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    Libre opinion - La dérive immobilière de l’UdeM

    4 juin 2012 |Bernard Gauthier - Professeur titulaire à l’Institut d’économie appliquée de HEC Montréal | Éducation
    Comme toute organisation, les universités ne sont pas à l’abri de problèmes de gouvernance comme on l’a vu dans les dernières années (scandale immobilier de l’îlot Voyageur à l’UQAM, indemnités de départ de la haute direction à Concordia, rémunération du nouveau principal à McGill).

    Toutefois, l’un des dossiers les plus criants qui s’inscrit dans la prolifération des campus universitaires, mais qui pourtant est passé relativement sous silence et n’a pas fait l’objet de revendications ou de manifestations spécifiques de la part des étudiants jusqu’à maintenant, est la dérive immobilière en cours de l’Université de Montréal.


    Sans consultation auprès de la communauté universitaire et de la population environnante, la direction de l’université a choisi de scinder le campus de l’Université de Montréal en deux et de créer un nouveau campus des sciences et de médecine sur la gare de triage d’Outremont dont les coûts sont estimés à 1,6 milliard.


    Le choix de ce site s’inscrivait initialement dans le cadre du développement du nouveau Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) sur ce même site qui a ensuite été relocalisé au centre-ville, et au développement de la médecine privée, dont sur les sites adjacents (clinique Laënnec). En plus de l’aberration urbanistique qu’elle représente (désagrégation du campus actuel et du quartier environnant, navettes de transport), cette décision a signifié la vente d’un important immeuble patrimonial.


    Tel que cela a déjà été souligné dans les pages du Devoir (Michel Seymour, Louis Dumont, Jean-Claude Marsan et Daniel Turp, 15 février et 1er mars 2012), afin de justifier le manque d’espace, la direction de l’université a vendu l’ancien Collège du Mont-Jésus-Marie, sur le boulevard Mont-Royal, acquis en 2003 d’une congrégation religieuse à un prix réduit à condition que l’immeuble conserve sa vocation d’enseignement.


    La rénovation du bâtiment estimée à 140 millions de dollars aurait permis de relocaliser plusieurs services et d’accroître significativement l’espace disponible sur le campus. Toutefois, l’université, plutôt que de respecter ses engagements et après avoir consacré 40 millions pour l’achat et la mise à niveau de l’édifice qui contient une chapelle historique l’a vendu 28 millions de dollars grâce aux bons offices de la Ville de Montréal à l’entrepreneur Paolo Catania (le même entrepreneur qui a récemment été arrêté lors de l’opération Marteau de l’escouade anti-corruption pour possible malversation dans d’autres dossiers immobiliers impliquant la Ville de Montréal), et ce, afin de construire des condominiums de grand luxe sur la montagne.


    Cette dérive immobilière et les apparences de conflit d’intérêts potentiels qu’elle soulève nécessiteraient l’attention des mouvements étudiants et du gouvernement dans le cadre des discussions qui s’amorcent sur le financement des universités.


    Une saine gouvernance publique requerrait un réexamen complet des plans d’aménagement de l’Université de Montréal et devrait inclure une consultation élargie auprès de la population, de la communauté universitaire et des partenaires.


    La possibilité du réaménagement du campus actuel et de la rénovation de certains immeubles, y compris l’intégration harmonieuse du Collège du Mont-Jésus-Marie, devrait être sérieusement évaluée afin d’éviter la dérive immobilière de plusieurs centaines de millions de dollars qui s’annonce.

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    Bernard Gauthier - Professeur titulaire à l’Institut d’économie appliquée de HEC Montréal













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