Parce que j'aime le savoir - Il faut informer davantage !
L’avenir de la recherche passe par l’enrichissement du dialogue entre la communauté scientifique et la population
Du 7 au 11 mai prochain, à l’occasion de la 80e édition du congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), près de 5000 scientifiques et curieux seront réunis au Palais des congrès de Montréal. S’articulant sur le thème « Parce que j’aime le savoir », l’événement sera largement axé sur la nécessité d’enrichir le dialogue entre la communauté scientifique et la population.
« "Parce que j’aime le savoir ", c’est un thème qui peut se décliner de deux façons, avance d’emblée M. Pierre Noreau, président de l’Acfas. Il peut s’agir de l’amour du savoir, de la connaissance, de la science, mais c’est aussi l’expression de la curiosité de la personne qui veut en savoir plus, qui désire être informée au sujet de la société dans laquelle elle vit et va vivre. Ce que nous avons voulu soulever, avec ce thème à double sens, c’est la nécessité de dialoguer davantage, de multiplier les ponts entre les chercheurs et la population. »
Se comprendre
D’après l’Acfas, il s’agit là d’un des enjeux les plus importants pour l’avenir de la recherche. Selon M. Noreau, bien qu’on ait fait des progrès en la matière depuis quelques années, la communauté scientifique se doit d’enrichir son dialogue avec la population si elle désire conserver son dynamisme.
« Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’avenir de la recherche tient largement dans l’appui que la population lui consent, précise-t-il. C’est la population qui vote pour les gouvernements et ce sont les gouvernements qui établissent les grands cadres des politiques scientifiques et des stratégies de recherche. Au final, l’évolution du monde scientifique est donc grandement influencée par les choix de la population. »
D’où la nécessité de bien faire comprendre au public l’importance de la recherche pour l’avancement de la société, dit le président de l’Acfas. Mais cela n’est pas toujours évident. Selon les domaines, l’utilité et l’intérêt de certaines recherches peuvent parfois paraître plus ou moins nébuleux aux non-initiés. « Dans des domaines comme celui de la santé par exemple, l’apport de la recherche est assez évident. Les gens comprennent qu’il y a un lien entre le prolongement de l’espérance de vie et la recherche scientifique. Ce qu’il faudrait, c’est que ce soit saisi dans tous les autres domaines, y compris dans les domaines qui ont l’air plus flou, comme les sciences humaines et sociales, la sociologie par exemple, l’anthropologie, la politique, etc. »
Pourquoi ? Parce qu’il s’agit de domaines d’où découlent des recherches qui, en principe, devraient avoir une grande influence sur les politiques publiques, mais qui, parce qu’elles ne sont pas suffisamment valorisées et que leur impact n’est pas aussi tangible que celui des sciences de la nature, ne sont souvent pas appréciées à leur juste valeur.
« Par exemple, le gouvernement fédéral canadien a pris, ces dernières années, certaines décisions importantes à l’abri des résultats de la recherche. On a eu tendance à faire des choix moraux plutôt que de prendre des décisions basées sur des faits. Je pense par exemple à l’adoption de la loi C-10, qui a trait à la question de la gestion de la criminalité et aux jeunes contrevenants. Si on avait accordé plus d’importance aux recherches portant sur le sujet, je ne crois pas que la décision aurait été la même », affirme M. Noreau.
S’il se désole que les gouvernements n’accordent pas toujours autant d’importance qu’ils le devraient à la recherche, le président de l’Acfas se dit tout de même optimiste quant à la capacité de la communauté scientifique à sensibiliser davantage la population aux impacts de la recherche. « Quand on s’attarde à certaines décisions que prennent les gouvernements, on a le sentiment qu’il y a une régression de la communauté scientifique et de l’influence de la recherche sur les politiques publiques, mais il faut voir ça comme un épisode. Il faut penser à long terme et continuer à sensibiliser la population à l’importance de la recherche scientifique. Plus tard, nous verrons certainement les résultats », estime-t-il.
La recherche en français
Et qu’en est-il de l’avenir de la recherche francophone dans un monde où l’anglais s’impose depuis déjà bon nombre d’années comme la langue de communication universelle ? D’après M. Noreau, la question ne doit pas se poser uniquement en ces termes ; mieux vaut plutôt s’interroger sur ce que le fait de savoir communiquer en français a à apporter aux chercheurs d’origine francophone.
« Est-ce qu’il y a un avenir pour la recherche en français ? Oui, il y a un avenir, mais il faut le voir au bon endroit, conclut M. Noreau. Certes, il faut qu’il y ait des chercheurs qui travaillent en français, mais il faut aussi que les chercheurs francophones soient capables de publier dans d’autres langues, puisque l’avenir de la science repose sur le multilinguisme. Ce que créent la francophonie universitaire et la francophonie scientifique, c’est une communauté de chercheurs qui ont des rapports privilégiés entre eux parce qu’ils parlent la même langue, mais qui réussissent également à engendrer des idées différentes de celles des chercheurs unilingues. Et ça, c’est à leur avantage. Je crois qu’il faut considérer la chose de cette façon, la voir pour la qualité particulière de ce qu’on amène, et là, ça arrête d’être désespérant. »
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Collaboratrice







