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    Mode et gestion - Le vêtement a sa grammaire

    « L’esthétique qui gère nos vies est basée sur l’expérimentation et non plus sur la connaissance »

    L’état de la mode contemporaine - en quoi la mode des jeunes d’aujourd’hui est-elle si différente ?

    Lundi 7 mai à 8h30

    Local 519A du Palais des congrès

    Notre rapport à la mode change et, dans ce nouveau contexte, on cherche à savoir ce qui différencie la mode d’aujourd’hui de celle d’il y a une quarantaine d’années. Que signifient ces changements ? D’ailleurs, maintenant, la mode va bien au-delà de la coiffure et du vêtement ; on parle de mises en scène corporelles…



    Ahhhhh ! La mode, quel animal étrange ! Quand on est un enfant, on s’en fout, adolescent et jeune adulte, souvent on ne pense qu’à elle jusqu’à en devenir une victime et, plus tard dans la vie, on aura beau courir après elle, la mode finira toujours par nous dépasser. Cette vérité existe depuis les années 40, mais aujourd’hui on voudrait en modifier les règles. Mariette Julien, de l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM, se penche sur la complexe question, à savoir en quoi la mode des jeunes d’aujourd’hui est-elle si différente ?

    Née dans une famille de mode, avec un père tailleur mais, dans les faits, designer et une mère couturière, Mariette Julien l’avoue : « J’ai toujours fui la mode, je ne sais pas coudre même un bouton, je déteste ça ! » Mais, comme c’est souvent le cas, notre enfance finit par nous rattraper et, après des études en communications couronnées d’un doctorat ayant porté sur l’image des parfums, ou comment une image peut traduire une odeur, Mariette Julien se spécialise en marketing et va enseigner cette matière pendant 10 ans à l’Université de Montréal, puis à l’école de mode où elle enseigne les médias et la mode. « Je n’enseigne pas la sociologie de la mode, mais, comme c’est d’abord l’humain qui m’intéresse, je m’inspire de la sociologie et j’en ai fait mon objet de recherche. »


    « La mode est un phénomène de jeunesse : tous les jeunes suivent la mode, mais pas nécessairement la même », nous dit Mme Julien, ajoutant que, « quand on pose la question à un jeune, il affirme toujours et avec le plus grand sérieux ne pas suivre la mode et avoir son propre style, mais, quand on regarde son allure dans l’ensemble, on trouve une “ grammaire visuelle” qui ressemble à plusieurs autres. » Ce qui intéresse particulièrement Mariette Julien, c’est la mode de la rue et non celle des designers et leur mode des podiums. La mode est, depuis toujours, née dans la rue.

     

    Le corps comme un canevas


    On dit que la mode comme expression rebelle nous vient des rockers des années 40 qui, dans la vie, endossent des vêtements de travail - les jeans de l’agriculteur et le t-shirt des débardeurs - afin d’en détourner le sens pour prôner la liberté. Mais, depuis le milieu des années 70, le phénomène le plus significatif est celui du mouvement punk : « L’esthétique punk est visible encore aujourd’hui dans l’apparence des jeunes et est très présente, on n’a qu’à penser à cette mode des mèches de couleur, elle provient directement des punks. Pour les tatouages et les perçages, c’est la même chose ; ils existent depuis toujours dans les sociétés ancestrales, mais, chez les punks, ce sont les individus qui décident de se faire tatouer et non la communauté », poursuit Mme Julien. Aujourd’hui, ces éléments de mode se sont immiscés dans la société et leur valeur symbolique d’origine perd de son importance, au profit d’un simple phénomène de mode.


    Mais il n’y a pas que les tatouages qui modifient le corps. La mode s’adapte à une volonté d’exposer les corps, qui sont devenus « non seulement un canevas artistique en constante rénovation, mais un objet de gratification », explique Mme Julien. Les jeunes vont transformer leur corps en le musclant au point de souffrir de bigorexie, cette pathologie qui consiste à vouloir développer à outrance sa masse musculaire. On voit même apparaître le phénomène de la femme musclée : « À travers l’histoire, jamais les femmes n’ont été musclées, parce qu’elles étaient associées à l’intériorité. Le muscle, quant à lui, est associé à l’effort, à la force, qui sont des valeurs masculines. Le ventre plat chez la femme est synonyme d’émancipation et constitue une manière de montrer qu’elle est en contrôle. Tout ce travail pour atteindre les canons de beauté modernes, on veut le montrer, d’où cette mode du nombril à l’air ! »


    « Depuis les trente dernières années, au niveau vestimentaire, la mode n’a pas tellement évolué, l’évolution s’opère beaucoup plus dans la transformation des corps », dira Mme Julien. Cette stagnation pousse les influences et les tendances à se mélanger perpétuellement, ce qui permet ainsi à la mode de bien pénétrer toutes les couches et tous les âges de la société. « La peau est en soi le seul vêtement qui va distinguer le jeune de l’adulte », ajoute Mariette Julien. Le tatouage et le muscle font partie de l’esthétique contemporaine.


    Porter et jeter


    La « célébrièveté » est le phénomène issu des télé-réalités : « Les gens ne se contenteront plus de contempler les vedettes, ils vont vouloir eux aussi devenir ces vedettes. » C’est du moins ce qu’on observe au niveau de la représentation. La mode aujourd’hui reflète cette nouvelle ambition. « On pense aux harajuku girls, au look glamour avec ses faux cils, ses faux ongles et ses paillettes. On est dans l’aspect du corps-spectacle et cela rejoint cette dépendance envers la “ starisation ” que les jeunes ont beaucoup maintenant. Ils veulent être remarqués, parce que, si on ne passe pas à la télé, on rate sa vie. »


    Les blogues de mode de la rue pullulent dans le web. Ils viennent encore une fois mettre en scène les « gens ordinaires ». Les animateurs de ces blogues prétendent que c’est pour humaniser la mode, une espèce de quête d’authenticité, et le fait de se faire remarquer, c’est aussi une preuve d’authenticité.


    Cette instantanéité définit bien notre monde contemporain et ses tendances sociologiques. Notre relation avec les objets est éphémère et on en change pour changer. L’opération donne l’impression de rajeunir. Si c’est vrai pour les modes, il en va de même dans d’autres sphères de notre vie : « On rajeunit notre environnement et donc on se rajeunit soi-même. Cela crée un entraînement au niveau du cerveau, qui est maintenant prêt à aller jusqu’à changer souvent de partenaire. Présentement, sur le plan philosophique, l’esthétique qui gère nos vies est basée sur l’expérimentation et non plus sur la connaissance : pour que quelque chose soit beau, il doit aussi être associé à la notion de plaisir. » Cette philosophie ne s’applique pas seulement aux objets, mais aussi à nos relations avec les êtres. On parlera de « déliaison amoureuse » et de dématérialisation de la personne dans ce monde marchand et capitaliste.


    Mariette Julien conclura en affirmant que « la mode exprime les valeurs de notre temps, mais la mode est amorcée par une première proposition esthétique faite par des jeunes qui vont transformer nos valeurs, comme les punks l’ont fait et les rockers avant eux ».


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