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    Libre opinion - La défaite des carrés rouges, vraiment?

    20 août 2012 |Martin Vachon - Québec | Éducation

    Les votes pour le retour en classe se multiplient. Les étudiants des cégeps, pour ne parler que de ces derniers, choisissent massivement de retourner en classe. Pour eux, c’est la fin de la grève. Pour eux, c’est le début d’une intense session de rattrapage pour terminer les cours laissés en plan l’hiver dernier.


    Ils ont voté démocratiquement pour la grève. Ils font de même pour sa fin. Je dis «démocratiquement » car, jusqu’à preuve du contraire, il en fut ainsi. Et le faible taux de participation n’est pas un argument. Tout le monde a souligné le fait que notre premier ministre avait été porté au pouvoir par 24 % de l’électorat ! N’y revenons pas.


    Pour certains, c’est un énorme soulagement. Pour d’autres, une amère déception. Les deux états d’esprit se comprennent aisément ou, du moins, cela devrait se comprendre aisément. Et il ne m’appartient pas de juger.


    Mais peut-on vraiment parler de la « défaite des carrés rouges » ? Bien sûr, la partie de la twittosphère hostile aux carrés rouges s’emballe, s’enivre, se soûle de chaque annonce confirmant la fin de la grève. À travers les vivats et les congratulations pour cette jeunesse enfin raisonnable, les insultes ne tardent pas à pleuvoir à l’endroit de ceux et celles qui sont clairement en faveur de la grève. « Ils ont fini de faire chier tout le monde ! », se réjouit celui-ci. « Beubye, boys and girls ! », lance celui-là. Et on spine, on spine !


    Ce ton n’est pas nouveau. Ce ton ne disparaîtra pas de sitôt. Mais, encore une fois, a-t-on raison de parler de la « défaite des carrés rouges » ? Plusieurs faits me portent à croire que, loin d’être une défaite, n’a pas gagné la manche qui le croit ! Et voici pourquoi.

     

    Huit raisons


    1. C’est un secret de Polichinelle que de dire que Jean Charest aurait fort probablement tiré profit d’une reconduction massive de la grève et, par conséquent, des désormais célèbres manifestations des « violents carrés rouges ». Il aura beau s’en défendre, personne ne le croit.


    2. La grève étudiante a permis de porter sur la place publique un grand nombre d’enjeux fondamentaux qui seraient sans doute demeurés sous le tapis autrement. Que l’on pense à la mauvaise gestion des universités, à l’incapacité des recteurs de justifier l’ajout de fonds supplémentaires dans le réseau, au fameux Plan Nord et aux privilèges accordés aux minières, à l’augmentation de la dette du Québec sous Charest, à l’abolition de la taxe sur le capital, au caractère obsolète de notre mode de scrutin. Etc.


    3. La grève étudiante a permis à bon nombre de Québécois qui baignaient dans le formol, dont moi-même, de se réveiller, de retrouver un intérêt pour la bébite politique, de retrouver la capacité de se questionner et de mettre en question le pourquoi des choses, le pourquoi nous en sommes là. Bref, ils ont mis fin à une certaine forme d’indifférence et de désintérêt. Ils ont contribué à mettre au jour un malaise social certain.


    4. La grève étudiante a brisé un préjugé tenace à l’égard des jeunes. Nul ne peut dire désormais qu’ils n’ont pas de conscience sociale, qu’ils sont centrés sur eux-mêmes, incapables de sacrifices, de bien s’exprimer, paresseux et sans conception de ce que signifie le Québec de demain pour eux. Ils ont une vision de l’avenir et sont parfaitement en mesure de la partager de façon concrète.


    5. La grève étudiante a révélé, à mes yeux du moins, le visage d’un gouvernement hautement hypocrite, manipulateur et prêt à bien des bassesses pour parvenir à ses fins : la loi 78 et l’instrumentalisation de la grève à des fins électoralistes en sont de bons exemples.


    6. La grève étudiante a permis de constater jusqu’où les vieux partis, et j’y inclus la CAQ, étaient prêt à aller pour séduire l’électorat, en général pour ce dernier et les jeunes en particulier pour le PQ. Mais dans son cas, dire qu’il n’a pas autant instrumentalisé la grève à des fins politiques est un pas que je suis prêt à franchir.


    7. La grève étudiante a permis de changer l’habituel paradigme fédéral/provincial pour celui, plus inhabituel, de gauche/droite. Si, dans les deux cas, nous découvrons des groupes situés aux extrêmes, force est de constater ou de prendre conscience que ceux qui sont à la limite du spectre de droite portent un discours qui heurte les valeurs québécoises en général et que, contrairement à leurs homologues de gauche, certains sont en situation d’influence.


    8. La grève étudiante a permis de retisser les liens entre les diverses générations de Québécois et Québécoises, ce qui aurait été impensable en d’autres circonstances.


    Je suis persuadé que j’en oublie. L’objectif n’étant pas de donner dans l’exhaustivité, mais plutôt de remettre en question cette supposée « défaite des carrés rouges ». À la lumière de ce qui précède, je ne pense pas que de parler de défaite est approprié.


    Par ailleurs, la grève n’étant qu’un moyen de s’exprimer, sa fin ne signifie nullement que l’on a renoncé à ce droit et, de même, si l’on retourne en classe, cela ne signifie en rien que l’on est soudainement favorable à la hausse des droits. Ce serait une erreur de tirer pareille conclusion.


    Si aujourd’hui rien n’est réglé à l’égard de la hausse des droits de scolarité et que l’on ne saurait considérer l’élection d’un nouveau gouvernement comme signifiant la résolution du conflit, il est au moins une chose dont je suis convaincu. Certains carrés rouges retournent en classe, certes. Mais ils n’ont subi aucune défaite jusqu’ici, s’il faut absolument parler en termes militaires. Au contraire, ils ont remporté plusieurs campagnes dont j’ai voulu, ici, donner un aperçu. À l’opposé de plusieurs, il me semble que rien n’est terminé. En fait, ce n’est que le début… d’une autre étape.

    ***

    Martin Vachon - Québec













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