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Le dynamisme des enseignants permet à l’école de demeurer ce qu’elle doit être

«L’école secondaire éprouve des problèmes à se forger une identité culturelle claire»

18 août 2012 | Pierre Vallée | Éducation
« Les professeurs de philosophie au collégial sont très dynamiques, et pas seulement en classe avec leurs étudiants. Plusieurs participent au discours social en collaborant à des revues générales de réflexion », remarque Claude Lessard.
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir « Les professeurs de philosophie au collégial sont très dynamiques, et pas seulement en classe avec leurs étudiants. Plusieurs participent au discours social en collaborant à des revues générales de réflexion », remarque Claude Lessard.
L’éducation collégiale au Québec s’est-elle éloignée du modèle d’éducation humaniste dont elle est en partie issue ? A-t-elle troqué ce modèle contre celui d’une éducation plus pragmatique et davantage collée aux besoins du marché du travail ? Claude Lessard, président du Conseil supérieur de l’éducation, répond à cette interrogation en tant que chercheur.

« Je ne vois aucun signe m’indiquant que l’éducation au collégial a connu un tel glissement », répond Claude Lessard, professeur émérite à la Faculté d’éducation de l’Université de Montréal et spécialiste de la sociologie de l’éducation, lorsqu’interrogé sur l’éventualité que l’école serait devenue plus pragmatique.
 

Récemment nommé à la présidence du Conseil supérieur de l’éducation, M. Lessard s’exprime ici en tant que chercheur.


« Il faut se rappeler que, à leur création, les cégeps ont hérité à la fois du mandat des anciens collèges classiques comme du mandat des anciennes écoles professionnelles. Ils doivent donc tenir compte de ces deux rôles et ils sont en quelque sorte prisonniers de cette structure, ce qui empêche tout glissement d’un côté comme de l’autre. »


Ce que vient confirmer l’état des effectifs étudiants, car, aujourd’hui, autant d’étudiants s’inscrivent à l’enseignement général qu’à l’enseignement professionnel. « Depuisquelques années, on sait au Québec qu’il faudra bientôt combler de nombreux emplois et que beaucoup de ces emplois exigeront surtout une formation collégiale technique. Mais, malgré ce discours ambiant, plusieurs programmes techniques collégiaux ont de la difficulté à recruter des candidats. Cela m’apparaît comme une autre indication que l’éducation collégiale n’a pas abandonné l’éducation humaniste au profit de formations axées uniquement sur les besoins du marché du travail. »


Il avance qu’il y a peut-être, dans la perception qu’ont certains qu’il y a eu ce glissement au collégial, une confusion dans les termes. « Il ne faut pas confondre l’arrivée au cégep de nouveaux modes de gestion inspirés du secteur privé et davantage axés sur des résultats avec un déclin de l’éducation humaniste. De toute façon, si ces modes de gestion cherchaient à introduire une logique comptable dans l’éducation des élèves, les professeurs du secteur général se rebifferaient. »


L’évolution du collégial


Non seulement ne voit-il pas un déclin dans l’éducation humaniste au collégial, mais il constate au contraire un certain dynamisme. « On dirait même qu’il y a une certaine renaissance de l’éducation humaniste au collégial. » Il donne en exemple l’enseignement de la philosophie. « Les professeurs de philosophie au collégial sont très dynamiques, et pas seulement en classe avec leurs étudiants. Plusieurs participent au discours social en collaborant à des revues générales de réflexion. Certains ont même une présence dans les médias écrits comme électroniques. Ce n’était pas le cas il n’y a pas si longtemps. »


Ce regain de l’éducation humaniste au cégep, Claude Lessard l’attribue évidemment au dynamisme des professeurs, mais il croit aussi qu’il est l’aboutissement de l’évolution des cégeps. « Ce n’est plus le cas maintenant, mais, pendant plusieurs années, le rapport entre les cégeps et les universités n’était pas clair et les territoires scolaires étaient mal définis. Qui donnait quel cours ? Tel cours devait-il faire partie de la formation générale au collège ou bien devait-il relever de la première année universitaire ? Il y a eu des redondances. Mais les cégeps ont réussi à définir leur territoire scolaire et à se donner une identité culturelle propre. Aujourd’hui, ce rapport n’est plus conflictuel, il est même devenu complémentaire, comme en témoignent les passerelles dec-bac. Cette identité culturelle propre a consolidé la présence de l’éducation humaniste au collégial. »


Le secondaire et l’université


Cette identité culturelle propre fait défaut, selon lui, quand on se penche sur le secteur de l’enseignement secondaire. « À la différence du collégial, l’école secondaire éprouve des problèmes à se forger une identité culturelle claire. Plusieurs personnes se demandent même ce qu’on y enseigne. Ce manque de clarté nuit à la présence de l’éducation humaniste au sein du secondaire. S’il y a eu glissement dans l’éducation humaniste au Québec, ce glissement se trouve plutôt du secondaire vers le collégial. »


De plus, cette difficulté à se forger une identité culturelle claire nuit aussi à l’enseignement professionnel et technique au niveau collégial. « La formation professionnelle au secondaire est méconnue des étudiants comme des parents. Si certains y voient un accès rapide au marché du travail, plusieurs ont l’impression que cette voie bloque ensuite l’accès aux études supérieures. Mais c’est faux. Un élève du secondaire qui a en poche son diplôme d’études professionnelles peut ensuite, s’il le désire, s’inscrire au cégep. Si on favorisait davantage l’enseignement professionnel au secondaire, on viendrait du même coup alimenter la formation technique au collégial. »


Quant au secteur universitaire, l’éducation humaniste y est toujours bien présente. « Il y a toujours eu à l’université des formations plus pratiques que d’autres. Je pense ici à la médecine, au génie, au droit. Mais cela n’a jamais nui à l’enseignement des disciplines humanistes. On enseigne toujours la philosophie, la littérature et les sciences humaines à l’université et les formations plus pratiques ne se sont pas multipliées au détriment des formations humanistes. Par contre, ce qu’on remarque maintenant, c’est une forme de professionnalisation des formations humanistes. Au fond, l’université doit chercher à faire en sorte que les diplômés des formations humanistes puissent se retrouver sur le marché du travail. Ce constat a fait évoluer l’approche. À mon époque, quand j’ai fait mes études en sociologie, il n’y avait pas de stages pratiques. Aujourd’hui, un étudiant en sociologie fera un stage en entreprise, dans une boîte de sondages, par exemple, ce qui lui donne de meilleures perspectives d’embauche. Mais cette approche, plus près de la réalité du marché du travail, ne remet aucunement en question la pertinence et la présence de l’éducation humaniste. »


 
 
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