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    Crise étudiante - Beauchamp accusée de saboter l’entente

    7 mai 2012 14h19 |Antoine Robitaille | Éducation
    Selon la FEUQ, Line Beauchamp semble revenue à une attitude de confrontation.
    Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Selon la FEUQ, Line Beauchamp semble revenue à une attitude de confrontation.
    La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, semble vouloir « saboter » l’entente intervenue samedi entre les associations étudiantes et le gouvernement. C’est du moins ce que soutiennent les représentants de celles-ci, alors que s’amorce une semaine cruciale dans la crise étudiante. La ministre a donné nombre d’interviews hier affirmant de manière répétée qu’avec l’entente, la facture des étudiants augmentera inéluctablement. Elle a aussi fait parvenir aux députés libéraux un courriel dans lequel elle affirmait qu’il est « faux de prétendre que l’augmentation des frais de scolarité sera obligatoirement compensée par la baisse des frais », selon ce qu’a révélé La Presse hier.

    « C’est incompréhensible : je ne sais pas ce qu’on cherche à faire. Si on cherche à saboter l’entente, c’est probablement la meilleure façon de faire », a déclaré au Devoir la présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), Martine Desjardins. Il n’y a là « rien de bon » pour « aider les associations étudiantes de se positionner », croit Mme Desjardins. Mme Beauchamp semble être revenue au « mode confrontation », soutient Mme Desjardins. « Je croyais qu’on cherchait désormais à trouver une solution gagnante pour tout le monde. » À ses yeux, il semble que Mme Beauchamp tente de « faire plier encore plus, voire d’écraser, le mouvement étudiant ».


    La présidente de la FEUQ déplore « l’allergie » de la ministre pour « certains mots » tels « moratoire ou gel ». « Et cette allergie crée énormément de confusion. »


    Selon plusieurs sources proches du marathon de « discussion » de 22 h, vendredi et samedi, Line Beauchamp aurait tenté de conserver la ligne dure alors que sa collègue présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne, travaillait à chercher une voie de sortie. « On peut dire qu’elle a vraiment accéléré le processus », dit une source. D’autres font état de tensions entre les deux ministres.


    Samedi soir, lorsqu’ils ont présenté aux médias le contenu de « l’entente de principe » (qu’ils préféraient ce soir-là désigner sous le vocable d’« offre »), les étudiants ont soutenu que celle-ci permettait en fait d’instaurer un « moratoire » sur la hausse des droits de scolarité. Aux yeux des représentants étudiants, puisque les 127 $ d’augmentation prévus pour l’automne 2012 seront transformés en « compte à recevoir » de « frais afférents », leur « facture globale » n’augmentera pas. Et ce, a insisté hier Mme Desjardins, « tant et aussi longtemps » que le rapport d’un Conseil provisoire des universités (CPU) n’aura pas été déposé.


    L’entente prévoit en effet la création d’un CPU chargé d’indiquer à la ministre de l’Éducation des propositions « d’optimisation des ressources financières » dans la gestion des universités. Toutes les économies suggérées par le Conseil seront « appliquées en réduction des frais institutionnels obligatoires (FIO) », aussi appelés « frais afférents ». « Clairement, c’est un moratoire, en attendant de trouver des fonds », opine Mme Desjardins. Cependant la ministre Beauchamp déclarait en interview à RDI hier que s’« il peut y avoir des gains pour les étudiants. Ils ne sont pas garantis et ils sont encore à chiffrer ». Samedi, elle s’était dite « désolée » et « médusée » par le vocabulaire employé par les étudiants et semblait déconcertée par le communiqué de la FEUQ.

     

    « Offre de m… »


    L’entente du 5 mai sera soumise au vote une première fois ce matin au Cégep Marie-Victorin, affilié à la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). Hier soir, Martine Desjardins présentait l’entente aux membres de la Fédération des Associations étudiantes du Campus de l’Université de Montréal (FAECUM) qui se prononcera plus tard cette semaine.


    Sur les réseaux, l’entente fait l’objet de critiques virulentes. Les quatre représentants étudiants qui l’ont signée aussi. Dès hier matin, une manifestation a été annoncée sur le site Internet de la CLASSE pour le soir même à la place Émilie-Gamelin « contre l’offre de merde du gouvernement qui ne fait aucune concession sur la hausse des frais de scolarité elle-même ». À la CLASSE, on signalait que la réception était pour l’instant extrêmement négative.


    La CLASSE doit tenir 59 votes dans autant d’associations étudiantes. Son congrès aussi s’exprimera sur l’« offre ». Si jamais une association décidait d’accepter l’offre et de mettre fin à la grève, sa décision primerait celle du congrès national de la CLASSE. Pour être entérinée, l’entente doit recueillir 50 % plus une voix. Du côté de la FEUQ, même les associations qui ne sont pas en grève se prononceront sur l’entente. Même scénario à la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ). Les votes devraient se tenir toute la semaine.


    Comme ils l’ont indiqué samedi soir, les représentants ne recommanderont pas l’entente à leurs membres. Ils se borneront à « l’expliquer ». Si l’entente est rejetée, les conséquences sont claires, a soutenu Mme Desjardins : « Il faudra continuer la grève ; des sessions vont être menacées. Bref, il y a quand même plusieurs éléments qui doivent être pris en considération. » Elle estime que son rôle est de « présenter tous les éléments pour prendre la décision. Et je devrai vivre avec la décision qui sera prise par les membres ».


    Joint hier, le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, a souligné qu’en cas de refus, d’autres avenues, sur le terrain électoral notamment, sont envisagées par les représentants étudiants. Ils vont commencer demain à faire circuler et signer des formulaires « d’engagement à aller voter ». Les associations comptent ainsi se constituer une base de données qui leur permettra « en temps et lieu » de stimuler le vote des jeunes, dont la participation électorale a chuté « à quelque 35 % » lors des derniers scrutins, note M. Bureau-Blouin. « On a réussi à amener 200 000 personnes dans les rues, on pourra bien en amener au moins autant à voter aux prochaines élections. »













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