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    Grève dans les cégeps - Les étudiants vulnérables ont écopé

    Les taux d’échec et d’abandon sont plus élevés chez les plus faibles

    Le taux de réussite est légèrement en baisse dans les cégeps grévistes, mais il y a des échecs inquiétants chez les élèves à risque.
    Photo: François Pesant - Le Devoir Le taux de réussite est légèrement en baisse dans les cégeps grévistes, mais il y a des échecs inquiétants chez les élèves à risque.
    Dans les quelques cégeps grévistes où la reprise de la session d’hiver 2012 s’est achevée en juin plutôt qu’en août, les taux de réussite, quoiqu’en baisse, sont moins alarmants qu’appréhendé. Mais les échecs et les abandons touchent particulièrement les étudiants les plus vulnérables. Certains se voient carrément montrer la porte.

    Les étudiants de quelques cégeps ont décidé, démocratiquement, de rentrer en classe un peu avant que tombe le projet de loi 78, devenu loi 12. À Saint-Jean-sur-Richelieu, Joliette, Sherbrooke et en Outaouais, par exemple, où les étudiants ont dû reprendre le fil de leur session en accéléré après 8, 9, 10 ou même 11 semaines de grève. Ils ont complété leurs derniers examens à la fin de juin. La tendance, selon ce qu’a pu constater Le Devoir ? Un taux de réussite légèrement en baisse, mais des échecs inquiétants chez les élèves déjà désignés comme à risque à l’automne 2011.


    Au campus de Joliette du cégep régional de Lanaudière, la grève a duré 11 semaines. Puis les étudiants ont réintégré les cours de façon démocratique. De la mi-mai au 28 juin, ils ont dû « mettre toutes leurs énergies » à finir la session, raconte la directrice du cégep, Chantale Perreault. Résultat ? Un taux de réussite de 85 %, soit une baisse de 2 % par rapport à l’hiver 2011. Même si elle est fière du résultat, Mme Perreault s’inquiète pour ceux qui ne sont pas revenus et ont donc essuyé un échec dans plus de quatre cours. Plusieurs d’entre eux, ayant connu d’autres échecs aux sessions précédentes, auraient dû être exclus. Mais la direction a décidé de faire preuve de « souplesse » dans l’application du règlement. Dix étudiants seulement, sur 2500, se sont vu montrer la porte. Aux autres, on a laissé une chance, sous condition de réussir à l’automne.


    À Saint-Jean-sur- Richelieu, on a été moins « souple ». Ce sont 224 étudiants en échec qui se font exclure à l’issue de cette session pas comme les autres, une hausse de 50 % par rapport à 2011. Soit ils ont été incapables de suivre le rythme, avec neuf semaines de cours reprises en six, des journées allongées et une cadence accélérée de remise des travaux. Soit on ne les a plus jamais revus en classe après la grève. « Ils ont le droit d’en appeler de la décision », explique Lucie Lahaie, la directrice des études par intérim. « On va décider au cas par cas, mais si la seule raison évoquée est la grève, ça ne sera pas suffisant » pour casser la décision, avertit celle qui doit composer avec un cégep qui a pratiquement atteint sa pleine capacité. Les étudiants exclus pourront présenter une nouvelle demande d’admission dans six mois. D’autres choisiront plutôt une autre voie, comme un diplôme d’études professionnelles (DEP).


    Le taux de réussite des cours à cet établissement enregistre une baisse pareille à celle du cégep de Joliette, passant de 83 à 81 %. « Ça s’est somme toute bien passé. On peut noter que l’écart de réussite est heureusement plus faible que ce à quoi nous pouvions nous attendre, ce qui nous réjouit beaucoup d’ailleurs », dit Mme Lahaie. « Même si ç’a été dur pour les plus faibles » concède-t-elle.


    Conseiller pédagogique au même cégep, Réjean Montpetit dit qu’« on ne peut pas nier que le mouvement étudiant a eu un impact. Les plus faibles ont payé le prix. Ils n’ont pas nécessairement eu l’encadrement nécessaire pour réussir, même si de notre côté on a fait tout ce qu’on pouvait avec les ressources disponibles ». Les étudiants plus faibles au secondaire admis tout de même au cégep ont pu trouver la marche trop haute, de même que des étudiants composant avec des difficultés d’apprentissage, par exemple. Bref, la clientèle la plus vulnérable à qui il manquait parfois quelques points pour atteindre la note de passage, malgré tous les efforts consentis. « En juin, il y en a qui ont craqué », selon la conseillère en orientation Hélène Trudeau. Stress et découragement additionnés parfois de problèmes financiers ont mené certains à « choisir » les cours à sacrifier, raconte-t-elle.


    Soirs, fins de semaine : les étudiants du cégep de l’Outaouais aussi ont ramé pour finir la session d’hiver 2012 après la grève, explique la directrice des études JoAnne Paradis. Même si les données sur les échecs sont indisponibles, on sait que 14 % des étudiants ont déclaré, par sondage, qu’ils ne reviendraient pas. Pour eux, c’est l’échec assuré. « Nous, on était contents ! On avait peur que ce soit le quart ou le tiers qui ne reviendraient pas ! », dit Mme Paradis. Selon cette dernière, le cégep n’enverra pas davantage de lettres de renvoi cette année, malgré tout.


    Au cégep de Sherbrooke, on dit ne pas avoir calculé non plus les taux de réussite. Mais les taux d’abandon varient d’un programme à l’autre, selon la directrice générale Marie-France Bélanger, passant de moins de 5 % à plus de 10 % selon les disciplines. Là aussi, on a décidé d’appliquer avec souplesse le règlement qui mène les étudiants en situation d’échecs répétés au renvoi. « On fait du cas par cas, mais on ne veut pas les pénaliser indûment pour la grève, explique Mme Bélanger. On veut être équitable et souple ».













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