Libre opinion - À la recherche du demi-Graal de l’éducation
Cela fait longtemps que je ne compte plus sur l’humilité du gouvernement pour se remettre en question, mais, comme disait Brel, je suis un « désespéré espérant » croyant en celle qui peut rester dans le coeur des étudiants pour faire une place toute spéciale à la qualité dans leurs exigences humaines, en commençant par considérer la qualité de l’éducation parmi leurs premiers desiderata.
Aussi forte soit la violence, aussi remarquable soit la paix, cette pseudo-révolution sans exigence de qualité ne sera qu’une bourrasque furieuse, bourrasque continuant d’aller dans le sens de ce que dicte le système économique qui nous fournit la matière première de la déséducation (lire sur le sujet dans L’humanité de l’obscurité à la lumière : l’éducation, pour rendre le pouvoir à l’être humain écrit par Pierre Demers). Sans une demande claire quant à la qualité de l’éducation, les étudiants ne peuvent être qualifiés de révolutionnaires. Cependant, on ne pourra jamais leur enlever qu’une première marche a été escaladée, de manière parfois malhabile, mais au moins qui fait espérer que cette grande marche leur laisse entrevoir le reste d’un formidable escalier. Il serait vraiment ingrat de ne pas le reconnaître. Mais cette demi-mobilisation étudiante, aussi efficiente soit-elle, demeure une demi-mobilisation tant et aussi longtemps que la qualité de l’éducation n’a pas fusionné avec ce que disent souhaiter les principaux intéressés.
Bout de papier
À travers la grandeur de la résolution des étudiants se trouve entre autres le piège de leur propre insuffisance personnelle. Même s’ils pouvaient jouir de la gratuité scolaire, les jeunes prétendument progressistes se feraient quand même avoir. La preuve ultime pour vérifier ce postulat est de s’imaginer ces derniers, ayant obtenu ce qu’ils pourchassaient, devant le choix de poursuivre la grève (ou tout autre moyen de défense des intérêts communs) afin de s’assurer de la qualité de leur éducation, partant des services de garde jusqu’à l’université. L’idéal navrant qui habite l’étudiant moyen, celui de réclamer bêtement son diplôme et d’entrer sur le marché du travail afin de pouvoir exiger sa première paye, l’amènerait à trouver tous les prétextes du monde pour continuer sur-le-champ ses études plutôt que d’investir dans le nerf d’un réel changement. Au fait, qu’en est-il de la qualité de ce diplôme si l’on peut reprendre une session complète en quelques semaines seulement ?
La valeur du diplôme serait une autre façon de comprendre que les étudiants se font rouler dans la farine même si leur cause finit par raisonner dans le coeur du parti au pouvoir. L’auteur de renom Paul Valéry, dans le livre Le bilan de l’intelligence (1935), n’a pas hésité à critiquer l’insignifiance du diplôme et de tous les effets pernicieux qui tournent autour de cet élément de contrôle, dont la désagrégation du savoir. « Jamais convention plus néfaste à tout le monde, à l’État et aux individus (et en particulier, à la culture) n’a été instiguée », a-t-il déclaré il y a 75 ans.
Dans la vidéo Changing Education Paradigms, l’éducateur et auteur Sir Ken Robinson affirme que le diplôme d’aujourd’hui est loin de représenter une garantie pour l’avenir, qu’on parle d’un emploi ou pour être heureux. Le bout de papier a perdu la cote depuis très longtemps puisque sa qualité n’a jamais été considérée consciencieusement.
La quête des étudiants en grève et de tous ceux et celles arborant le carré rouge concrètement ou en pensée se révèle incomplète. Tout bonnement parce que la qualité de l’éducation ne fait pas sérieusement partie de leurs revendications. On a pu en entendre parler à travers dans les différents échanges sur la hausse des droits de scolarité et de la gratuité scolaire, mais en de rarissimes occasions, occasions au cours desquelles elle échoue au bout d’une phrase pour la forme et dans certains cas, pour la symbolique.
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Mathieu Côté-Desjardins, Enseignant au primaire et créateur des webséries La déséducation et La rééducation








