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    Le cerveau est bilingue

    Les mythes et les malentendus entourant l’acquisition de deux langues chez l’enfant

    5 mai 2012 |Benoit Rose | Éducation
    Il y a des avantages cognitifs propres au bilinguisme en ce qui concerne les fonctions du « contrôle exécutif ».
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Il y a des avantages cognitifs propres au bilinguisme en ce qui concerne les fonctions du « contrôle exécutif ».

    Les mythes et malentendus entourant l’acquisition de deux langues chez l’enfant

    Mardi 8 mai à 12h45

    Local 516B du Palais des congrès

    Professeur au Département de psychologie de l’Université McGill, Fred Genesee fait le point sur « les mythes et les malentendus entourant l’acquisition de deux langues chez l’enfant ». En offrant une revue accessible des dernières recherches sur le sujet, il souhaite répondre aux questions typiques que lui posent les parents, les éducateurs et les décideurs. Le Devoir l’a rencontré à son bureau de l’établissement montréalais.



    Avec son accent anglophone, le professeur d’origine ontarienne prévient son interlocuteur qu’il a parfois de la difficulté à s’exprimer clairement en français. « Parce que ce sont des affaires qui sont assez compliquées », explique-t-il, un peu inquiet. Sa maîtrise du français, sa langue seconde, s’avérera pourtant très adéquate, malgré quelques hésitations lors de la traduction de certains concepts. Ce sont là les joies du bilinguisme, et le chercheur est bien placé pour les comprendre.

    Enseignant à McGill depuis près de 40 ans, Fred Genesee s’intéresse aux sciences cognitives et au développement du langage. Il a d’abord orienté ses recherches sur les enfants qui apprennent deux langues ou une deuxième langue. Jusque dans les années 1990, il évaluait les programmes d’immersion en français chez les étudiants anglophones. « Puis, j’ai changé de sujet et j’ai commencé à faire de la recherche sur les enfants qui sont élevés dans une famille bilingue à Montréal, en français et en anglais. Je fais aussi de la recherche sur ceux qui ont des problèmes d’apprentissage du langage. »


    Bien au fait des récentes recherches internationales sur le sujet, il entend faire mentir certains mythes qui circulent dans la population à propos de l’acquisition de deux langues chez l’enfant d’âge préscolaire.


    Le mythe du cerveau unilingue

    Beaucoup de craintes découlent d’une conception de base erronée : une partie de la population s’imagine que le cerveau est en quelque sorte unilingue et que d’apprendre deux langues simultanément est plus difficile et risque de créer un retard dans le développement du langage chez l’enfant. Or c’est faux : le cerveau est bel et bien « bilingue », c’est-à-dire apte à apprendre deux langues en même temps sans se surcharger ni subir de retard. « On a constaté que, si les enfants ont suffisamment d’exposition à chacune des langues, ils apprennent les deux aussi facilement qu’une seule. »


    Les étapes importantes du développement du langage, comme la prononciation des premiers mots vers l’âge de 12 mois ou des premières petites phrases à 24 mois, sont franchies au même moment par les enfants bilingues et les enfants unilingues. Idéalement, l’enfant doit être exposé aux deux langues dans la même proportion (50-50) afin qu’il puisse les acquérir toutes les deux de façon complète. Autrement, il développera tout simplement une langue forte et une autre plus faible. Par exemple, si l’enfant vit avec sa mère francophone cinq jours sur sept et ne voit son père anglophone que les fins de semaine, son anglais sera moins fort que son français, mais aussi moins fort que l’anglais d’un enfant unilingue anglophone.


    Le mythe de la confusion


    On croit aussi souvent que le mélange des langues, comme lorsque l’enfant utilise des mots anglais dans une phrase en français et vice-versa, est un signe de confusion. Or il n’en est rien. « Quand les enfants mélangent les codes, ce n’est pas une indication de faiblesse, mais plutôt de compétence dans les deux langues. » Un enfant d’âge préscolaire, qu’il soit unilingue ou bilingue, a un vocabulaire limité. Mais l’enfant bilingue dispose d’une ressource supplémentaire, à la fois d’ordre cognitif, socioculturel et linguistique. « Il a accès aux deux langues quand il parle et il utilise les compétences dans ces deux langues pour éviter les erreurs. Ce sont comme deux programmes informatiques qui sont actifs en même temps et qui communiquent quand l’enfant s’exprime. » La plupart du temps, l’enfant utilise un mot de l’autre langue quand il ne connaît pas son équivalent dans celle qu’il est en train de parler.


    Les recherches démontrent d’ailleurs que l’enfant qui grandit dans un foyer bilingue utilise davantage le français avec le parent francophone et l’anglais avec le parent anglophone. Certains mots sont associés à des domaines particuliers. Par exemple, si l’enfant pratique toujours un sport avec un parent dans un contexte anglophone, il est normal qu’il utilise les mots anglais associés à ce domaine dans ses discussions en français. Au besoin, le cerveau finira par combler les lacunes dans chacune des langues.


    S’il y avait vraiment confusion chez l’enfant bilingue, on serait en droit de s’attendre à ce que le mélange des codes se fasse au hasard. Or, « quand on examine les phrases mélangées des enfants, on voit que, dans environ 90 % des cas, il y a une cohérence grammaticale dans ce qu’ils font ». Le mot anglais présent dans une phrase en français est généralement utilisé « à la bonne place », dans le meilleur respect possible des structures et contraintes du langage. « Ça indique que, dans leur tête, ils connaissent les règles de grammaire dans chaque langue. »


    Les mythes de l’immersion


    L’enfant anglophone qui passe ses trois premières années scolaires en immersion française ne compromet pas l’apprentissage de sa langue maternelle, soutient le professeur Genesee. C’est un autre mythe qui ne tient pas compte du fait que l’enfant qui apprend à bien lire et bien écrire, même dans sa langue seconde, développe une base commune aux deux langues. Certains apprentissages se transfèrent de l’une à l’autre, si bien que ces enfants, une fois arrivés dans le cheminement anglophone régulier, réussissent aussi bien sinon mieux que les autres. « Ils développent une aptitude linguistique du fait qu’ils peuvent comparer et penser dans deux langues. Ça, c’est totalement l’inverse de ce que tout le monde croit. »


    Il apparaît même préférable pour des parents italiens qui immigrent dans un pays francophone, par exemple, de bien apprendre leur langue maternelle à leur enfant à la maison plutôt que de tenter de lui apprendre tôt un français qui serait inadéquat. L’environnement italophone sera plus riche et fournira à l’enfant les outils dont il a besoin pour développer ses aptitudes linguistiques et ses compétences à apprendre. Le statut socio-économique a plus d’impact sur la réussite scolaire que la langue maternelle, si bien qu’un enfant élevé en italien au Québec par des parents éduqués est plus susceptible de bien réussir à l’école française qu’un enfant francophone élevé par des parents peu scolarisés.


    Les recherches révèlent aujourd’hui, chez les enfants bilingues, certains avantages cognitifs au niveau des fonctions du « contrôle exécutif ». Ils auraient entre autres une plus grande aisance à transférer leur attention d’une chose à l’autre, à faire fi des distractions et à se concentrer sur les informations pertinentes pour une tâche.



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