Dur coup pour la grève générale illimitée

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	Près de 1500 étudiants se sont rendus au Collège de Maisonneuve hier pour se prononcer sur la reconduction de la grève. Les étudiants de ce collège, ainsi que ceux du Cégep Marie-Victorin et du Collège Édouard-Montpetit, ont voté pour la rentrée scolaire.?Au Cégep du Vieux-Montréal, un vote serré pour la reconduction de la grève a été confirmé après un recomptage.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Près de 1500 étudiants se sont rendus au Collège de Maisonneuve hier pour se prononcer sur la reconduction de la grève. Les étudiants de ce collège, ainsi que ceux du Cégep Marie-Victorin et du Collège Édouard-Montpetit, ont voté pour la rentrée scolaire.?Au Cégep du Vieux-Montréal, un vote serré pour la reconduction de la grève a été confirmé après un recomptage.

Les mandats de grève générale illimitée tombent un à un dans les cégeps. Le Collège Édouard-Montpetit, le Cégep Marie-Victorin et le Collège de Maisonneuve ont voté lundi le retour en classe, s’ajoutant aux trois cégeps qui ont ratifié la fin de la grève la semaine dernière.

Au terme d’une assemblée générale qui a duré plus de cinq heures et qui a été infiltrée par plusieurs dizaines de militants de la manifestation nocturne, les étudiants du Cégep du Vieux-Montréal ont réitéré leur mandat de grève jusqu’à l’obtention de la gratuité scolaire. Le vote était si serré qu’il a nécessité un recomptage.


En décidant du sort de 22 500 cégépiens, ces quatre assemblées ont marqué un moment décisif pour le mouvement. Des quelque 160 000 étudiants qui boycottaient leurs cours au plus fort de la grève ce printemps, il en reste environ 110 000. Si ce nombre venait à tomber sous la barre des 100 000, plusieurs associations universitaires et collégiales mettraient automatiquement fin à leur mandat de grève.


Éliane Laberge, présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec, a accusé le coup : « Il y a une tendance qui est en train de s’implanter. Il y a six cégeps qui ont décidé de retourner en classe sur quatorze. C’est presque la majorité » des cégeps qui avaient un mandat de grève, a-t-elle concédé en entrevue téléphonique au Devoir.

 

Mobilisation tranquille


Tôt lundi matin, des militants brandissant banderoles et casseroles étaient aux portes des quatre cégeps qui votaient la reconduction de la grève. L’action de solidarité s’est déroulée sans heurts ; les forces policières n’ont procédé à aucune arrestation et à aucun avis de dispersion.


Le seul accroc s’est produit au Collège de Maisonneuve - où une centaine de personnes sont parvenues à bloquer l’accès aux enseignants et aux administrateurs - lorsqu’un jeune homme arborant le carré vert s’en est pris à une banderole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). L’agitateur ainsi que l’étudiant au carré rouge qui a tenté de l’en empêcher ont été placés à l’écart par les policiers sans qu’aucune accusation soit déposée contre eux.


La première rentrée scolaire s’est effectuée dans le calme lundi matin au Cégep André-Laurendeau, sous l’oeil vigilant des policiers.


Ce retour en classe pacifique contredit les appels nationaux et même internationaux au renforcement des lignes de piquetages qu’avaient lancés des associations affiliées à la CLASSE (Association facultaire étudiante des sciences humaines de l’UQAM, Association étudiante du Cégep Saint-Laurent) et des groupuscules indépendants (Les Réseaux, Les Théoriciens et l’Ordre du Carré Noir).


Selon Jeanne Reynolds, coporte-parole de la CLASSE, l’absence de lignes de piquetage lundi montre l’efficacité de la mobilisation étudiante plutôt que d’une perte d’élan: «Au début, il devait y avoir des cours à Marie-Victorin et à Maisonneuve. Mais suite à la pression exercée par ces groupes, la direction de ces deux cégeps a décidé de retarder la rentrée d’une journée» afin que les votes de reconduction de grève s’opèrent dans l’ordre.

 

Votes sous influence


Éliane Laberge est catégorique: depuis le début du mouvement étudiant, le ministère de l’Éducation, la Fédération des cégeps et des administrateurs des institutions collégiales et universitaires « tentent d’influencer la décision des étudiants en assemblée générale » par le mensonge et la menace. Cette salve de votes de grève ne fait pas exception.


Le 10 août, le directeur général du Collège Édouard-Montpetit Serge Brasset envoyait à la communauté étudiante un communiqué intitulé Le mercredi 15 août, c’est votre retour en classe !, dans lequel il assurait que « tout est en place pour le retour en classe […] Et vous serez nombreux, croyez-moi ! ». Il rappelait aussi que « le Collège a l’obligation de faire respecter l’article 14 de la Loi 12 » qui interdit d’entraver l’accès aux établissements publics.


« Tout au long de la grève, il était fréquent de voir des administrateurs envoyer des courriels sans prévenir les associations étudiantes. Oui, il faut les informer sur le calendrier scolaire […], mais c’est autre chose de chercher à les influencer par la peur », déplore Éliane Laberge.

Importante manif de soir


Si la grève s’essouffle, la mobilisation continue. La 112e manifestation nocturne de lundi soir a réunit plusieurs centaines de personnes au centre-ville de Montréal. Les protestataires ont d’abord marché de manière plutôt festive non loin du Cégep du Vieux-Montréal. Par la suite, les manifestants s'en sont pris notamment à la plupart des pancartes électorales sur les rues Sherbrooke et Maisonneuve. Des graffitis ont été peints et 4 vitres de commerces ont été fracassées. La marche a été dispersée vers 23h30 après que le Service de police de la ville de Montréal l’eut qualifiée d’attroupement illégal.

19 commentaires
  • Roland Guerre - Inscrit 14 août 2012 04 h 28

    Etapes

    Le contexte électoral nécessite la définition de nouvelles étapes, avant d'inscrire la refondation, appelée par La Classe et ses partenaires, dans la durée. Un nouveau courant réformateur se construit peu à peu. Le chantier est ouvert. Nous accompagnons, par la pensée et le coeur, les architectes, les bâtisseurs de la nouvelle Charte.

    • Michel Richard - Inscrit 14 août 2012 08 h 28

      Wow, c'est presque de la poésie ça ! Sauf que votre première phrase, c'est pas une phrase: qu'est-ce qui est "dans la durée" ? la refondation de quoi ? des étapes dans quoi ?

    • Sébastien Arcand - Abonné 14 août 2012 12 h 13

      C'est pas de la poésie, de la simple rhétorique marxisante apprétée à la sauce XXIe siècle. Rien de nouveau, un amalgame de mots assemblés de manìère esthétique et surtout avec un aveuglement qui ferait palir n'importe quel taureau à la corrida espagnole devant un drapeau rouge. Ça doit être pour cela que les Espagnols abandonnent graduellement la pratique de la tauromachie...

  • André Michaud - Inscrit 14 août 2012 08 h 30

    Savoir compter

    Ceux qui savent compter ont compris que prolonger les cours d'une année ou deux ferait perdre temps et argent..

    Bravo la majorité silencieuse qui est enfin sortie pour s'exprimer !

    • David Cormier - Abonné 14 août 2012 11 h 02

      Bien que je sois en partie d'accord avec la fin de la grève, peut-on vraiment dire que "la majorité silencieuse" s'est exprimée" alors que les taux de participation ont été de 20 % - 30 % un peu partout dans les CEGEP lors des derniers votes sur la prolongation de la grève? À cause de la faible participation des étudiants, un certain chroniqueur de La Presse déchirait sa chemise en raison du manque de démocratie lors de votes qui ont menè à la reconduction de la grève. Ces personnes se taisent toutefois quand le résultat des votes cadre plus avec leurs opinions. Soudainement, la "majorité silencieuse" a parlé. Bizarre...

    • Marc Sauvageau - Inscrit 14 août 2012 12 h 11

      Si on se fie aux taux de participation, la majorité silencieuse est restée silencieuse.

  • Kavin Hébert - Inscrit 14 août 2012 09 h 02

    Decorum?

    C'est drôle, moins de 20% des étudiants ont été voté contre la grève dans les 4 cégeps. Question : est-ce que ce vote aurait été moins démocratique s'ils avaient voté pour la reconduction de la grève? Je dis ça à l'attention des gens (notamment André Pratte) qui, depuis le début de la grève, reprochent les AG de ne pas être démocratique.

    • Richard Coulombe - Inscrit 14 août 2012 09 h 39

      Il faut admettre que les premiers votes à 10% de participation pouvaient être questionnables au niveau de la représentativité. Par contre, avec maintenant 25% de participation, ce n'est guerre plus reluisant, mais on s'approche d'une certaine légitimité, surtout que tous les étudiants étaient techniquement sur place pour la rentrée. La question maintenant, que foutait le 75% qui n'a pa daigné s'exprimer ???

  • Louis Palardy - Inscrit 14 août 2012 09 h 02

    Assemblée de plus de 5heures... Infiltration-Vote Vive la démocratie

    "...assemblée générale...plus de cinq heures...infiltrée par ...militants de la manifestation nocturne, les étudiants du Cégep du Vieux-Montréal ont réitéré leur mandat de grève".
    Ben oui, 5 heures d'assemblée, ont-ils peur de convoquer une assemblée à 10h le matin, Ordre du jour, 10:10 Vote secret.
    Non c'est impossible, toujours la même vieille procédure. Allez vous rester 5 heures à écouter des Je suis Pour, Je suis Contre, subir de l'intimidation en plus. Franchement, c'est ça la démocratie? Oui, La démocratie syndicale!!!
    Et par 18 vote on décide du sort de quelque 5000 étudiants, et on se demande pourquoi le taux de participation n'est que de 25%.
    Encore une fois, les étudiants sont tellement vite pour faire des sites web pour les manifestations, qu'ils fassent dont un site web de vote "secret" pour voter par internet. Alors on parlera de Vrai démocratie et de Vrai moouvement de grève.
    Assez de manipulation des deux côtés, soyez donc honnête pour une fois.
    La réalité finit toujours par rattraper les rêveurs. Et ce n'est pas vrai qu'une grande majorité des étudiants était pour la grêve. Mais cela on ne saura jamais, parce que les associations étudiantes nont rien fait pour le démontrer hors de tout doute.
    Il va y avoir des élections, et si le PLQ et la CAQ ont plus de 50% des votes, ce sera la "vrai" majorité de la population qui se sera exprimée pour le dégel, même si ce n'est pas scientifiquement prouvé, qu'ils ont voté strictement pour résoudre le conflit étudiant.

    Vive la démocratie, quand elle est démocratique et que l'on prend les moyens pour que la majorité 50% + 1 des personnes concernés aille voter, pas 25% sous l'intimidation... On N,est plus sous Duplessis, on est capable de voter librement...

    • Charbel Hanna - Inscrit 14 août 2012 11 h 34

      Si le taux de aprticipation est faible, c'est aprce que la majorité s'en contrefout...

      Grève reconduite = vacances plus longues
      Retour en classe = Reprise de la vie normale

      Ceux qui ont à coeur leurs principes subissent 5 longues heures de débats, monsieur !

  • Guillaume Houët - Inscrit 14 août 2012 09 h 42

    dur coup... pour l'exercice de la démocratie

    Qu'on soit pour ou contre la hausse, le seul résultat qu"il y a à voir dans ce vote est la faillite complète de l'exercice démocratique: si les taux de participation énoncés ici sont indicateurs de la participation aux votes à venir, on pourra dire que NON, la population étudiante n'aura pas vraiment voté...

    la seule majorité silencieuse est celle qui ne s'est pas prévalu de son droit de vote (son devoir d'après-moi, mais c'est une autre histoire).