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Le gouvernement Charest met fin aux négociations avec les étudiants

31 mai 2012 23h04 | Antoine Robitaille | Éducation
Québec – Les négociations qualifiées de «la dernière chance» ont échoué. La ministre de l’Éducation Michelle Courchesne a choisi de quitter la table de négociations en début d’après-midi, soulevant l’ire des représentants des associations étudiantes.

« Force est de constater que nous sommes dans une impasse », a déclaré la ministre vers 16 h hier. En conférence de presse quelque 90 minutes plus tard, Jean Charest soutenait qu’il y avait « un important fossé qui sépare le gouvernement et les associations étudiantes ». Il a dit souhaiter toujours une entente, mais a explicitement évoqué la possibilité de régler cette question lors d’élections générales, qui doivent être tenues dans les 18 prochains mois.


Après quatre jours d’intenses échanges, la ministre a dit avoir compris que pour les associations, « cette notion de gel [des droits de scolarité] était pour elles non négociable. C’était le gel, le moratoire ou rien », a-t-elle déploré.


Plus tard en entrevue au Devoir, elle s’est dite « triste » et « très, très, très, déçue, sincèrement, vraiment, très déçue. Le Québec mérite qu’on sorte de ça », a-t-elle dit. Aussi, même si c’est elle-même qui a fermé la porte hier, elle soutient que la porte était « toujours ouverte ».


Mme Courchesne a insisté sur le caractère « courtois » des échanges en début de conférence de presse, mais elle a du reste dénoncé un des quatre négociateurs de la CLASSE qui a réagi à la première offre du gouvernement - réduire de 35 $ annuellement la hausse de 1778 $ sur sept ans - en lançant : « Avec cette offre-là, on va vous l’organiser, le Grand Prix. »


Devant cette rupture des négociations dans une crise qui dure depuis quelque 16 semaines, le premier ministre a soutenu qu’il n’allait pas « céder » aux « menaces » qu’ont selon lui proférées les représentants étudiants. Pour éviter des incidents malheureux, le premier ministre a soutenu qu’il allait « travailler avec les gens responsables », se demandant au passage en quoi de telles perturbations éventuelles allaient « aider leur cause ». Pour le reste, il a dit espérer que « dans les prochaines semaines, ce sera une période d’accalmie. Ça permettra à chacun de réfléchir sur ces enjeux-là d’une part ». Mais le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), Paul-Émile Auger, a soutenu hier que le gouvernement venait de « s’acheter une crise sociale d’une ampleur inégalée ». Gabriel Nadeau-Dubois a convié les Québécois contre la hausse à un grand rassemblement familial le samedi 2 juin.



Raisons politiques


Réagissant à la rupture des négociations, la présidente de la Fédération étudiante universitaire québécoise (FEUQ), Martine Desjardins, a rappelé que la ministre s’était donné une « obligation de résultat ». Hier, cette dernière a donc jugé « que les résultats, ce n’est plus une priorité pour le gouvernement ». Selon elle, la ministre fait de la « petite politique sur le dos des jeunes ».


Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), a déclaré : « Mme Courchesne est allée jusqu’à dire que […] c’était politiquement qu’elle n’était plus capable d’arriver à une entente. On considère que c’est un aveu d’échec de la part des libéraux. »


Selon les négociateurs étudiants, la ministre, à table, a rapidement été à court d’arguments lorsque les associations étudiantes ont réussi à proposer des solutions qui respectaient les paramètres gouvernementaux, soit le respect du plan de financement des universités et du cadre fiscal du gouvernement. Il s’agissait d’arriver à une solution qui serait « à coût nul » pour le gouvernement.


Les titres des journaux interprétant la première offre de Québec - une réduction de la hausse de 35 $ par année - comme celle d’un gouvernement « qui plie », qui « recule » ou qui « fait des compromis » ont eu un effet « refroidissant chez la ministre », raconte une source. Gabriel Nadeau-Dubois a d’ailleurs évoqué hier un important « changement d’attitude » chez la ministre, mercredi.


Questionnée à ce sujet par Le Devoir hier, Mme Courchesne a répliqué que constamment, les étudiants lui rappelaient qu’eux, « sur le Plateau », se faisaient constamment aborder par « les casseroles » qui leur disaient « lâchez pas ». « Je leur ai simplement répondu que nous, là, à travers le Québec, nous aussi, des gens, quand on va à l’épicerie, font le tour du stationnement et nous disent à nous aussi : “ Lâchez pas sur la hausse des droits. ” » Le premier ministre a désigné ces gens hier comme étant la « majorité silencieuse ».

 

Nombreux gestes


Du reste, Michelle Courchesne et Jean Charest ont rappelé chacun à leur tour les gestes que leur gouvernement a posés depuis le début du conflit pour améliorer l’accessibilité aux études : la mise en place d’un programme de remboursement proportionnel au revenu ; la bonification des bourses et l’étalement de la hausse sur sept ans. M.Charest a soutenu qu’il y a désormais 67 000 personnes « pour qui la hausse des droits est comblée et même supérieure ».


Les étudiants, a déploré Michelle Courchesne, ont refusé de discuter de ces mesures. Au fond, ils ne « reconnaissent pas ces gestes […] comme étant des gestes concrets, importants, positifs que le gouvernement a pris au cours des dernières semaines ».


Lors de sa rencontre avec les étudiants, M.Charest dit que ces derniers ont reconnu que le problème qu’ils cherchaient à éviter en luttant contre la hausse en était un d’accessibilité. Or, c’est une meilleure accessibilité que permettent ces mesures, a-t-il insisté.

 
 
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