Rentrée universitaire - «Une situation schizophrénique»

Comme lundi (notre photo), des étudiants ont arpenté mardi les corridors de l’Université du Québec à Montréal pour prévenir la tenue des cours.
Photo: La Presse canadienne (photo) Paul Chiasson Comme lundi (notre photo), des étudiants ont arpenté mardi les corridors de l’Université du Québec à Montréal pour prévenir la tenue des cours.

L’histoire s’est répétée, mardi, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et à l’Université de Montréal (UdeM), alors que des manifestants exhortaient, pour une deuxième journée, les étudiants de quitter les salles de cours dispensés par des facultés toujours en grève.

 

Des 70 cours levés sans grabuge ni grand vacarme en matinée à l’UQAM, 50 ont été annulés parce qu’aucun étudiant ne s’y était présenté, selon la direction. À l’UdeM, plusieurs dizaines de policiers ont dispersé les manifestants et procédé à l’arrestation pour voies de fait de 16 personnes.


« C’est une situation schizophrénique ! s’indigne la vice-présidente du Syndicat général des professeurs et professeures de l’Université de Montréal (SGPUM), Marianne Kempeneers. La liberté académique et même fondamentale des professeurs est atteinte », juge-t-elle, décrivant l’intervention des policiers comme une « réelle agression ».


Accompagnée d’une vingtaine de professeurs rassemblés devant le pavillon de la rue Jean-Brillant où leurs collègues enseignaient en dépit des perturbations, Mme Kempeneers a précisé que son syndicat a demandé à l’administration de ne plus faire entrer les policiers jugés à la source des faux pas de cette rentrée.


Les professeurs de l’UQAM n’ont, pour leur part, pas été contraints d’enseigner en présence d’agents de la paix. Tirant les leçons des interventions policières contre les manifestants opposés aux compressions dans le régime de prêts et bourses en 2005 et au plan de redressement de l’UQAM en 2008, l’administration a préféré garder les policiers en dehors de ses murs.


« Ce sont de mauvaises situations que nous n’avons pas voulu répéter, précise la conseillère en relations de presse de l’UQAM, Jenny Desrochers. Nous sommes toutefois constamment en contact avec le service de police de Montréal. »


Présence policière ou non, les préoccupations des chargés de cours de l’UQAM quant aux éventuelles sanctions de la loi 12 sont tangibles. « Les chargés de cours qui décident d’annuler un cours en raison de perturbations sont laissés à eux-mêmes pour le moment, regrette une chargée de cours sous le couvert de l’anonymat. Contrairement aux professeurs, qui sont, en quelque sorte, protégés par le fonds de leur syndicat et de la CSN, nous, notre syndicat a bâillonné le vote sur cette protection la semaine dernière », déplore-t-elle.


L’administration de l’UQAM envoie des rapports journaliers sur la reprise des cours au ministère de l’Éducation, sans toutefois savoir comment s’effectueront d’éventuelles sanctions.


Par ailleurs, l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH) et le module de science politique tiendront respectivement une assemblée générale spéciale mercredi et jeudi pour revoter la grève en raison de pétitions signées par des membres exigeant un second vote de grève.


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« C’est assez », lance Charest

Le « message » des opposants à la hausse des droits de scolarité a été assez entendu, estime Jean Charest. Il faut que ceux-ci, jusqu’au 4 septembre, arrêtent de manifester et de bloquer les cours. « C’est assez. À une semaine du vote, là, on devrait permettre aux Québécois de s’exprimer et de le faire paisiblement sans verser dans l’intimidation, et j’espère que ce message-là va être accepté », a-t-il déclaré hier après-midi lors d’un point de presse non prévu à l’horaire à Sainte-Marie-de-Beauce.
 

Il a trouvé « désolant qu’à une semaine d’un vote au Québec il y a des gens qui se prêtent à ce jeu-là ». Mais il compte sur l’élection pour trancher la question : « Ça va être une voix forte qui va s’exprimer le 4 septembre prochain. La majorité silencieuse dont on parle depuis le début de cette campagne-là va s’exprimer. » M. Charest invite les autorités universitaires dans les deux campus à « assumer les responsabilités » en soulignant qu’elles ont « ce qu’il faut pour le faire ».


Antoine Robitaille

21 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 29 août 2012 01 h 11

    La légitimité du blocage des cours ?

    Hormis ses aspects légaux (cf la loi 78, etc.), la légitimité du blocage des cours tel qu’il a été effectué ces derniers jours à l’UQAM et à l’UDM, sous forme d’actions directes, exigerait peut-être d’être démontrée hors de tout doute, ce qui est loin d’être évident a priori, et ceci même si l’on fait également abstraction du fait que la période électorale représente une sorte de vacances du pouvoir, avec des mobilisations qui seraient sans interlocuteur …

    La confusion entretenue par certains groupes ou individus entre le mot d’ordre «Bloquons la hausse», et cet autre mot d’ordre, différent dans son éthique et ses orientations pratiques, émanant d’obscures instances, «Bloquons la rentrée», ne favorise pas non plus la mise en pratique d’une conception adéquate de l’éthique et de la démocratie.

    La grande majorité des militants du mouvement étudiant a refusé de jouer le rôle de provocateurs qui lui était prescrit par le PLQ dans sa stratégie électorale de crise et de tension. Quels sont cependant les objectifs de ceux et celles qui semblent accepter d’être les figurants du scénario d’une mini-crise qui pourrait avoir les apparences de l’agonie du mouvement ?

    Yves Claudé

  • Michel Lebel - Abonné 29 août 2012 02 h 08

    Que chacun assume ses responsabilités!

    Comme la raison a foutu le camp au Québec depuis plusieurs mois à l'occasion du conflit étudiant, rien de surprenant que des personnes veulent poursuivre la chienlit! La solution: que chacun assume ses responsabilités. "Chacun",ceci inclut aussi les agents de sécurité de l'université et la police, si nécessaire.

    On ne doit pas tolérer à l'université les casseurs, les personnes masquées et les intimidateurs. L'université doit être un lieu d'études sereines et de débat et de confrontation pacifique, pas une foire d'empoigne et de sectarisme!

    Michel Lebel
    Ancien professeur d'université

    • Lagacé Jean - Inscrit 29 août 2012 10 h 52

      Bravo!

    • Gabrielle Palmieri - Inscrite 29 août 2012 12 h 45

      Il n'y a pas eu de casse! Où, dans cet article ou dans les autres, vous voyez que des élèves s'en sont pris à l'université?
      Cessez de supposer constamment que les étudiants cherchent la pagaille, nous chantions des chansons pour faire respecter les votes de grève quand la police est arrivée...
      Les journalistes sont tous restés en bas parce qu'ils avaient peur des policiers, alors voilà ce que ça donne!
      De la désinformation!
      Personne n'est monté au 4e pour voir ce qui se passait véritablement. Je suis outrée de voir un ancien professeur d'université émettre de tels jugements.
      La police n'a pas sa place au sein de l'UdeM.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 29 août 2012 16 h 50

      Tout à fait d'accord, on en devrait plus permettre aux forces policières de forcer une décision qui doit se prendre de manière pacifique.

      La discussion et les échanges prendront certe plus de temps mais cela sera la bonne et même la meilleure des solutions pour un Québec plus instruit et mieux instruit!

  • Yves Côté - Abonné 29 août 2012 02 h 43

    Il a raison ...

    "C’est assez. À une semaine du vote, là, on devrait permettre aux Québécois de s’exprimer et de le faire paisiblement sans verser dans l’intimidation", dit J. J. C.
    Je suis d'accord avec lui et nous devrions tous agir en conséquences...
    ... en n'accordant aucun de nos votes aux Libéraux.

    Vive le Québec enfin libre des Libéraux !

  • Roland Guerre - Inscrit 29 août 2012 03 h 30

    Majorité silencieuse ?

    Les problèmes posés par le printemps érable complètent les couleurs de l'automne qui s'annonce. Les larmes de crocodile sur la "majorité silencieuse", réduite à se taire, par le refus du dialogue, les atteintes aux libertés fondamentales, ne tromperont pas le citoyen. Le premier ministre sortant recueille les friots de sa politique. Le dossier de l'enseignement supérieur devra réunir les pouvoirs publics, les universitaires, les étudiants, autour de la table, après le 4 septembre. Dialogue, travail patient, permettront de définir la nouvelle politique universitaire, assise sur le refus de la marchandisation.

    • Yves Claudé - Inscrit 29 août 2012 09 h 34

      La majorité : un principe démocratique ! Privilégiés et victimes de la sélection scolaire …

      Qu’elle s’exprime avec force slogans et manifestations, ou plus discrètement en participant aux élections, une majorité de citoyens doit être respectée comme telle, selon un principe élémentaire de la démocratie.

      À travers sa discursivité alambiquée, Monsieur Guerre tombe de toute évidence dans le piège posé par Monsieur Charest, avec des propos ironiques au sujet de ces citoyens moins bruyants que d’autres, et dont le jugement et les opinions méritent aussi le respect. Cela dit tout en souhaitant que cette majorité vote pour elle et non pour les intérêts de classe des commanditaires du PLQ ou de la CAQ…

      En répétant ad nauseam un certain mantra centré sur le monde universitaire, fait de slogans à défaut d’analyse sociopolitique, Monsieur Guerre fait involontairement la promotion de revendications d’une élite de privilégiés ayant traversé avec succès les mécanismes de sélection sociale du système scolaire.

      Ces mécanismes, qui sont à l’œuvre dès l’école primaire, avec des positions de classes assorties de capital culturel, économique, social, etc., orientant les enfants d’une manière sélective vers l’école publique générale, ou bien vers les écoles alternatives ou privées, constituent un problème de base que les très narcissiques enfants de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie ont tendance à oublier, peu conscients de l’existence d’œillères de classe qui les préservent de la conception d’une solidarité qui serait plus large que celle qu’ils déploient à leur exclusif profit !

      Yves Claudé

  • Gilles Delisle - Abonné 29 août 2012 06 h 44

    Un gachis libéral jusqu'au 4 septembre.

    Le gachis de la crise étudiante, orchestrée par Jean Charest et sa bande, va le poursuivre jusqu'à sa mise à la porte du Parlement québécois! Il aura donc payer cher cette politique de droite crée pour satisfaire un establishment financier de plus en plus vorace! Ce même establishment qui l'a laissé tomber cette fois-ci pour un autre droitiste aussi dangereux, Francois Legault.