Les étudiants touchés par la grève voient leur aide financière amputée

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	Selon la loi, les étudiants perdent leur supplément si l’interruption des études a excédé quatre mois.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Selon la loi, les étudiants perdent leur supplément si l’interruption des études a excédé quatre mois.

Les étudiants qui se sont inquiétés du retard de leurs prestations d’aide financière ne sont pas au bout de leurs peines. Car celle-ci pourrait être sérieusement amputée en raison de la grève, a constaté Le Devoir.


Des étudiants verront en effet leur aide financière retranchée de montants allant jusqu’à 3000 $, dans certains cas. C’est la mauvaise nouvelle que plusieurs d’entre eux apprennent ces jours-ci.


En allant vérifier son dossier d’étudiant sur le site Internet de l’aide financière aux études, Julien, un étudiant de l’Université Laval qui préfère taire son nom de famille, a été surpris d’apprendre qu’on allait le priver d’une somme de 3072 $, appelée «supplément». On l’a informé que cette somme, qui est un coup de pouce additionnel souvent octroyé pendant la période creuse de l’été, ne lui sera pas versée, en vertu du règlement 44 de la Loi sur l’aide financière aux études.


En clair, ce règlement stipule que le « supplément » est accordé à l’étudiant qui n’interrompt pas ses études pendant plus de quatre mois durant une même année. Or, pour le ministère de l’Éducation, la session s’est terminée le 30 avril, malgré la grève, et celle d’automne recommence le 1er octobre, ce qui constitue une interruption de cinq mois.


Dans le cas de Julien, c’est une amputation de 777 $, un montant qu’il aurait dû recevoir début septembre. Il a également été privé d’un montant de près de 2300 $ qu’il devait recevoir parce qu’il a suivi des cours d’été.


« Je rage depuis que j’ai appris la nouvelle », a dit Julien, dont la situation précaire lui fait bénéficier du maximum des prêts et bourses. « Je vais finir encore plus endetté. » Il songe à déposer une plainte à l’ombudsman dans les prochains jours.


Plusieurs seraient dans cette situation, mais le ministère de l’Éducation (MELS) n’a cependant pas été en mesure de confirmer combien d’étudiants sont visés par cette décision en vertu du règlement 44. Même qu’on avait du mal à comprendre la requête du Devoir. « On ne peut pas répondre à savoir pourquoi l’aide financière dans ce cas-là ou dans des cas similaires ne se rend pas. On a de la difficulté à comprendre », a dit la porte-parole du MELS, Esther Chouinard.


Vérification faite au bureau de l’aide financière de l’Université Laval : grève ou pas, la loi a été appliquée à la lettre, tel que décidé par le MELS. Les étudiants perdent leur supplément si l’interruption des études a excédé quatre mois. Plusieurs étudiants ont appelé pour signifier leur mécontentement, confirme-t-on.

 

« Improvisation »


Pour la présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), Martine Desjardins, c’est « de l’improvisation pure et dure ». « On a lancé des bonifications pour faire croire aux gens que ça allait être mieux, alors qu’on leur fait plutôt payer doublement le coût de la grève. Car non seulement les étudiants vont devoir rattraper [leurs cours] dans des conditions difficiles, mais on ne leur donne pas leur aide à temps et on n’a pas adapté le système en fonction de la grève pour qu’ils aient droit à des allocations supplémentaires », a-t-elle lancé. Selon elle, les étudiants continueront d’avoir de mauvaises surprises. « Ceux qui vont avoir travaillé pendant la grève vont se voir couper leurs bourses, parce qu’ils auront eu trop de revenus et parce qu’ils auront interrompu leurs études pendant plus de quatre mois », a-t-elle expliqué.


Mme Desjardins déplore le flou entourant l’aide financière. « La façon de calculer les prêts et bourses a été changée et les fonctionnaires sont incapables de nous dire comment ça va s’opérationnaliser. Le nombre d’étudiants qui vont en bénéficier est inconnu », a-t-elle soutenu.

15 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 24 août 2012 23 h 52

    Encore une autre

    Après les 15 millions en frais policiers, le report de cours retardant leur fin d'étude, voir l'abandon de certains, une autre conséquence négative du boycot..

    • Francis Paradis - Inscrit 25 août 2012 17 h 35

      André, vous avez une fixation maladives contre les étudiants. Vous êtes encore pire que Legault avec les syndicats.

  • Céline - Abonnée 25 août 2012 08 h 35

    Merci au Devoir de parler de cette question! En fait, j'aimerais apporter une petite précision : non seulement le montant global des prestations sera-t-il affecté pour les étudiant(e)s touché(e)s par la grève durant l'année, mais AUCUN versement d'aide financière ne sera accordé pour le mois de septembre. Ce qui signifie donc que nous sommes des milliers à avoir appris au cours des dernières semaines qu'il nous faudrait tenter de trouver un autre moyen de survivre jusqu'au 1er octobre. Très rare sont les étudiant(e)s qui peuvent prévoir un petit « bas de laine » en cas d'intempéries du genre, ce qui signifie donc que nous sommes nombreux à être pris au dépourvu et, étant privés d'une source principale de « revenus », nous devrons avoir recours à des prêts, à l'aide des banques alimentaires, ou encore à des heures de travail décuplées (ce qui se concilie mal avec une session intensive de rattrapage des cours pour ceux et celles qui ont choisi le retour en classe, vous en conviendrez)...
    À l'Université du Québec à Montréal, un Fonds de solidarité Inter-UQAM sera mis sur pied prochainement par l'entremise des associations étudiantes.
    Merci à Charest et à la Loi 12!...

    • Louis-Simon Racine - Inscrit 27 août 2012 17 h 20

      Il est dommage d'utiliser la côtisation des étudiants aux associations pour compenser leur mauvaise gestion financière. Les versements de la session d'hiver ont bel et bien été distribué, donc il fallait garder cette argent pour le retour en classe et non le dépensé durant ce boycott. Et puis, je vois mal comment un étudiant n'est pas parvenu à accumuler des fonds pour ses études durant ce 5 mois de répis. Bref, il n'y a aucun doute que la loi 44 est appliqué de la bonne façon, l'aide financière na pas à distribuer plus d'argent à cause d'absence en classe.

    • Kate Malone - Inscrit 27 août 2012 17 h 53

      @Louis-Simon En effet, techniquement nous avons recu notre aide pour la session d'hiver, mais la facture pour la session d'automne est là pareil, et on nous demande de la payer avant la fin septembre! Puis le "5 mois de répis", scuse le grand, mais aucun étudiant en grève ne savait combien de temps allait durer la grève, ni quand la reprise des cours allait arriver, sans compter que trouver une job à temps plein en février/mars, c'est pas si facile. Puis si c'était appliqué vraiment à la lettre comme ils disent, on devrait recevoir la même allocation que s'il n'y avait pas de grève, c'est à dire le prêt/bourse étudiant en septembre. C'est juste une autre façon qu'a le gouvernement de nous mépriser, car les universités réclâment leur dû à temps, eux!

  • Robert Bernier - Abonné 25 août 2012 09 h 34

    Un peu de compassion, svp

    Bien sûr, je comprends la rage de Martine Desjardins. Elle, comme les autres leaders étudiants, avait promis aux étudiants(es) une grève rapide et sans conséquences ("Ce gouvernement a toujours reculé", répétait-on afin de mousser les votes pour la grève). Et là, devant la réalité qui frappe de plein fouet, on préférerait encore renier sa responsabilité et tout mettre sur le compte du méchant loup.

    Malgré tout, quitte à, encore une fois, livrer le message qu'on peut tout exiger sans jamais faire face aux conséquences de ses choix, malgré cela, dis-je, je crois qu'un peu de compassion de la part du MELS serait bienvenue. L'heure ne devrait pas être à la "punition".

    Robert Bernier
    mirabel

  • André Michaud - Inscrit 25 août 2012 10 h 23

    Aide à ceux qui étudient

    Évidemment on ne peut à la fois décider de boycoter et d'avoir une aide financière comme si on étudiait..quand on est rendu à l'université on devrait comprendre cette évidence.

    • France Martin - Inscrite 25 août 2012 11 h 23

      Qui dit qu'il était pour la grève? Et surtout, pourquoi changer les règles de calculs? Pourquoi vouloir empêcher les jeunes de se former?

    • Antoine Roussel - Inscrit 25 août 2012 11 h 30

      Tu ne comprends vraisemblablement pas la problématique André. Le réglement 44 est utilisé pour discriminer les étudiants qui étaient en grève. L'aide financière fait preuve de très mauvaise foi en jouant sur les mots d'un réglement dont l'esprit n'était pas, à la base, de pénaliser ceux qui décident d'étudier durant l'été. La réalité, c'est que les étudiants retournent bel et bien à l'école en septembre, à temps double qui plus est, car certaines sessions se chevauchent.

      Ne soyez pas simpliste.

    • Michaël Lessard - Abonné 27 août 2012 18 h 31

      Parlons-en, monsieur Michaud, de responsabilité et d'adultes à l'université ou de jeunes adultes aux cégeps.

      Cas A - Un adulte s'incrit à un cours, mais n'y participe pas vraiment. Qu'il y soit ou non, qu'il passe le cours ou non, il est inscrit et reçevra son prêt étudiant.

      Cas B - Des gens de toutes sortes perdent ledit supplément parce qu'il y a cinq mois entre le 30 avril et le 1er octobre, même si en réalité ils/elles vont participer intensivement à des cours en septembre.

      Sans commentaire.

  • henri -s garneau - Inscrit 25 août 2012 11 h 59

    ayoye!

    (pour le ministère de l’Éducation, la session s’est terminée le 30 avril)
    La session d'hiver s'est TOUJOURS finie le 30 avril, c'est le calendrier scolaire normal. L'aide financière aux étudiants a été déposée dans leur compte par leur banque respective jusqu'au 30 avril 2012. et ce même s'il étaient en grève, trop lourd logistiquement et ça aurait coûté des millions aux contribuables d'arrêter l'AF. Comme ils ont eu leur aide dans leur compte de banque en avril mais n'ont pas été a l'école c'est normal qu'ils se servent de ce montant en septembre ce mois remplace avril, les contribuables n'ont pas a payer 2 fois et les banques en ont marre de tous ces changements informatiques. Quand a Julien s'il n'y a pas droit selon les règlement il n'y a pas droit, POINT! c'est vrai que pour eux un règlement ou une loi ...booofff!!quand ça touche leur portefeuille, les révolutionnaires ne croient plus a leur cause d'une grande noblesse? Pas fort comme révolution!! Nul n'est tenu d'ignorer la loi et les règlements sociaux POINT, c'est son problème, au fait il n'a pas pensé a ÉCONOMISER????

    • Francis Paradis - Inscrit 25 août 2012 17 h 34

      Vous n'avez pas lu l'article ou vous êtes de mauvaise foi?

      L'essence du texte dit qu'un étudiant qui reprend les cours en septembre pour une session intensive sera amputé de ses prêts et bourses pour la session d'automne qui commencera le 1er octobre puisqu'il y a une distance de plus de 4 mois entre le 30 avril et le 1er octobre. Pourtant, les étudiants vont tout de même à l'université durant le mois de septembre.

      On pénalise donc uniquement les étudiants qui étaient en grève pour une raison qui est tout à fait illégitime (puisque, évidemment, ils auront eu des cours durant le mois de septembre et donc n'ont jamais «arrêté» l'école). On pénalise aussi d'ailleurs les étudiants qui ne désiraient pas être en grève.

      Et je vous souhaite bonne chance pour économiser quand votre revenu annuel est de 11 000$ et que l'université vous en coûte 4500$ par an.