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    Suspendre la grève, mais garder le cap

    10 août 2012 |Powen-Alexandre Morin - Étudiant au cégep de Saint-Jérôme | Éducation
    Les débordements, comme ceux observés durant certaines manifestations étudiantes des derniers mois, risquent de discréditer le mouvement en cette période électorale.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les débordements, comme ceux observés durant certaines manifestations étudiantes des derniers mois, risquent de discréditer le mouvement en cette période électorale.

    Lors de l’assemblée générale du cégep de Saint-Jérôme, j’ai proposé une trêve électorale, proposition qui a été acceptée. J’aimerais partager cette proposition en espérant qu’elle fasse écho chez vous.


    J’ai proposé une suspension temporaire de la grève jusqu’au 4 septembre et la convocation d’une assemblée générale le plus rapidement possible après cette date pour décider, en tenant compte du gouvernement qui sera élu, si la grève générale demeure le moyen de pression que l’on choisit de privilégier pour faire avancer notre cause.


    Tout d’abord, je voudrais que l’on comprenne que pour moi, en grève ou pas en grève, la lutte continue. Comme l’a dit si bien Gabriel Nadeau-Dubois : « Notre lutte s’inscrit dans la durée. »


    La grève est un moyen de pression. Ce n’est pas une fin en soi. C’est un moyen que l’on choisit d’utiliser ou de suspendre dans la mesure où ce moyen nous paraît utile et pertinent. Jusqu’à aujourd’hui, la grève nous a permis de grandes avancées, mais il faut se demander si maintenant, en période électorale, elle demeure encore le moyen à privilégier.


    Le 22 mars 2012, nous étions 330 000 étudiants en grève et plus de 200 000 à descendre dans la rue. Depuis, certains d’entre eux sont retournés en classe. Ont-ils tous abandonné la lutte pour autant, comme se plaît à le dire le gouvernement Charest? Je ne crois pas.

     

    Voie de sortie possible


    L’appui à la cause étudiante ne se résume pas au nombre de grévistes dans la rue. La suspension de la grève ne signifie pas un abandon de la cause. Le poids de l’opinion publique, qui avait une relative importance jusqu’à tout récemment pour nous, devient par contre crucial en période électorale. Je ne dis pas que l’électoralisme va régler la crise, mais elle est une voie de sortie possible à l’impasse actuelle que nous avons avec le gouvernement libéral.


    À mon sens, poursuivre la grève en ce moment serait tomber dans le piège des libéraux qui se proclament les représentants de la loi et de l’ordre. Une reprise des scénarios des injonctions aux portes des cégeps nous discréditerait aux yeux de la société qui est en voie de choisir le changement, et risquerait de faire basculer l’opinion publique du côté de Jean Charest. Il est temps de mettre les projecteurs sur le désastreux bilan des libéraux et non sur des anicroches devant un piquet de grève.


    Bref, suspendre la grève pendant la période électorale nous permettrait de poursuivre notre lutte sans risquer le dérapage attendu par Jean Charest pour cultiver son image et noircir le carré rouge et la rue.


    La loi 12 nous oblige à rentrer en cours, professeurs et élèves. Démontrons que nous pouvons faire preuve de sagesse. Suspendre la grève jusqu’au 4 septembre, c’est faire preuve de maturité et de cohérence dans nos actions. Car il n’est pas question maintenant, dans ce moment charnière que peut représenter une période électorale, de risquer des gestes qui donneraient des munitions au gouvernement qui a tout fait pour nous discréditer.


    Suspendre la grève, c’est garder tout de même une épée de Damoclès au-dessus de la tête du prochain gouvernement parce que l’utilisation de la grève sera toujours possible.


    Bref, je vous propose de suspendre temporairement la grève, d’aller marcher le 22, de porter le carré rouge avec fierté et surtout, surtout, d’aller voter le 4 septembre en grand nombre.

    ***

    Powen-Alexandre Morin - Étudiant au cégep de Saint-Jérôme













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