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    Libre opinion - Gare au modèle de l’« Université McDonald »

    12 juillet 2012 |Jean-Louis Bourque - Politologue | Éducation

    La grève des étudiants contre l’augmentation radicale et rapide des droits de scolarité apparaît comme le symptôme d’un malaise profond par rapport au détournement de la mission de certains services publics et, en particulier, de la mission essentielle de l’enseignement supérieur.


    Depuis les années 1960 et le rapport Parent, on a toujours tenu pour acquis que l’éducation devait être gratuite et accessible à tous. On parlait alors d’un droit fondamental. Depuis quelques années, les libéraux qui nous gouvernent ont choisi d’accentuer le modèle nord-américain du financement et la marchandisation de l’éducation, de plus en plus conçue comme une affaire qui doit devenir rentable. Le concept de l’utilisateur-payeur s’insinue peu à peu. L’étudiant doit payer. Le professeur doit rapporter.


    « Faites votre juste part ! », dit le premier ministre. Sans aucun doute, la part de l’étudiant c’est d’étudier, pas de travailler au dépanneur, au restaurant, au poste d’essence ou dans un hôtel pour arriver à joindre les deux bouts. La part du professeur est d’abord et principalement d’enseigner, pas de monter des dossiers pour obtenir des subventions ou ne faire que de la recherche commanditée par les grandes entreprises pour leurs besoins spécifiques.


    La vocation fondamentale de l’université est de former des êtres humains libres, compétents et responsables, capables de création, de réflexion et de pensée critique afin d’améliorer le sort de tout un chacun dans la société. Il s’agit là d’un service public, sans doute le plus essentiel, qu’il ne faut surtout pas laisser entre les mains des chercheurs de profit.


    Aujourd’hui, on demande aux professeurs d’obtenir des contrats et de monter des dossiers complexes pour obtenir des subventions de recherche et mériter ainsi leur avancement, et l’on confie les charges d’enseignement à des chargés de cours que l’on paie beaucoup moins… en quelque sorte en sous-traitance.


    À cette déviation de la mission enseignante de l’université s’ajoute une vive compétition entre les universités qui entraîne des dégâts importants : coûts publicitaires aberrants, diplomation garantie (donc au rabais) pour figurer en bonne place dans des palmarès aux critères discutables et maraudage de clientèles hors du territoire naturel pour gonfler les statistiques.


    Les universités ne doivent pas être au service du marché, des entreprises, au service du développement de l’économie du savoir ; elles ne doivent pas être empêtrées dans les dogmes du capitalisme comme le souhaite de façon simpliste l’homme d’affaires François Legault, chef de la Coalition avenir Québec.


    Un État, une ville, une province, un village, une université ne sont pas des entreprises privées. Ce sont des organismes publics au service de la collectivité et du bien commun. Les gérer comme des entreprises privées, en fonction des coûts, des rendements et des profits financiers, c’est les détourner de leur mission fondamentale.


    La recherche appliquée au service des entreprises se trouve à être financée par les deniers publics lorsqu’elle accapare l’activité universitaire au détriment des besoins de l’enseignement et de la formation, au détriment de la recherche libre, indépendante et fondamentale à long terme.


    L’université doit être libre, démocratique, autonome et universelle. Elle doit être au service de la collectivité, du peuple et de la démocratie. L’enseignement et la recherche universitaire doivent être principalement au service de l’homme et de l’être humain en général, pour le mieux-être de toute la société, et ce, dans tous les domaines. Il faut choisir entre le modèle de la Sorbonne et celui de la « Hamburger University McDonald » qui s’occupe, en Illinois, de la formation des gérants de la chaîne.


    Combler le sous-financement des universités par l’augmentation des droits de scolarité est une autre aberration qui ne tient pas la route. Beaucoup de sommes d’argent dans le réseau de l’éducation pourraient facilement être récupérées et mieux orientées à cette fin. Le professeur Omar Aktouf, de HEC, en dresse une liste de plus de 32 millions de dollars publiée dans l’ouvrage Université inc. des politologues Éric Martin et Maxime Ouellet.


    La révolte étudiante est une saine réaction à cette logique budgétaire qui ne sert que les intérêts de quelques-uns, les nouveaux oligarques puissants qui veulent faire main basse sur les universités, les détourner de leur vocation et de leurs rôles fondamentaux, et les utiliser pour s’enrichir sans en mesurer les conséquences.


    Transformer l’université en école de formation pour les entreprises multinationales, comme l’Université McDonald aux États-Unis, est une aberration. Le rôle de l’université ne consiste pas à aider et soutenir les restaurants McDonald, pas plus que les grandes sociétés pétrolières ou gazières, pas plus que les grandes sociétés pharmaceutiques.













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