents-enfants.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Joel Page/AP Une démarche d’alphabétisation familiale peut améliorer les relations parents-enfants.
    Pas facile d’amener les adultes à s’engager dans une démarche d’alphabétisation. Bon nombre d’entre eux gardent un mauvais souvenir du temps passé sur les bancs d’école et, à présent, ils cachent le mieux possible leurs difficultés à lire et à écrire. Julie Myre-Bisaillon, professeure agrégée à l’Université de Sherbrooke, a imaginé une approche toute en douceur : passer par les jeunes enfants qu’ont souvent ces adultes pour les amener vers une démarche d’alphabétisation.

    L’approche parent-enfant fait d’une pierre plusieurs coups, puisqu’elle vise en premier lieu à resserrer les liens familiaux en créant des « moments de qualité » entre parents et enfants, en faisant aussi en sorte que les adultes qui sont isolés s’insèrent dans leur collectivité, et, qui sait, au bout du compte, à les amener à s’alphabétiser. « Je travaille surtout avec les enfants et leur famille, raconte Julie Myre-Bisaillon. Nous travaillons avant tout avec les enfants et nous invitons les parents à nous accompagner. »


    L’objectif du programme de recherche mis sur pied par la professeure est de voir comment les parents s’engagent auprès de leurs enfants. « Nous avons été capables de démontrer que plus le parent est présent, plus cela a un effet significatif sur les activités que l’enfant fait à la maison, notamment sur son intérêt pour la lecture », dit-elle.


    Responsabilité


    « À la base, je suis une enseignante du secondaire, raconte Mme Myre-Bisaillon, qui enseignait le français. Par la suite, je me suis intéressée aux jeunes raccrocheurs. Je me suis donc retrouvée avec une clientèle principalement masculine, âgée de 15 ou 16 ans, qui avait d’énormes retards et lacunes en lecture et écriture. Elle se retrouvait en scolarisation de 3e secondaire sans savoir lire. »


    Sa passion pour l’enseignement du français l’a naturellement conduite à poursuivre des études supérieures jusqu’à l’obtention d’un doctorat sur les problèmes de dyslexie, de dysorthographie et de dysphasie. « Je me suis intéressée à l’alphabétisation familiale, dit-elle, à l’éveil à la lecture et à l’écriture et à tout ce qui porte sur l’apprentissage du français et des difficultés qui s’y rattachent. »


    Elle s’est ainsi beaucoup intéressée aux retards de langage chez les jeunes enfants et à leur manque de vocabulaire. « L’une des hypothèses que nous avons posées, dit-elle, c’est le manque d’interactions langagières entre parents et enfants, le fait que, bien souvent, on place les enfants devant la télé ou des jeux vidéo. Or il est important que les parents échangent avec leur enfant sur ce qui se passe autour d’eux. C’est très important pour que le langage se développe chez les jeunes enfants. »


    Voilà pourquoi la chercheure s’intéresse tant aux interactions en dehors de l’école. « Je considère que les enseignantes font un excellent boulot, dit-elle, mais l’école n’est pas la seule responsable du développement du langage. C’est aussi la responsabilité de la famille, de la collectivité, etc. »


    À l’école


    Ces trois dernières années, Julie Myre-Bisaillon a mis sur pied un programme de recherche où, de concert avec des éducatrices en garderie, elle conviait les parents à accompagner leurs enfants dans des activités de lecture. « Une fois par mois, on les invitait à l’école pour vivre un atelier autour de la lecture et de l’écriture, dit-elle, mais surtout pour passer un moment positif. Il n’était pas question de bulletin ni des difficultés que pouvait éprouver leur enfant. Non ! C’était très important, insiste-t-elle, puisqu’il s’agissait de faire vivre un moment positif à l’école. »


    Les parents visés ne sont pas nécessairement analphabètes, mais ils proviennent d’un milieu défavorisé. « On savait peu de choses à propos de leurs compétences, mais souvent on aurait eu tendance à leur dire qu’on allait les aider à… Or ce n’est vraiment pas la bonne façon de s’y prendre ! On observait en outre que ces parents font peu d’activités avec leurs enfants… »


    « Nous les invitions donc à passer un moment positif avec leur enfant, poursuit Mme Myre-Bisaillon. Les parents venaient donc vivre avec nous une demi-journée d’atelier en classe. Entre autres, nous travaillions avec des livres sans texte afin de montrer que, même sans lire, on peut très bien raconter une histoire, une activité que les parents peuvent refaire à la maison. » Et elle ajoute en riant : « Lorsqu’on anime en classe, on est assis par terre avec les enfants ! C’est du temps de qualité que les familles passent ensemble. »


    C’est ainsi que, petit à petit, certains parents ont entrepris de s’engager et de procurer un soutien affectif et physique à leur enfant. « On a vu cela progresser au cours de l’année chez ces parents, note avec satisfaction la chercheure. On a aussi vu des parents briser leur isolement, s’intégrer dans leur collectivité. On a aussi vu beaucoup de fierté chez les enfants qui recevaient leurs parents dans leur milieu de vie : “ Là, c’est moi qui te reçois dans mon école ! ”»


    Ce programme a effectivement eu un impact incontestable sur la valeur que les enfants accordent à la lecture. « On a maintenant des enfants qui vont d’emblée vers les livres à l’école, alors que ce n’était pas le cas auparavant, relate Julie Myre-Bisaillon. Et le fait que le moment autour du livre est aussi un moment affectif améliore les relations parent-enfant. »


    « Ce qui m’intéresse maintenant, c’est de voir, dans un deuxième temps, si les parents vont se mettre en démarche par eux-mêmes, poursuit la chercheure. On a déjà vu des parents changer au cours de l’année, sans nécessairement s’inscrire à un programme de formation. Il y a même des parents qui ont mis cinq ou six mois à nous parler mais qui sont par la suite devenus des piliers dans leur collectivité ! Et on voudrait voir jusqu’où ils vont aller… Jusqu’à se mettre en démarche d’alphabétisation ? C’est notre prochain objectif ! »














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