Le mouvement étudiant en introspection

La vague de votes antigrève cette semaine pousse les fédérations étudiantes à revoir leur stratégie de contestation de la hausse des droits de scolarité.<br />
Photo: - Le Devoir La vague de votes antigrève cette semaine pousse les fédérations étudiantes à revoir leur stratégie de contestation de la hausse des droits de scolarité.

À l’heure où le mouvement étudiant remet en question ses stratégies de contestation, les deux seuls cégeps qui ont récemment reconduit la grève générale illimitée à l’issue d’un vote serré pourraient se prononcer de nouveau.


Des pétitions réclamant la tenue d’un second vote sur le retour en classe ont circulé au cégep du Vieux-Montréal et au cégep de Saint-Laurent cette semaine. La direction des deux institutions a fait savoir que ces deux demandes avaient été acceptées et que nouvelles assemblées générales auront lieu vendredi. Pour voter de nouveau sur la grève, des membres contestant les derniers résultats devront être présents selon un nombre préétabli par les chartes des associations respectives.

 

Marc Paquin, l’auteur de la pétition pour le cégep du Vieux-Montréal, explique ce qui a motivé sa démarche :« Les signataires veulent procéder à une reconduction du vote le plus rapidement possible. Nous croyons que le début tardif de l’assemblée générale et l’arrivée de manifestants nocturnes ont cristallisé le vote de certaines personnes qui auraient voulu s’exprimer contre la grève ». Rappelons qu’au terme de cinq heures de délibérations, le retour en classe prévu vendredi avait été rejeté par 879 étudiants contre 861 favorables à la reprise des cours.
 

Par ailleurs, après les votes de grève de mardi, l’Association générale des étudiantes et étudiants de Montmorency (6800 membres), l’Association générale des étudiantes et étudiants du Collège Lionel-Groulx (5500 membres) et l’Association des étudiants en urbanisme, culture et société de l’Institut national de recherche scientifique (130 membres) ont approuvé le retour en classe.


Repenser le mouvement

La vague de votes antigrève cette semaine pousse les fédérations étudiantes à revoir leur stratégie de contestation de la hausse des droits de scolarité.
 

La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) augmente la fréquence de ses congrès à un rythme rarement vu même au moment des négociations avec le gouvernement Charest. Après avoir déterminé lors du congrès du 11 août qu’elle encourageait toutes les associations étudiantes à voter pour la poursuite de la grève, elle se réunira de nouveau le 18 août.
 

« On va orienter le plan d’action en fonction des nouvelles qu’on a eues cette semaine », a indiqué la co-porte-parole Jeanne Reynolds dans un entretien avec Le Devoir. « On va concentrer beaucoup de force sur la manifestation nationale du 22 août. L’objectif reste de briser la loi 12, mais il y a de la nouveauté et il va aussi falloir se préparer pour accueillir la mobilisation internationale », explique-t-elle en référence aux autobus qui seront nolisés pour faire converger des manifestants de l’Ontario et des États-Unis vers les lignes de piquetage.
 

La nouvelle stratégie de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) sera déterminée après les élections, lors du congrès du 13 septembre.
 

Pour la présidente Éliane Laberge, « il ne faut pas confondre objectif et moyen : la grève est un moyen qui a été utilisé jusqu’à maintenant avec plus ou moins d’efficacité. Elle a certes permis les négociations avec le gouvernement », mais celles-ci sont demeurées infructueuses.
 

D’après la leader étudiante, « beaucoup d’étudiants se disent maintenant prêts à adopter un nouveau moyen » passant par les élections, « parce que sur les cinq partis [principaux], seulement deux [Option nationale et Québec solidaire] sont clairement contre la hausse ».
 

Dans l’immédiat, la FECQ prône le maintien du « combat pour l’accessibilité aux études ». Une mobilisation permanente — également endossée par la CLASSE — permettrait de rappeler aux élus, quels qu’ils soient, les priorités des étudiants du Québec.
 

La 113e manifestation nocturne s’est conclue vers 22 h 30. Le Service de police de la Ville de Montréal a procédé à trois arrestations.

15 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 15 août 2012 00 h 31

    Aux citoyens de décider

    Ce sont aux citoyens, ceux qui payent les études des étudiants à 80% de décider par ces élections.... pas aux associations étudiantes, ou au club de l'âge d'or, ou aux syndicats, ou au conseil du patronat..

    • Timon Janzing-Bachelet - Inscrit 15 août 2012 10 h 57

      Ce sera aux citoyens, ceux qui bénéficient du fait que les diplômés universitaires ont un meilleur salaire et paient donc plus d'impôt, de décider par ces élections... Se laisseront-ils berner par la méprisante désinformation libérale?

    • Breault Simon - Inscrit 15 août 2012 11 h 08

      Et vous croyez vraiment que le 4 septembre, vous allez prendre tout un lot de décisions pour le Québec en effectuant ''une seule'' croix sur le bulletin?
      Il n'y a qu'en démocratie directe que le citoyen décide réellement.
      Vous choisirez un représentant qui, lui, décidera pour vous durant 4 ans.
      Et puis, juste entre nous, les étudiants, les syndiqués, les personnes du 3e âge, les patrons sont également des citoyens québécois.

    • Marc Perron - Inscrit 15 août 2012 11 h 39

      @simon: oui les personnes âgées, les syndiqués, les étudiants sont des citoyens, mais ils le sont individuellement, leurs associations ne le sont pas, la démocratie s'exerce individuellement et pas en associations.

  • Roland Guerre - Inscrit 15 août 2012 01 h 35

    Apprentissage

    L'évolution du contexte fait partie de l'apprentissage militant des étudiants, qui affirment, au cours de la campagne électorale, de l'année, leurs revendications. Le manifeste de La Classe fournit une excellente plateforme pour nourrir le débat, mobiliser les citoyens, qui doivent se saisir des problèmes fondamentaux posés.
    La solidarité internationale est un atout supplémentaire.
    L'objectif demeure : abrogation de la loi 78/12 ; restauration des libertés fondamentales et du contrat social.

  • sylvain chartrand - Inscrit 15 août 2012 10 h 35

    Il ne faut pas confondre...

    Il ne faut pas confondre 'les étudiants en général' et 'les étudiants en boycott (ou étudiants rebelles contre Charest)'. Ces derniers sont beaucoup moins nombreux mais beaucoup plus bruyants. C'est fini. Retour a la logique. Les vrais étudiants vont se manifester.

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 août 2012 14 h 30

      Et il ne faut pas non plus confondre et croire que les étudiants qui ne sont pas en grève sont d'accord avec la hausse.

  • Michel Savard - Inscrit 15 août 2012 13 h 34

    Démissionnera-t-elle ?

    Les résultats de 80% et plus pour un retour en classe dans les Cegeps ou l'on prend le vote sont complètement à l'opposé
    du diktat de la CLASSE qui, le 11 août dernier, encourageait toutes les associations étudiantes à poursuivre la grève !

    En voyant ces résultats , on en vient à se demander quels sont les étudiants que les leaders étudiants représentent .

    Force est de constater qu'ils ne représentent pas la majorité des étudiants mais seulement ceux qui sont pour la grève !

    Devant un tel désaveu de son désir de poursuivre la grève, Jeanne Reynolds aura-t-elle le courage de démissionner plutôt que de nager à contre-courant et de dire qu'elle seule a le bon pas ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 août 2012 14 h 21

      Pourquoi démissionnerait-elle? Elle n'a fait que rapporter la décision prise en assemblée générale de recommander (et non pas d'ordonner) la pousuite de la grève. Le gouvernement peut donner des ordres, pas les mouvements étudiants, qui ne font que des recommandations.

      Mais il semble que cela soit difficile à comprendre.

    • Michel Savard - Inscrit 15 août 2012 17 h 43

      M. Auclair, si , comme vous le dites , ce n'est qu'une recommandation, pourquoi alors Jeanne Reynolds ne se conforme-t-elle pas au désir de la majorité qui n'en veut pas de cette recommandation ?

      Retournez ça tant que vous voudrez, Jeanne Reynolds suit les idées d'un groupuscule et refuse d'accepter le voeu de la majorité.
      Peut-on appeler cela le respect de la démocratie ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 août 2012 21 h 38

      Monsieur Savard,
      Mme Reynolds est porte-parole de la CLASSE, pas de tous les étudiants.

  • Pier-Louis Dagenais-Savard - Inscrit 16 août 2012 00 h 29

    Les groupuscules

    Appelons la CLASSÉ un groupuscule et restons dans un vocabulaire familier. "Des" étudiants se prononcent contre la hausse. Il y en a qui savent pourquoi, d'autres non. Même scénario pour ceux qui sont pour la hausse. Puis, il y a ceux qui ne savent pas. Les Québécois maintenant, en gros. Ils sont pour, ils sont contre, ils savent pourquoi... ou ils ne savent pas. Dans une société, un membre actif trouve toujours son opposant. Les décisions sont prises par l'ensemble de la population, ou devraient l'être. Il y a nos valeurs qui doivent influencer ces décisions, dans ceux-ci il y la postérité, l'après, nécessairement. Il est de notre ressort et de notre devoir, maintenant, de choisir une direction. On s'informe, puis, faute d'être pionnier, on encourage l'un, à différents niveaux. On aide lui plus que l'autre parce qu'on lui reconnaît une vision globale creusée du bien-être, supérieure à l'autre. Une vision constamment renouvelée par-contre. Keep it moving. L'idée d'hier n'est pas nécessairement bonne aujourd'hui. Celui que tu encourages, celui qui a pensé, il est combien? Il est un, souvent, malheureusement. Qu'encourages-tu alors? Un groupuscule. Le Québec, et sa démocratie représentative, suit un groupuscule depuis longtemps. Une démocratie paresseuse peut-être. Oui, Mme. Reynolds respecte la démocratie. Mieux que d'autre même. La CLASSÉ se rencontre à nouveau le 18 SUITE aux votes de retour en classe qui vont LUI "dicter" un remaniement.