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    Il y a 89 ans, des professeurs et des chercheurs se rencontraient au Cercle universitaire…

    « La recherche scientifique dessine la société dans laquelle on vit »

    5 mai 2012 |Pierre Vallée | Éducation
    L’Association francophone pour le savoir (Acfas) tiendra son congre?s dans l’espace lumineux du Palais des congre?s de Montre?al, du lundi 7 au vendredi 11 mai 2012.<br />
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir L’Association francophone pour le savoir (Acfas) tiendra son congre?s dans l’espace lumineux du Palais des congre?s de Montre?al, du lundi 7 au vendredi 11 mai 2012.

    Le 15 juin 1923, des médecins, des professeurs et des chercheurs se réunissent au Cercle universitaire, situé au 191, rue Saint-Hubert, à Montréal. De cette rencontre de l’intelligentsia scientifique québécoise de l’époque naîtra l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences, l’Acfas.



    Si le fonctionnement et les activités de l’Acfas demeurent les mêmes pendant de nombreuses années, essentiellement centrés sur la tenue d’un congrès annuel, dont on célèbre cette année la 80e édition, l’arrivée du nouveau millénaire force l’organisation à rectifier le tir. Si elle conserve l’acronyme « Acfas », elle modifie son nom, qui devient l’Association francophone pour le savoir, reflétant en cela le fait que son rayonnement a maintenant dépassé les frontières québécoises et même canadiennes.

    En 2009, l’Acfas se dote d’un plan stratégique quinquennal articulé sur quatre grandes orientations. Si les deux dernières orientations concernent essentiellement le fonctionnement interne de l’organisme, les deux premières, plus ambitieuses, ont trait au rapport entre l’Acfas et la société. Ainsi, la première orientation porte sur le rôle fédérateur de l’Acfas au sein de la communauté scientifique. Mais, après 89 années d’existence, n’assumait-elle pas déjà ce rôle ?


    « Au fond, non, précise Pierre Noreau, président de l’Acfas, car l’Acfas se prenait jamais position dans l’espace public. Nous craignions alors qu’une position publique pût diviser le milieu scientifique. Il ne faut pas oublier que toutes les disciplines scientifiques, des sciences pures aux sciences humaines, cohabitent à l’Acfas. Autour de quel thème alors faire l’unité du milieu scientifique ? Aujourd’hui, on parle beaucoup de l’économie du savoir. Nous avons poussé la réflexion plus loin et nous en sommes arrivés au concept de la société du savoir. Une société dans laquelle les citoyens doivent être conscients de ce qui se développe dans le monde de la recherche scientifique, car la recherche scientifique dessine la société dans laquelle on vit. Cette notion de société du savoir a fait l’unanimité et permet maintenant à l’Acfas de prendre une position publique dans des dossiers à saveur scientifique. »

     

    La présence de l’anglais


    L’anglais est devenu la lingua franca de la planète. Cela est particulièrement observable dans le milieu scientifique, où les plus importantes revues scientifiques sont publiées en anglais et où les chercheurs, peu importe leur langue maternelle, n’hésitent plus à publier les résultats de leurs recherches en anglais. Dans pareille situation, vouloir préserver une communauté scientifique francophone est-il possible ?


    « Il y a d’abord une tradition intellectuelle française et francophone et donc une communauté linguistique francophone de la science qu’il faut préserver. Il y a aussi d’autres communautés scientifiques linguistiques, comme l’espagnole, qu’il faut aussi préserver. Lorsque la recherche scientifique se fait à l’intérieur d’une communauté linguistique particulière, elle se fait souvent à l’abri des autres influences, ce qui donne des points de vue et des angles nouveaux. C’est cette diversité qu’on doit préserver, car elle enrichit le développement de la science. Que l’anglais soit la langue de communication entre les différentes communautés linguistiques scientifiques, je veux bien, mais cela ne doit pas masquer le fait que le multilinguisme demeure la meilleure voie pour la science. »

     

    L’internationalisation de l’Acfas


    Le changement de nom en 2001 confirmait que l’Acfas, au fils des ans, s’était internationalisée. Les premiers pas se font faits tout naturellement vers les pays, comme la France et la Belgique, où le français est la langue d’usage. L’ouverture s’est ensuite faite vers des pays où le français n’est pas une langue officielle, mais où il y a un certain nombre de locuteurs francophones intéressés par la communauté scientifique francophone. « Nous accueillons à notre congrès annuel environ 500 participants en provenance de l’étranger. Nous avons des collègues en Amérique du Sud comme en Europe de l’Est et en Asie du Sud-Ouest. Et nous devons accentuer cette internationalisation, car je crois qu’elle représente l’avenir de l’Acfas. On doit surtout faire un effort supplémentaire auprès de nos collègues africains, parce que, comme on s’entend pour le dire, l’avenir de la Francophonie passe aussi par l’Afrique. J’ai fait un séjour en Côte d’Ivoire et j’ai pu constater à quel point la guerre avait mis à mal physiquement les universités. Mais pas les recteurs, qui entretiennent toujours de grandes ambitions pour leurs universités. On se doit de leur tendre la main et de les soutenir dans leurs efforts à vouloir construire un milieu universitaire dynamique. »

     

    Le rôle du scientifique en société


    Quel est l’idéal des chercheurs scientifiques ? Améliorer la vie et la société, croit Pierre Noreau. Et la société a besoin de la science pour mieux se connaître. « Le scientifique est un citoyen comme un autre. D’accord, il est peut-être plus inquiet que les autres, mais cela ne doit pas l’empêcher de jouer le rôle qu’il doit jouer en société. Le scientifique a une contribution à apporter dans le débat public. D’ailleurs, on l’a récemment vu jouer ce rôle dans le dossier des gaz de schiste. Mais il faut éviter le mélange des genres. La contribution d’un scientifique doit être celle d’un expert. Si sa position est une position purement personnelle, en tant que citoyen, par exemple, l’éthique lui commande de l’indiquer clairement. »


    Mais comment promouvoir une plus grande participation des scientifiques dans le débat public, lorsque le gouvernement en place semble faire la sourde oreille aux données scientifiques ? « Depuis la Renaissance, l’humanité a entrepris un long voyage vers la connaissance. La situation présente avec le gouvernement Harper, tout comme avec le gouvernement américain sous Bush, ne représente qu’un épisode de ralentissement. Mais le vent va tourner, car le mouvement vers la connaissance est irrépressible. »

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    Collaborateur













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