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    La grande marche des générations

    26 mai 2012 |Le Devoir | Éducation
    Lors des manifestations du 22 du mois ou même un soir à l’avenant, ils crient leur désaccord avec le gouvernement, dénoncent la loi spéciale ou signifient leur appui aux revendications étudiantes. Voici les manifestants.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Lors des manifestations du 22 du mois ou même un soir à l’avenant, ils crient leur désaccord avec le gouvernement, dénoncent la loi spéciale ou signifient leur appui aux revendications étudiantes. Voici les manifestants.
    Mon arrestation ne m’a pas enlevé le goût de manifester, au contraire. Une contravention de 634 $… c’est la preuve que l’État a sous-évalué la valeur de la liberté. C’est important de rester unis pour la démocratie.       
    – Sébastien Bluteau, étudiant en anthropologie médicale
    Si le militantisme était une vocation, ils s’en réclameraient certainement. Car que ce soit par le silence, en frappant sur une casserole, en brandissant une pancarte ou en défilant flambant nus, ils sont de ceux qui sortent dans la rue, beau temps, mauvais temps. Lors des manifestations du 22 du mois ou même un soir à l’avenant, ils crient leur désaccord avec le gouvernement, dénoncent la loi spéciale ou signifient leur appui aux revendications étudiantes. Voici les manifestants.

     

     

    Le pasteur engagé

    Dennis Drainville, évêque de l’Église anglicane, 58 ans, ex-député NPD sous Bob Rae 


    « Ça fait 35 ans que je suis militant sur plusieurs sujets. J’ai beaucoup travaillé sur la question de la pauvreté et les sans-abri et j’ai écrit un livre sur la pauvreté au Canada. […] Je sympathise avec les étudiants. J’ai été professeur au cégep de Gaspé et je les comprends bien. » Sur ce qui l’a poussé à agir cette fois-ci : « Pour moi, la loi 78, c’est totalement inacceptable parce que ça diminue les droits de chaque citoyen. Le gouvernement fait ça alors que les gens à Québec sont pacifiques et non violents. Je ne comprends pas pourquoi. C’est pour ça que je donne mon appui aux manifestants. » Sur les arrestations de cette semaine à Québec. Jeudi soir, il a tenu à lire un discours aux manifestants pour dénoncer les arrestations de la veille. « Les autorités policières ont détenu plus de 100 citoyens. J’applaudis votre force et votre engagement à demeurer paisibles et pacifiques. Vous êtes des héros, avait-il écrit. « Aucun citoyen ne devrait être détenu ou arrêté pour avoir participé à une manifestation pacifique et non violente. […] Cet abus de pouvoir doit cesser. »

     


    Le marcheur infatigable
    Sébastien Bluteau, 29 ans, étudiant en anthropologie médicale à McGill

    « Depuis l’adoption de la loi spéciale, je suis sorti dans les rues presque tous les soirs. J’étais contre la hausse des droits de scolarité, mais devant la loi spéciale, j’ai compris que la démocratie avait été attaquée à un autre niveau. […] [Mercredi], j’ai rencontré des gens qui manifestaient dans le quartier des Juifs hassidiques avec des casseroles. C’était un événement local pacifique. Pendant mon arrestation [dans la nuit de mercredi à jeudi], j’ai eu une magnifique discussion avec un homme qui travaillait en muséologie et deux denturologues dans la fin de la cinquantaine. On a parlé de l’intergénérationalité et des enjeux de notre lutte. C’était beau à voir. C’est sûr que je vais retourner dans les rues d’une manière ou d’une autre. Mais je ne vais jamais transiger sur le fait qu’il faut rester pacifique. […] Mon arrestation ne m’a pas enlevé le goût de manifester, au contraire. Une contravention de 634 $… c’est la preuve que l’État a sous-évalué la valeur de la liberté. C’est important de rester unis pour la démocratie. »

    Le parent pauvre
    Alexandre Brassard, 29 ans, batteur et étudiant en enseignement de la musique

    «Maude, notre fille Jeanne et moi avons suivi la marche mercredi, sans casserole : on avait été pris par surprise quand le mouvement est arrivé dans notre quartier, autour de la rue Masson. Puis jeudi aussi, on est sortis, avec nos casseroles cette fois. Ça nous touche beaucoup, car on a un ras-le-bol du gouvernement Charest. Maude est infirmière et sait que la santé, ça ne va pas très bien au Québec. Quant à moi, je viens de retourner aux études pour un deuxième baccalauréat. La hausse des droits de scolarité, ça représente beaucoup pour notre petite famille. J’ai de l’aide financière, tandis que ma copine vient de recommencer à travailler. Avec un enfant, c’est quelque chose… J’ai vu la couverture du prochain numéro du magazine Maclean’s qui dit que les jeunes partent en guerre pour 325 $. C’est quand même 325 $ par session, pour un total de 1625 $. C’est beaucoup, même si les prêts et bourses étaient ajustés. En plus, on n’est pas capables d’avoir une garderie subventionnée ; alors, à 40 $ par jour, c’est difficile. Il y a aussi le nouveau ticket modérateur en santé… On proteste contre l’ensemble de l’œuvre du gouvernement.»

    La Française étonnée
    Blandine Parchemal, 23 ans, étudiante au doctorat en philosophie

    « Je suis arrivée à Montréal en septembre dernier pour les études. J’avais une image d’un Québec très tranquille ; c’est ce qu’on véhicule en France. Je suis finalement vraiment étonnée et fière des Québécois.  J’ai participé au mouvement de 2006 contre le contrat de première embauche (CPE) en France, et là, [...] je suis engagée dans le mouvement depuis le tout début. Je dénonce le caractère marchand de l’éducation qui vient avec cette hausse des droits de scolarité. Pour moi, une session représentait déjà beaucoup d’argent avant la hausse, puisqu’en France, il n’y a pas de droits à payer. Je trouve ça vraiment difficile. Ça nous fait du bien de sentir l’appui de la population depuis l’adoption de la loi 78. Des enfants, des personnes âgées descendent de leur appartement pour nous soutenir. On voulait élargir le mouvement depuis le début, mais la loi 78 nous a donné un bon coup de pouce. Il y a même des gens qui ne sont pas forcément pour la grève qui descendent avec nous. C’est maintenant une question de démocratie. »

    La professionnelle militante
    Leïla Boily-Afriat, 27 ans, éducatrice au Musée des Beaux-Arts et à Pointe-à-Callière
     
    « J’ai participé à une vingtaine de manifestations de soir sur la trentaine qui ont eu lieu. […] L’éducation est une valeur fondamentale pour construire une société. Mais d’autre part, mon engagement et celui des gens autour de moi qui n’ont pas d’enfants, qui sont jeunes professionnels, sont plus larges. Le mouvement a mené avec lui une prise de conscience sociale et collective qui va au-delà des droits de scolarité. […] Tant chez les policiers que chez les étudiants, il y a des écarts de conduite. Je pense que les policiers se trouvent dans une situation plus problématique que la nôtre, car ils ont des ordres qu’ils doivent respecter. Mais le véritable problème est que ce qui est arrivé entache de façon indélébile les relations entre la police et la population. Le Canada était un pays où les relations entre policiers et citoyens étaient bonnes, mais là, les conséquences seront très dommageables à long terme. Je trouve dommage que le syndicat du SPVM ne se soit pas positionné comme le syndicat de la STM. »

    Le duo pollinisateur
    Jean-François Larose et Pauline Duguay, dans la cinquantaine, chômeur et vendeuse 

    « C’est notre cinquième manifestation. Nous, ce qui nous a convaincus, c’est la légitimité. Il faut que ce soit [l’université] accessible à tout le monde. Il ne faut pas que ce soit juste pour une couche de la société. » À propos du fait que la population de Québec est davantage opposée au mouvement qu’ailleurs : « Ça s’en vient. On en parle aux autres dans notre bloc. On jasait avec une voisine tantôt qui a un petit de quatre ans. On lui a dit que c’était pour lui. Que ce qu’ils font aujourd’hui, dans quinze ans, elle va en subir les conséquences à cause de son petit gars. » Sur les comparaisons avec les droits de scolarité ailleurs au Canada : « C’est une excuse facile. Ailleurs, c’est ailleurs. Ils payent leur permis de conduire 50 $ sur cinq ans… Ici, on paye 92 $ toutes les années. Il faut arrêter de se comparer aux autres. On a nos forces et nos faiblesses. Nous autres, on a ça, puis le peu de santé qui nous reste. On ne veut pas le perdre. »












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