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L’école, quelle école ?

On parle enfin d’éducation dans la campagne électorale en cours

18 août 2012 | Normand Thériault | Éducation
Au départ, l’école est un édifice : tout village se devait d’avoir, quelque part sur son territoire, ce lieu où des bancs étaient posés devant un pupitre et un tableau noir.
Photo : Agence France-Presse Richard Bouhet Au départ, l’école est un édifice : tout village se devait d’avoir, quelque part sur son territoire, ce lieu où des bancs étaient posés devant un pupitre et un tableau noir.
Il a fallu attendre le début d’une troisième semaine de campagne électorale québécoise pour que l’éducation fasse son entrée dans l’arène politique. Si les étudiants et étudiantes, avec en fond sonore des défilés de casseroles, avaient permis à un Parti libéral décrié de voir sa cote remonter, permettant un retour aux urnes avec quelque espérance de victoire pour la formation de Jean Charest, tous et toutes, élus en postes et candidats à la même fonction, se tenaient jusque-là cois. Mais voilà qu’un Legault revient à la charge avec un discours sur les valeurs qu’une société propose et défend.

On parle enfin d’éducation dans la campagne en cours. Et non plus seulement de loi et d’ordre, ici signifiés par la mise au pas de ces récalcitrants qui boycottent les salles de classe. Mais, même si tout ce beau monde se retrouvait sur les bancs d’école, rien ne nous dit, comme rien ne précise, la nature souhaitée, et les objectifs, de cette institution québécoise.
 

Au départ, l’école est un édifice : tout village se devait d’avoir, quelque part sur son territoire, ce lieu où des bancs étaient posés devant un pupitre et un tableau noir. Puis, ce fut un détour obligatoire : une loi d’instruction publique oblige encore la fréquentation des classes, quoiqu’il n’y ait point en terre québécoise de « police » dont le seul mandat serait la cueillette des décrocheurs et l’obligatoire réinsertion dans la cohorte étudiante.


Supposons quand même que tous ceux et celles qui doivent, ou veulent, étudier soient comptés comme présents, quelle serait donc cette école qu’ils et elles fréquenteraient alors ?


Citoyenne. Le débat est récurrent : l’école est le premier lieu où s’inscrit le futur citoyen à part entière. L’institution devrait donc proposer et défendre les valeurs affichées de cette citoyenneté. Au Québec, la Charte des droits et libertés, comme les diverses lois adoptées par l’Assemblée nationale, donnerait alors les balises de l’enseignement proposé. Et les démocrates diront donc que cette école sera laïque, francophone, non discriminatoire et capable d’intégrer tous et chacun, indépendamment des handicaps et autres obstacles.

 

Accessible. Et voilà que s’ouvre un autre débat, celui-là même qui a vu une nouvelle saison s’inscrire dans l’année québécoise, celle du printemps érable. Si, jusque-là, l’accessibilité, par définition, se limitait pour plusieurs à l’aménagement de rampes et autres portes, voilà qu’on dit que l’école est un service public dont nulle barrière, surtout tarifaire, n’interdirait l’accès. Et où mettra-t-on donc le frein à cette gratuité ? Au moment où l’élève atteint 16, 17 ou 18 ans ?


À cet âge où plus d’un et d’une n’est pas encore majeur, il faudrait, si l’on se fie aux ténors « lucides », commencer à payer pour avoir accès à ces cégeps et écoles spécialisées et, plus tard, à ces universités, dont on dit qu’elles sont dans plus d’un secteur les seuls établissements capables d’accorder le nécessaire diplôme qui ouvre la porte au monde du travail, dans une société où l’innovation est devenue un maître mot pour déterminer l’activité économique. À cette proposition, de la CLASSE à QS, on dit « non ».


Ouverte. Que l’on soit malentendant, décrocheur, analphabète, femme ou penseur libre, l’école devrait être un lieu d’accueil et de discussion où rien de ce qui se passe dans une société ne devrait être non retenu. Donc, nulle discrimination, ni contre les personnes, ni contre les idées. Et tant pis si les opposants à la pensée universelle n’y trouvent pas leur compte.

 

Performante. L’école aussi a un palmarès. En fait, on en retrouve même plusieurs. Celui de Shanghaï nous indique les universités qui seraient les meilleures au monde (et McGill s’en « pète les bretelles » et « facture » pour un MBA qui serait un grand cru mondial). Celui de l’Actualité se voit année après année contesté, surtout par les tenants de l’école publique, qui dénoncent le fait que des établissements privés sont discriminatoires au moment des inscriptions (ce que ces derniers contestent).


Et, au nom de cette performance, voilà que se trouve justifiée toute augmentation des droits universitaires annuels, car l’État n’aurait pas les budgets suffisants pour assurer que l’université québécoise demeure « compétitive » !


Et, comme si ce n’était pas assez, voilà qu’on parle aussi d’ajouter, aux bulletins des élèves, d’autres qui évalueraient les enseignants et professeurs, voire certaines classes. Et, pour ceux-là, la remise des prix serait pécuniaire dans ce monde où la performance n’a pourtant pas de prix !


Utile. À quoi sert l’école ? Longtemps, a-t-on cru, l’école était un lieu de formation : on y formait des personnes. Mais cela ne serait plus prioritaire pour plusieurs partisans du néolibéralisme, car la mission de ces établissements ne serait plus scolaire, étant alors devenus au service d’une société dont la première valeur serait déterminée par l’échelle économique, le PIB.


L’école alors façonnera de futurs travailleurs, ces industrieux qui permettront à leurs employeurs de se féliciter de leur réussite commerciale ou boursière.


Déjà, en région, parlons-nous des cégeps que plus d’un d’entre eux voit son maintien assuré par une capacité à répondre aux demandes en formation transmises par les industries et les entreprises locales. Et les universités et grandes écoles oeuvrent aussi en ce sens en déposant certificats et DESS conçus de façon à répondre à des demandes de profils spécifiques.


Déjà que le niveau primaire s’articule aussi en anglais dans le petit monde scolaire francophone, que les ordinateurs entrent en classe, et qui nous dit que demain peut-être on se retrouvera avec une école sans livre…


Conviviale. Un jour, on remet en question l’existence des commissions scolaires. Un autre moment fut celui du temps des réformes, de ces réformes toujours en évaluation et réévaluation. Et on va plus loin encore : comment faire en sorte que le jeune, comme le moins jeune, voie l’école comme un lieu de plaisir, une société en soi qui réponde à toutes les attentes ? Et, alors, fini le décrochage, fini ce temps où les professeurs se recyclent en d’autres métiers, oubliés ces jours où les parents se désintéressent de la formation de leur progéniture. L’école est alors devenue la terre promise.


Mesdames et messieurs de la classe politique, quelle école voulez-vous ? Pour laquelle serez-vous prêts à vous battre, quitte à y perdre des élections, au nom des valeurs qui vous animent ?


 
 
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