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Libre opinion - Ne tirez pas sur les « neutres » !

11 mai 2012 | Vincent Paris - Professeur de sociologie au cégep de Saint-Laurent (avec un cours sous injonction du tribunal) | Éducation
Depuis le début du conflit étudiant, je me suis donné comme défi de ne pas prendre position devant mes étudiants, les rouges comme les verts. Je crois qu’une position neutre et objective dans l’actuel conflit est non seulement nécessaire, c’est un allant de soi. La salle de cours n’est pas la place pour étaler ses convictions politiques.

Ce devoir de réserve ne s’applique pas qu’au conflit étudiant. Il doit être permanent, omniprésent. Les salles de classe ne doivent pas être des tribunaux où l’on juge le travail des chroniqueurs, journalistes, comptables, politiciens. Pas plus qu’elles ne doivent se transformer en une tribune de « lignes ouvertes ». Ma classe n’est pas Twitter ou Facebook !


Je suis maintenant inquiet de voir que les « profs contre la hausse » ne ciblent pas uniquement les « verts », le gouvernement ou les médias, mais qu’ils ont aussi désormais les « neutres » dans le collimateur. Comme quoi le débat, en plus d’être riche en émotions, est au paroxysme de son pouvoir d’attraction, sinon de sa capacité d’absorption.


En quoi la définition du droit à l’éducation de l’UNESCO est-elle un appel à faire de nos salles de classe des lieux investis de politique ? En quoi cette définition est-elle un appel à passer de la théorie à la pratique, faisant de nos enseignements une plateforme pour quelconque revendication politique ?


On pourra me taxer d’être crédule, mais je suis d’avis que l’éducation - et plus spécifiquement la science - n’est pas une arène politique. C’est un lieu où l’on pose des questions, où l’on vérifie et teste des hypothèses. Et les questions « est-ce que les enseignants doivent se joindre aux luttes étudiantes pour combattre le gouvernement corrompu ? » ou « sommes-nous tous étudiants ? » ne sont pas des questions d’ordre scientifique ou pédagogique. Il s’agit de questions politiques, à la limite personnelles, que tout un chacun peut se poser dans le contexte actuel.


Est-ce que cette façon de voir fait de moi un allié potentiel de la soi-disant « condescendance » ou du « paternalisme » dont sont taxés les médias, la droite, les « comptables lucides » ou les « anciennes célébrités » ? Si oui, à cela je pourrais rétorquer : vous me dites à droite que parce que vous êtes à gauche.


La semaine dernière, j’ai appris que l’un de mes cours était touché par une injonction. Lorsque le verdict est tombé, j’ai contacté tous mes étudiants pour leur dire que je me soumettais à la décision du tribunal. Je leur ai dit que je donnerais ce cours du mieux que je pouvais, tant que la direction n’en déciderait pas autrement.


J’ai dit à tous mes étudiants que peu importe leur position dans le conflit, j’ai pour eux le plus grand respect et la plus haute estime. Je pense leur avoir parlé avec vérité, justice et honnêteté. Du même souffle, j’ai voulu garder mes propres convictions afin de respecter mon devoir de réserve et de neutralité par rapport au conflit. En quoi cela pose-t-il problème ? Pourquoi devrais-je me sentir investi politiquement dans cela ?


En tant que professeurs, nous devons laisser passer la tempête, cette rafale devant laquelle, après tout, nous n’avons aucune emprise. Ensuite, notre véritable travail va commencer. Il nous faudra ramasser les pots cassés - rétablir le lien de confiance, restaurer la crédibilité de notre enseignement, etc. -, et ce, peu importe les responsables.

***
 

Vincent Paris, Professeur de sociologie au cégep de Saint-Laurent (avec un cours sous injonction du tribunal)

 
 
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