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    Pour voir ce que les chercheurs voient

    Vingt auteurs réagissent aux « images » des scientifiques dans La preuve par l’image

    Le Piège à photons
    Photo: Yves Alain Le Piège à photons

    L’image d’abord, les mots ensuite : l’explication scientifique prend son origine désormais dans le visuel. Voici l’expo qui le prouve, non sans prendre plaisir dans des envolées poétiques. Rendez-vous à la Grande Bibliothèque.



    Montrer la science « par l’autre bout » : l’exposition La preuve par l’image, présentée depuis deux ans dans le cadre du congrès de l’Association francophone pour le savoir, repose sur une manière inusitée de vulgariser. Elle réunit des photographies utilisées par les chercheurs dans le cadre de leurs travaux et honore, par le fait même, le pouvoir de synthèse de l’image.

    « On présente la science par l’autre bout, explique Johanne Lebel, rédactrice en chef de Découvrir, la publication de l’ACFAS autrefois connue sous le nom d’Interfaces. On part de l’image pour susciter l’intérêt, puis on l’explique par le texte. En vulgarisation, c’est l’inverse. L’image vient habituellement expliquer ce que dit le texte. Là, c’est le cortex visuel qui travaille d’abord. »


    L’expo est un concours aussi : près de 80 propositions ont été envoyées au bureau de la responsable des projets spéciaux de l’ACFAS et seules une vingtaine d’entre elles ont été retenues. Le jury, formé de scientifiques et de « profanes », donnera trois prix. Un prix du public sera également attribué.


    « L’image doit être intéressante, mais la recherche derrière elle aussi, estime Johanne Lebel. Il faut qu’il y ait une bonne histoire. » Parfois, ce sont des histoires d’erreurs, « et non d’horreurs . Les erreurs, c’est ce qui fait la recherche. C’est par elles que les chercheurs apprennent, c’est fondamental. »


    Une troisième édition

    La troisième édition de La preuve par l’image ne s’en tient pas à cette seule dialectique. Destinée à la clientèle de la Bibliothèque nationale du Québec, la série des diptyques photos-textes aura un volet supplémentaire, hors de la sphère rationnelle, les deux pieds dans l’univers littéraire. Invités à pondre un texte à partir d’une des explications scientifiques, vingt romanciers, poètes ou essayistes de la trempe de Louis Hamelin et d’Élise Turcotte ont répondu à l’appel.


    Devant l’image riche en polychromie du cerveau d’un nouveau-né et d’après l’énoncé du chercheur Marc Fournier, de l’Université de Montréal, autour d’une étude visant à établir la relation entre l’anatomie et l’activité cérébrale à un si jeune âge, l’auteur Francis Catalano imagine les propos du bambin. « Maman, tu me manques, écrit le romancier et traducteur. Je sens une île, un archipel des ondes qui n’ont point de cesse, ma croissance se meut, c’est une marée bleue de syzygie. »

     

    Raison et fabulation


    Pour Johanne Lebel, ce mariage de la raison et de la fabulation n’a rien d’insensé. Au contraire, estime-t-elle, les deux mondes gagnent à être rapprochés.


    « Les chercheurs sont très créatifs, dit-elle. Tout le temps. Et les écrivains ont une forme de rationalité. Leur matière est différente, leur but aussi. Mais ils essaient aussi de comprendre notre monde. »


    Au cours de la dernière décennie, le rôle de l’image dans la recherche a pris de l’ampleur, croit cette journaliste scientifique. L’imagerie numérique, les moyens de communication virtuelle et la multiplication des outils… « La capacité de faire des images a explosé », soutient-elle. Plus que jamais, celles-ci seraient le meilleur outil pour rejoindre les collectivités non scientifiques. C’est un peu le constat auquel une expo comme La preuve par l’image tente d’arriver. Une expérience esthétique d’abord, souvent même à travers des compositions ouvertes, sans éléments reconnaissables, qui mène à comprendre une réalité complexe et invisible.


    Sa meilleure preuve, Johanne Lebel la tient dans une image de bactéries, qui ont toutes l’air de gouttes d’eau. La photo, intitulée La forêt des affamés, de Steve Charette, chercheur à l’Université Laval, explicite une situation de famine chez des organismes unicellulaires. « Depuis quinze ans, commente la rédactrice en chef de Découvrir, on sait que les bactéries ont une vie sociale très intense, qu’elles travaillent en réseau. Ce sont des micro-organismes qui vivent leur vie. »


    Les exemples qui seront exposés touchent à tout, du macroscopique au microscopique, du soleil aux minéraux, des effets de la sécheresse sur un peuplier aux ovules des vaches décortiqués en ADN et en ARN. Et les histoires, les bonnes, abondent.


    La preuve par l’image se tient du 5 au 24 mai et aura une deuxième vie, en juin, lors du festival Eurêka!, dans le Vieux-Port de Montréal.

    Le Piège à photons La photo intitulée La forêt des affamés explicite une situation de famine chez des organismes unicellulaires.












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