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    Tonnerre de casseroles sous la pluie

    À la veille de la reprise du dialogue, les manifestants doutent de la bonne foi du gouvernement libéral

    Des milliers de Montréalais ont à nouveau fait résonner leurs casseroles hier dans les rues de la métropole et au parc Émilie-Gamelin, lieu de rencontre par excellence des manifestants depuis le début du soulèvement étudiant.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Des milliers de Montréalais ont à nouveau fait résonner leurs casseroles hier dans les rues de la métropole et au parc Émilie-Gamelin, lieu de rencontre par excellence des manifestants depuis le début du soulèvement étudiant.
    Malgré les intempéries, les casseroles ont repris du service dans les rues de Montréal, hier soir, alors que le gouvernement de Jean Charest s’apprête à reprendre le dialogue avec les dirigeants étudiants. Gérald Tremblay, lui, commence à préparer l’« après-crise ». Hier, le maire de Montréal a évoqué l’idée d’une aide aux commerçants durement éprouvés par trois mois de manifestations.

    Un peu partout, hier, à Montréal, les citoyens sont ressortis, surtout aux coins des grandes artères, pour battre des rythmes coordonnés - ou pas. Sur Laurier, une cuve de sécheuse a servi de caisse de résonance, tandis que sur Bernard, les clients à la terrasse d’un bar ont tous reçu cuillers et chaudrons. L’ambiance était toujours aussi festive dès 20 heures.


    À l’aube de nouvelles discussions entre les organisations étudiantes et le gouvernement, les citoyens interrogés semblaient sceptiques quant à une résolution rapide du conflit, qui dure depuis 15 semaines. « On dirait que ça va prendre un mort avant que ça bouge vraiment », a dit un joueur de casserole de la fin vingtaine, Simon Charbonneau, rencontré dans le Mile-End. « Je vois mal comment on pourrait arriver à une entente négociée, a dit Kim Soo Landry, croisé boulevard Saint-Laurent. La population et les étudiants n’en ont pas contre le gouvernement seulement dans le dossier de l’éducation. C’est plus large. » La seule solution est le déclenchement d’élections, selon lui, une opinion entendue plusieurs fois hier.


    Au parc Émilie-Gamelin, d’où s’ébranle quotidiennement une manifestation nocturne, une triple fanfare se faisait entendre avant le départ : casseroles, feux d’artifice et tonnerre lointain.


    Au micro, le commandant Alain Simoneau a indiqué aux manifestants que la marche serait tolérée tant qu’il n’y aurait pas de méfaits. À ses derniers mots, un puissant feu d’artifice a éclaté derrière lui.


    Un orage a frappé Montréal vers 21 heures. Malgré la forte pluie, des milliers de personnes sont restées dans la rue, notamment dans le quartier Rosemont, où la pluie battait aussi fort que les cuillers à 21 h 30.


    Au moment de mettre sous presse, des manifestations de quartier rejoignaient la manifestation principale.


    À Québec aussi, la symphonie des casseroles a repris hier soir un peu après 20 heures.


    Le maire de Montréal fonde beaucoup d’espoir sur les prochaines discussions entre les deux parties impliquées dans le conflit étudiant. « La bonne nouvelle, c’est que les deux parties ont décidé de se rencontrer sans condition, a indiqué Gérald Tremblay. On travaille présentement sur l’après-conflit afin d’évaluer les préjudices sérieux causés à la métropole, pas seulement en ce qui a trait au Service de police de la Ville de Montréal [SPVM], mais également à l’égard des commerçants. » Les manifestations à répétition des dernières semaines ont effarouché les visiteurs et les clients des commerces du centre-ville. Il faudra les convaincre de revenir à Montréal, a-t-il répété.


    Une aide pourrait être offerte aux commerçants, a suggéré le maire. « On l’a fait à plusieurs occasions quand on a été obligés de fermer des rues à cause des travaux liés aux infrastructures souterraines et au réseau routier. On a fait de la publicité dans le cas du boulevard Saint-Laurent. »


    Entre-temps, la fièvre des casseroles continue de prendre de l’ampleur. Jeudi, le maire avait demandé aux joueurs de casseroles de renoncer à descendre dans la rue et de se contenter de leur balcon. Hier, il a dû admettre que les Montréalais n’avaient pas écouté ses consignes. « J’ai voulu qu’on arrête de paralyser les rues de Montréal. J’ai fait une suggestion. Elle n’a pas été entendue, a-t-il dit en riant. Mais la manifestation s’est faite de façon très pacifique. C’est ce que je souhaite. »


    De son côté, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a dit apprécier le caractère « festif » des tintamarres de casseroles, qui contraste avec le vandalisme et la violence de certaines manifestations nocturnes tenues au cours des dernières semaines. Mais il s’est montré très préoccupé par les perturbations causées par le conflit étudiant. Il faut protéger l’image de Montréal, a-t-il plaidé : « Le vrai coût qui moi me préoccupe, c’est l’impact sur le tourisme, c’est l’économie de Montréal et les emplois dans les hôtels. »


    Par ailleurs, le propriétaire de la brasserie artisanale Le Saint-Bock, sur Saint-Denis, a officiellement porté plainte contre le SPVM devant le Commissaire à la déontologie policière. Dans la nuit de samedi et dimanche dernier, les policiers sont intervenus sur la terrasse du bar, causant la fuite de nombreux clients et brisant du matériel.


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    Avec Isabelle Paré













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