Groupes populaires – Qui est à l’écart sera rejoint !
Ces groupes, refusant au début des années 80 l’invitation de s’intégrer aux structures des commissions scolaires, fondent le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ), qui compte aujourd’hui 80 membres répartis dans toutes les régions.« Dès le départ, les groupes populaires voulaient offrir, aux personnes ayant des problèmes d’alphabétisation, un réseau alternatif à celui des commissions scolaires, qu’on jugeait trop rigide, explique Solange Tougas, présidente du RGPAQ. D’ailleurs, aujourd’hui, les commissions scolaires font de moins en moins d’alphabétisation. »
Le mandat du RGPAQ est triple. « Dans un premier temps, nous voulons développer et faire reconnaître l’alphabétisation populaire. Nous jouons aussi un rôle de formation dans le domaine de l’alphabétisation. Notre second rôle est de militer pour un accroissement du financement accordé à l’alphabétisation. Et, troisièmement, nous défendons les droits des personnes peu alphabétisées afin d’améliorer leurs conditions de vie. Par exemple, cette année aux élections, les photos des candidats seront imprimées sur les bulletins de vote, une revendication que nous avions. Nous faisons aussi de la sensibilisation auprès des employeurs afin qu’ils embauchent des personnes peu alphabétisées ou inscrites dans une démarche d’alphabétisation. Ce n’est pas parce qu’elles éprouvent des difficultés avec la lecture et l’écriture qu’elles n’ont pas de compétences. »
Une approche différente
De plus, les groupes populaires en alphabétisation ont développé au fil des ans une approche qui leur est propre. « La première difficulté qu’on rencontre en alphabétisation, c’est l’identification des personnes qui ont un problème. Comme elles en ont honte, elles le cachent. Étant bien implantés dans leur milieu et proches de la population, les groupes populaires sont en meilleure position pour détecter les personnes qui ont un problème et ensuite leur offrir une démarche d’alphabétisation. »
Les groupes populaires ont adopté en la matière une approche très souple. « Il n’y a pas de programmes fixes chez nous, chacun des programmes est adapté aux besoins des personnes. » De plus, l’approche est basée sur la méthode des petits pas, chaque réussite en appelant une prochaine. « Cette approche favorise la valorisation de la personne, un élément essentiel à la réussite d’une démarche en alphabétisation. »
L’approche se veut aussi multiple, les formations offertes par les groupes populaires ne se limitant pas à la stricte alphabétisation. Ainsi, on offre des formations relatives à l’emploi, à la culture et aux arts, à la vie démocratique, à l’insertion sociale, à la gestion personnelle, à l’informatique et à Internet, etc. « Au fil des ans, les groupes populaires ont compris que les besoins des personnes ayant des difficultés en alphabétisation étaient multiples et on a voulu répondre à ces besoins. Il faut comprendre qu’une faible alphabétisation est souvent un facteur d’exclusion sociale. »
Et il ne faudrait pas croire que la clientèle est essentiellement composée de personnes plus âgées. « Nous retrouvons des personnes de tous les âges dans nos groupes d’alphabétisation. Nous avons même de jeunes adultes qui ont été scolarisés mais qui sont passés au travers des mailles du système. Nous avons même des personnes issues de l’immigration dont la francisation a été un échec. »
Précaire financement
Les groupes populaires en alphabétisation reçoivent une partie de leur financement du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport grâce au programme PACTE (Programme d’action communautaire sur le terrain de l’éducation), dont une partie de l’enveloppe est dédiée à l’alphabétisation. Mais c’est nettement insuffisant, selon Solange Tougas. « La moyenne par groupe est d’environ 98 000 $ par année, nettement en dessous des besoins. Prenons, par exemple, le groupe populaire que je dirige, le groupe populaire Déclic, à Berthierville. Notre budget annuel est d’environ 220 000 $. »
Le manque à gagner est comblé par la mise en place de formations et d’activités diverses qui seront achetées par les commissions scolaires ou Emploi-Québec. « Et, comme ces activités ne sont pas récurrentes, c’est à recommencer chaque année. Une bonne partie de notre temps est donc passée à chercher du financement. »
Stratégie nationale
Solange Tougas croit qu’il est grand temps que le Québec se dote d’une stratégie nationale en alphabétisation. « Il faut se donner une stratégie de lutte contre l’analphabétisme qui associerait l’ensemble des ministères. La lutte contre l’analphabétisme s’inscrit directement dans la lignée de la lutte contre la pauvreté, puisqu’il est démontré que l’analphabétisme est souvent synonyme de pauvreté. Les personnes peu alphabétisées dépendent souvent de l’aide sociale, sinon, elles travaillent au salaire minimum ou accumulent les “ jobinettes ”. C’est insensé de ne pas agir, d’autant plus que nous allons faire face à une pénurie de travailleurs d’ici quelques années. Il faut donc mettre tout le monde à contribution. Et, je le répète, les personnes qui éprouvent des difficultés d’alphabétisation ne sont pas dépourvues d’intelligence ni de compétences. »
Cette stratégie devrait aussi assurer un financement adéquat aux groupes d’alphabétisation. « Il nous faut un financement non seulement adéquat, mais aussi stable et récurrent. De plus, il faudrait que cette stratégie comprenne aussi un soutien financier aux personnes qui sont inscrites dans une démarche d’alphabétisation, car il y a des coûts pour elles, comme le transport, l’habillement. »
Et cette stratégie devrait faire sienne la méthode des petits pas. « Il faut un plan d’action basé sur une durée d’environ 10 ans. La difficulté d’identifier les personnes qui ont des problèmes en alphabétisation ne disparaîtra pas d’elle-même. Il faut donc d’abord faire beaucoup de sensibilisation. Ce dont la lutte contre l’analphabétisme a besoin pour réussir, c’est aussi de la constance dans nos actions. »







