Crise étudiante - Imbroglio autour de nouveaux pourparlers
La CLASSE affirme avoir reçu deux appels en soirée hier de la part d’un représentant du gouvernement l’informant que l’organisation pourrait participer à des discussions prochainement. Aucune date n’aurait été fixée, selon l’attaché de presse de la CLASSE, Renaud Poirier St-Pierre, qui précise qu’il ne s’agirait pas d’une table de négociations.
Au cabinet de la ministre, on assure qu’il n’en est rien. L’attachée de presse de Line Beauchamp, Hélène Sauvageau, a fait le tour de l’équipe et assure que ce n’est pas le cas. « Ça ne vient pas du bureau de la ministre. Ils ne sont pas convoqués. »
Impossible d’y voir clair : les deux parties ont réaffirmé leurs propos à maintes reprises.
Chose certaine, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ) ont dit ne pas avoir été contactées pour leur part hier. Ces trois groupes, ainsi que la CLASSE, étaient présents lors des dernières négociations avec le gouvernement. « Les échanges vont se poursuivre comme la semaine dernière par téléphone », a déclaré la responsable des communications à la FECQ, Charlotte Watson.
Au sujet de ces discussions, qui ont lieu presque quotidiennement depuis une semaine avec les deux fédérations, Mme Sauvageau s’est faite avare de commentaires, indiquant au Devoir que de plus amples informations viendraient « en temps et lieu ». La situation est toujours dans l’impasse, alors que le conflit entre Québec et quelque 155 000 étudiants au sujet de la hausse des droits de scolarité dure depuis 13 semaines.
Avec ces échanges, les fédérations étudiantes expliquent à l’équipe de la ministre Beauchamp ce qui a déplu aux associations étudiantes dans l’entente de principe de 5 mai, rejetée par les quatre organisations étudiantes. « Ça n’avance pas très très vite pour l’instant, mais on espère que ça va débloquer, a commenté le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin. On demande à la ministre d’intensifier ses travaux. Chaque jour compte. » Il s’attend toutefois à des discussions plus formelles prochainement. « Mais c’est difficile de savoir quelles sont les véritables intentions du gouvernement. Une semaine, on pense qu’il veut que ça se règle et l’autre, on ne le sait plus trop. »
La TaCEQ, qui a laissé un message au bureau de la ministre hier dans le but de rentrer dans les échanges, a toujours espoir que le conflit se règle. « Tant qu’il y a des gens qui se mobilisent, il y a de l’espoir, a dit le secrétaire général de la Table, Paul-Émile Auger. Le jeu politique est encore en cours entre les associations, les étudiants dans la rue et le gouvernement. » Pour une vingtième soirée de suite, des manifestants ont d’ailleurs marché dans les rues de Montréal hier pour demander l’annulation de la hausse des droits de scolarité de 1625 $ décrétée par Québec.
Les membres de la CLASSE réunis en congrès à Québec hier ont étudié la question d’un moratoire sur la hausse, proposé notamment par la FEUQ, qui demandait vendredi au gouvernement de s’engager « à mettre en place un réel temps d’arrêt sur la hausse pendant lequel on pourra discuter réellement des enjeux qui relèvent des universités ». Les membres se sont dits prêts à en discuter si Québec le proposait. Mais pour les membres de la CLASSE, il est surtout « temps de parler de la question des frais de scolarité, après avoir tourné autour du pot pendant bientôt 14 semaines », a affirmé le coporte-parole Gabriel Nadeau-Dubois.
Retour imposé
Un piquet de grève est prévu ce matin dès 5 h 30 au collège de Rosemont, où la direction a annoncé vendredi dernier un retour en classe imposé malgré la grève des étudiants. La décision rappelle celles des cégeps de Valleyfield et de Saint-Jean-sur-Richelieu, où la tentative avait échoué. « On espère que ça se passera dans le respect et qu’il n’y aura pas d’affrontements », a dit le président de l’Association étudiante du Collège de Rosemont, Philippe Beaudoin-Martin, qui doute néanmoins que les cours aient réellement lieu ce matin.
Au Québec, une trentaine d’injonctions ont été accordées à des étudiants qui souhaitaient suivre leurs cours malgré la grève étudiante.
Des rumeurs ce week-end voulaient qu’un sondage téléphonique commandé par le Parti libéral du Québec se tienne pour connaître l’opinion des citoyens au sujet d’une loi spéciale pour obliger les étudiants à rentrer en classe. Mais le Parti libéral a démenti ces affirmations. « Ce n’est pas la première fois qu’il y a des rumeurs à ce sujet », a dit le directeur des communications du parti, Michel Rochette.
Une loi spéciale s’accompagne d’amendes en cas de non-respect, ce qui pourrait avoir un effet différent des injonctions, selon certains observateurs interrogés ces dernières semaines.
Par ailleurs, le groupe Force étudiante critique a dénoncé la couverture médiatique du conflit étudiant. L’une des personnes accusées dans le dossier des bombes fumigènes dans le métro a été associée à ce groupe dans les médias. « Le désir pervers des journalistes et de leurs boss est de diaboliser des militantes et militants […] Les petits chefs de pupitre appuient l’érosion de nos libertés tel que prévu dans les projets de loi sur le port du masque et l’obligation de fournir un trajet pour les manifestations », écrit le groupe sur son site blogue.










