Reprise des négos avec les étudiants: Courchesne dit oui, mais si le moratoire est exclu
Au lendemain d'une manifestation monstre réunissant plus de 250 000 personnes à Montréal, le premier ministre Jean Charest et la ministre Courchesne ont tous deux affirmé que la porte restait ouverte pour une reprise des pourparlers avec les leaders étudiants.
«Le gouvernement a bougé sur les prêts, a bougé sur les bourses, a bougé sur le remboursement proportionnel au revenu, a bougé sur l'étalement [de la hausse des droits de scolarité]. Le gouvernement a fait plusieurs gestes, mais à chaque fois que nous avons tendu la main, cette main-là a été refusée. Malgré cela, la porte reste ouverte», a déclaré M. Charest pendant la période de questions.
Au cours des débats en Chambre, la ministre Courchesne a convenu que la reprise des pourparlers étaient essentielle à la résolution du conflit.
«C'est autour d'une table qu'on trouve les solutions», a dit Mme Courchesne avant de poser la même condition que sa prédécesseure Line Beauchamp: s'ils veulent négocier avec le gouvernement, les étudiants devront avoir quelque chose de «concret» à mettre sur la table plutôt que d'exiger un moratoire.
«Je pense sincèrement que, oui, nous pouvons encore une fois se rasseoir positivement, constructivement. Mais encore faut-il que les trois associations étudiantes aient quelque chose de concret autre qu'un moratoire
à nous mettre sur la table», a-t-elle lancé.
La ministre de l'Éducation a rejeté du revers de la main les critiques de l'opposition péquiste qui accuse le gouvernement de refuser de négocier une sortie de crise avec les leaders étudiants. Au contraire, a-t-elle rappelé, le gouvernement a bonifié à trois reprises ses offres depuis le mois d'avril en plus de signer l'entente du 5 mai, rejetée plus tard par les associations étudiantes. Or, il faut être deux pour négocier, a-t-elle fait valoir. «Est-ce que les associations étudiantes en ont, des propositions? Si elles en ont, à partir de maintenant, nous les accueillerons», a promis Mme Courchesne.
Encore une fois aujourd'hui, l'opposition péquiste n'a pas ménagé les épithètes peu flatteuses pour qualifier la loi d'exception 78 visant à mettre fin aux manifestations violentes. De l'avis de la chef Pauline Marois, le gouvernement a cherché à «bâillonner le Québec avec son odieuse loi 78».
«Depuis le début de cette crise, nous cherchons à raisonner le gouvernement, à l'inviter à négocier de bonne foi. Nous lui demandons d'arrêter de se comporter comme un gouvernement assiégé, tendre la main vers sa jeunesse plutôt que la matraque et les lois spéciales», a-t-elle pesté.
Aussi sévère qu'elle soit, la loi 78 n'est pas respectée. L'obligation faite aux initiateurs d'informer les forces de l'ordre de l'itinéraire, de l'heure et de la durée d'une manifestation huit heures à l'avance est carrément bafouée à Montréal, a constaté le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil.
«Elle est appliquée partout en province, elle n'est pas appliquée à Montréal [où] il y a quelqu'un qui a décidé de défier la loi. Ce n'est pas correct. [...] Il faut appliquer cette loi», a-t-il dit, sans préciser les moyens à prendre pour y arriver.








