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    Il faut reconduire les mandats de grève

    14 août 2012 |Sarah Harper - Étudiante au baccalauréat en communication, politique et société, Université du Québec à Montréal | Éducation

    À l’approche d’un scrutin stratégiquement déclenché par le Parti libéral pendant la période estivale et suite à la récente non-reconduction des mandats de grève dans certains établissements, il presse d’expliquer aux sympathisants de notre cause que l’idée selon laquelle il faut maintenant troquer la grève pour une « trêve électorale » est périlleuse.


    Il serait dommage, après le ras-le-bol exprimé par tant de gens au moyen des casseroles, d’accepter qu’une simple partie de chaises musicales à l’Assemblée nationale fasse office de solution. Bien que cette campagne électorale soit souhaitée et qu’il s’agisse d’un exercice démocratique pertinent, le résultat du prochain scrutin, quel qu’il soit, sera impuissant à répondre à la crise sociale exprimée.


    Notre mode de scrutin favorise l’alternance du pouvoir entre deux principaux partis politiques depuis des décennies, tout en gonflant grossièrement leur représentation à l’Assemblée nationale. En l’absence de quelques éléments de proportionnalité, le vote stratégique devient partie intégrante du comportement électoral des citoyens.


    Déjà, différentes personnalités ont appelé les jeunes à choisir le Parti québécois le 4 septembre, davantage pour déloger les libéraux que par foi en cette formation politique et en sa position évanescente sur les droits de scolarité. Québec solidaire et Option nationale, les seuls partis privilégiant la gratuité scolaire, ont du mal à émerger sur la scène politique québécoise en plus de bénéficier d’une couverture médiatique anémique. La présente élection placera donc nombre de citoyens devant un dilemme douloureux, où il s’agira de voter pour un parti ou contre un autre.


    D’ailleurs, le temps que les médias passent à faire des conjectures sur l’issue du scrutin et à commenter les sondages empiète tant sur celui qu’ils devraient consacrer à expliciter les programmes des partis que l’opinion publique qu’ils abreuvent s’en trouve carencée.

     

    Trêve et calculs politiques


    Le PLQ, CAQ et le PQ tentent de convaincre le public qu’il faut, à présent, nous contenter d’assister au spectacle de la joute politique en cours plutôt que d’y jouer un rôle.


    L’idée même que cette élection constitue l’aboutissement du conflit étudiant fait le jeu des libéraux. N’ont-ils pas amplifié ce conflit de sorte de dérober à notre attention leur bilan des dernières années et les dossiers chauds qui ne sont pas encore clos, comme celui de l’exploitation des ressources minières du nord et du pétrole de l’île d’Anticosti ou bien celui de la corruption ? Comment, dans un tel contexte, pourrions-nous interpréter le résultat de l’imminente élection comme étant la position des citoyens sur la question des droits de scolarité ?


    Quant à la CAQ, sorte de PLQ version 2.0, elle ne s’est jamais cachée d’être contre la mobilisation étudiante. Que le bris de grève soit enrobé des mots « trêve électorale » ne fait pas beaucoup de différence à leurs yeux. Pour ce qui est des péquistes, il est manifeste qu’ils préfèrent que nous exprimions notre indignation par des votes en leur faveur.


    Tant qu’on refusera de discuter avec les étudiants de l’avenir de l’université, tant que la loi 12 (l’aboutissement du projet de loi 78) sera maintenue et qu’elle criminalisera les associations étudiantes et leurs représentants, il n’y a pas lieu de parler de trêve. Lorsqu’il y a trêve, tous les camps doivent baisser les armes.


    Aussi, l’idée d’une « trêve » sous-entend qu’il s’agit d’une accalmie temporaire. Dans un contexte où nous avons de plus en plus hâte de retrouver un cours de vie « normal», pensez un peu à la difficulté de convaincre les étudiants qui seront retournés en classe de ré-enclencher une grève après les élections… Cesser la grève maintenant, c’est la terminer pour de bon, et sans avoir obtenu de résultats.


    Poursuivre la grève


    Après bientôt six mois de résistance, après des kilomètres de marches diurnes et nocturnes, après les plus vastes manifestations jamais recensées au pays, après avoir exprimé le rêve d’une société plus juste, plus solidaire et plus éduquée sous la forme de projets révélant chaque fois l’imagination débordante d’une jeunesse qui se tient résolument debout, après des discutions à fleur de peau avec parents, collègues et amis, après l’effarement qu’a suscité la répression violente des manifestations par les agents dits de la paix, après qu’une loi spéciale qui bafoue les droits constitutionnels d’association et d’expression a été entérinée par l’Assemblée nationale, et après avoir donné le coup d’envoi à un élan de solidarité et d’indignation qui a tinté à travers tout le Québec, on peut comprendre que les étudiants, fatigués et encouragés dans cette voie de toutes parts, soient tentés de relâcher la pression jusqu’au jour de l’élection. […]


    Mais il faut investir la campagne électorale et l’enrichir de nos réflexions, qui dépassent la problématique de la hausse des droits de scolarité. Depuis longtemps, nous avons compris qu’il s’agissait d’un « symptôme d’une dérive plus profonde ». Reconduire la grève pendant la campagne électorale nous permettra d’être plus attentifs aux propositions des différentes familles politiques et nous donnera le temps nécessaire pour les analyser et les commenter.


    Puisqu’il est peu probable que nous arrivions à faire cela en même temps que s’amorceront des sessions compressées, c’est maintenant qu’il importe le plus que la grève continue.

    ***

    Sarah Harper - Étudiante au baccalauréat  en communication, politique et société, Université du Québec à Montréal













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