Lettre - Deux crises scolaires à cent ans d’intervalle
Un des plus ardents défenseurs des Franco-Ontariens, Samuel Genest (1865-1937), défie alors une injonction de la Cour suprême de l’Ontario en payant les salaires des enseignants qui refusent de se plier au Règlement. Ce geste de « désobéissance civile » lui vaut d’être traduit en justice. Son éloquence suscite une controverse nationale et déclenche un mouvement de sympathie pour la cause franco-ontarienne, cause que va épouser le journal Le Droit, qui naît la même année.
Les inspecteurs du gouvernement se verront par la suite refuser l’accès d’écoles francophones, où des mères de famille, elles aussi sous le coup d’injonctions, montent la garde, parfois armées de ciseaux, d’épingles à chapeau et de rouleaux à pâte, comme ce fut le cas, en 1916, à l’école Guigues d’Ottawa. Les femmes occupent l’école pendant des semaines et continuent d’enseigner en français aux enfants. Une trentaine de policiers défonceront la porte d’entrée et tenteront de reprendre l’école pour faire respecter la loi.
En 1912, des parents ont bloqué l’entrée des écoles pour permettre à leurs enfants d’étudier, alors qu’aujourd’hui des étudiants et des parents ont bloqué l’accès de certaines écoles pour que des étudiants (les carrés verts) ne puissent pas suivre leurs cours. Les injonctions de 1912 interdisaient l’enseignement, celles de 2012 visaient à le rendre possible. Aux menaçantes épingles à chapeau et aux rouleaux à pâte de 1912 correspondent les bruyantes casseroles de 2012. On luttait, en 1912, pour que les jeunes francophones puissent étudier dans leur langue, le combat porte, en 2012, sur l’accessibilité aux études supérieures (que l’on dit menacée), sur le gel des droits de scolarité, voire sur la gratuité de l’enseignement. Autres temps, autres priorités, un même combat : l’éducation.
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Jean Delisle - Gatineau, le 29 mai 2012








