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    Point chaud - Face-à-face de générations

    « Les jeunes se réveillent, ne les écrasez pas ! », demande Jean-Marc Léger

    Jean-Marc Léger voit dans le conflit actuel une « révolution moins tranquille » en marche.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Jean-Marc Léger voit dans le conflit actuel une « révolution moins tranquille » en marche.
    Jean-Marc Léger en cinq dates

    1986: Création de la firme Léger et Léger.
    1993: Décès de son père et associé, l’ancien ministre Marcel Léger.
    2000:
    Il fait sa première acquisition hors Québec.
    2008: Il effectue sa première acquisition aux États-Unis.
    2009: Il prend la tête d’un groupe mondial, Worldwide Independent Network of Market Research.
    Une fois un trait tiré à la grève étudiante, « les Québécois ne verront plus les jeunes de la même manière », selon le président et fondateur de Léger Marketing, Jean-Marc Léger. À ses yeux, « les jeunes ont mérité le respect » de la population au cours des quatorze dernières semaines en « sacrifiant leur session pour leurs convictions ».

    Le dirigeant de la plus importante firme de recherche marketing et de sondages à propriété canadienne suit avec grand intérêt l’évolution de la « révolution moins tranquille » qui tient en haleine le Québec depuis 100 jours.


    Le conflit étudiant laissera des traces indélébiles dans la mémoire collective, notamment en raison de l’indifférence dont font preuve les baby-boomers face aux revendications des étudiants en grève, qui sont pour la plupart issus de la génération Y.


    Jean-Marc Léger accuse à demi-mot la génération du baby-boom - ceux nés au lendemain de la fin de la Seconde Guerre mondiale - d’imposer ses vues à toute la population québécoise. « La génération des baby-boomers, qui contrôle le Québec depuis les années soixante, impose toujours sa vision. Elle n’accepte pas l’émergence d’un autre groupe qui ne pense pas de la même manière », fait-il valoir avant de lancer : « Ils ont profité d’un système d’éducation quasiment gratuit. Et ils n’acceptent pas que les jeunes paient le même montant qu’eux ont payé. »


    Que l’on ne s’y trompe pas : Jean-Marc Léger appuie une hausse des droits de scolarité au Québec, mais celles prévues par le gouvernement libéral - 1625 $ sur cinq ans, puis 1780 $ sur sept ans - sont « trop élevées » et « trop rapides ».


    Selon l’économiste, l’équipe du premier ministre Jean Charest s’y est mal prise en enfonçant dans la gorge des étudiants une hausse des droits de scolarité sans avoir auparavant « fait le ménage dans les finances publiques ».


    « Les baby-boomers ont endetté le Québec. Ils obligent la génération suivante à payer pour tout le laxisme [dont ils ont fait preuve] dans leurs années », poursuit le fils de l’ancien ministre Marcel Léger.


    « Les jeunes se réveillent, ne les écrasez pas. Ce sont eux, demain, qui vont être premiers ministres du Québec, médecins, avocats… Ce sont eux qui dirigeront la société. » Né en 1961, Jean-Marc Léger explique lui-même appartenir à une « une génération écrasée ». « Je fais partie de la « génération sandwich », qui est une génération qui a mangé les miettes des aînés. Quand je suis arrivé sur le marché du travail, il n’y avait aucun poste disponible. Tout était pris. Il n’y avait rien pour nous autres. Donc, on a mangé les miettes. Cette génération essaie encore là d’étouffer les jeunes qui se réveillent. Je trouve que c’est malhabile », souligne M. Léger.


    Il craint que l’intention, affichée notamment par la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), de défier la loi spéciale adoptée vendredi dernier n’attise la fracture entre les générations.


    Les dirigeants de la CLASSE, de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) doivent s’évertuer à trouver une sortie de crise honorable pour leurs dizaines de milliers de membres toujours en grève. Les étudiants doivent réaliser « quelques gains parce qu’ils méritent quelques gains », affirme Jean-Marc Léger, non sans craindre une multiplication des actes de violence émaillant les manifestations au cours des prochains jours. « Il s’agit juste qu’ils finissent cette grève-là correctement. Le problème est qu’ils sont en train de perdre le sens de leur bagarre, [du moins ceux qui] s’enlisent dans la violence… »

     

    Printemps québécois


    La fin du conflit étudiant - par une entente négociée entre les parties ou non - ne mettra pas un terme à leur lutte, ajoute-t-il. « Les jeunes ont focalisé leur colère sur les droits de scolarité, mais derrière cela, leur colère est beaucoup plus grande. À mon avis, ce mouvement là ne fait que commencer. Vous allez voir. Il y a une colère importante. Les gens veulent du changement. »


    Que les politiques se le tiennent pour dit, ce désir de changement se répercutera inexorablement par une participation plus grande des jeunes aux prochaines élections, rendez-vous qu’ils boudent habituellement en grand nombre, selon Jean-Marc Léger.


    Les jeunes constituent près de 20 % de la population du Québec, mais à peine 10 % de l’électorat, précise-t-il. « Ça va changer ! »


    M. Léger appelle aujourd’hui à un changement de garde à la tête de la société québécoise. « Laissons l’autre génération prendre le pouvoir », lance-t-il sans détour. Le problème : « les gens veulent du changement, mais il n’y a personne qui l’incarne actuellement » dans un Québec « de plus en plus conservateur ». « Le Québec vieillit.»













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