Que les négociations reprennent !
L’anglais est au programme de la cinquième dès cet automne
« Des mesures à la pièce, il y en a beaucoup qui sont annoncées régulièrement en éducation. Nous, ce qu’on souhaite, c’est plutôt une vision d’ensemble. » Voilà ce que réclame Manon Bernard, la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE). Ce qu’elle désire au fond, c’est qu’on s’attarde sur les besoins dans les salles de classe et sur les conditions d’apprentissage des élèves. Ce sont là les priorités de son syndicat, des priorités établies depuis fort longtemps, mais pour lesquelles on doit encore mener des luttes. Avec cette rentrée 2012, Manon Bernard espère pouvoir reprendre le dialogue, mais la grande question sera de savoir avec quel interlocuteur se fera ce dialogue.
Qu’on se le dise d’emblée : à l’heure actuelle, les services offerts aux élèves ne suffisent pas. Qu’on parle des services d’orthopédagogues, de psychologues et d’autres professionnels, les besoins des élèves dépassent la quantité des services offerts, et ce, malgré les investissements effectués ces dernières années. « Quand un orthopédagogue doit répartir son temps dans au moins trois écoles et qu’il ne peut rencontrer un élève qu’une fois par semaine, on appelle ça du saupoudrage de service », nous dit Mme Bernard. Pour l’instant, rien ne laisse présager un changement dans ce dossier.
Un programme de lecture amélioré
Lors de la rentrée 2011, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) avait demandé des ajustements dans les programmes de lecture et d’écriture afin de favoriser la réussite des élèves et, en particulier, celle des garçons. On y faisait valoir l’importance du dépistage, pour que, dès qu’apparaissent des problèmes, que ce soit en maternelle, en première ou en deuxième année, on puisse réagir. « C’est un moment-clé dans le parcours scolaire, si on ne veut pas que nos élèves décrochent au secondaire ou qu’ils cumulent des retards et que l’écart creusé devienne trop grand », rappelle Manon Bernard.
Des discussions sur le sujet ont eu lieu avec les gens du ministère de l’Éducation. Elles ont duré toute l’année et, pourtant, les ajustements en question ne sont pas encore au programme. « Rien n’empêche que ces mesures puissent être mises en place prochainement », espère Mme Bernard.
L’apprentissage intensif de l’anglais
Un autre défi de cette rentrée 2012, c’est l’implantation obligatoire du programme d’apprentissage de l’anglais en 5e et 6e années du primaire. Les écoles auront cinq ans pour appliquer cette mesure, mais le processus ne se fera pas sans heurts. « Notre fédération a travaillé dans tous les comités mis en place par le ministère, pour finir par se retirer parce que nous n’avions pas de réponses à nos questions. » Ces questions, elles étaient fort simples : est-ce réaliste de vouloir implanter un tel programme dans l’ensemble du Québec ? Est-ce qu’on a les services nécessaires pour répondre aux besoins ? Comment implanter ce programme dans les classes multiniveaux ? « On n’en est plus à cerner les problèmes, on en est à vouloir des réponses précises. » Comment ce dossier sera réactivé cette année, voilà ce qui intéresse Manon Bernard : « Pour nous, ce programme n’est pas une priorité. Quand M. Charest en a fait l’annonce, on était en plein cycle de négociations et on cherchait des solutions aux problèmes des élèves en difficulté. Ce n’est pas qu’on soit contre l’apprentissage d’une langue seconde, mais on a déjà implanté l’apprentissage de l’anglais dans le premier cycle du primaire et on n’a même pas encore les résultats et les évaluations des impacts que cette mesure a eus sur l’apprentissage des élèves. »
Retour sur un 25 octobre
En remontant le temps, on se retrouve en octobre 2010, quelques mois après la nomination de Line Beauchamp à la tête du ministère de l’Éducation. À l’époque, Mme Beauchamp a convoqué une rencontre de tous les partenaires du réseau scolaire afin de réfléchir aux façons d’intervenir auprès des élèves en difficulté. Il y a été question des balises pour l’intégration des élèves en difficulté, de la composition de la classe, des établissements privés, des projets sélectifs, bref, autant de chantiers qui se sont ouverts au lendemain du 25 octobre 2010. Par la suite, Mme Beauchamp devait revenir avec des conclusions et un échéancier de travaux à prévoir. Cette rencontre s’inscrivait dans un ensemble de quatre réunions prévues par le gouvernement Charest, y compris celle sur le financement des universités.
Si on a depuis beaucoup parlé de cela, le reste serait tombé dans l’oubli. « On a créé des attentes, mais on n’a pas vu les résultats ». Dans un monde idéal, on aurait dû reprendre les travaux en mai et juin, mais, à cause d’un certain conflit étudiant, tout est remis à plus tard, bien plus tard…
Valorisation des enseignants
Et Manon Bernard rappelle que la campagne de valorisation de la profession enseignante battra son plein durant toute l’année scolaire 2012-2013. « On ne peut pas parler d’éducation et avoir une priorité pour l’éducation sans parler du personnel de l’éducation. »
Cette campagne, lancée l’an dernier, comportera encore plusieurs activités. Il ne faut pas oublier que de 15 % à 20 % des jeunes dans l’enseignement quittent la profession dans les cinq premières années. Dans certaines matières, le manque d’enseignants se fait déjà sentir. Il faut donc trouver des moyens de contrer cet exil et la FSE insiste sur une meilleure insertion professionnelle, c’est-à-dire un accompagnement plus étroit et un plus grand soutien.
Et d’autres luttes toujours s’imposent : « Il faut que cessent les coupes et qu’on recommence à investir dans l’éducation. »







