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Droits de scolarité - Le fossé reste entier

La ministre Beauchamp se dit déçue de la contre-offre des fédérations étudiantes

1 mai 2012 22h58 | Lisa-Marie Gervais | Éducation
Le metteur en scène Dominic Champagne et le co-porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois (au centre), lors d’une manifestation des artistes en appui à la cause étudiante, hier, à Montréal.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Le metteur en scène Dominic Champagne et le co-porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois (au centre), lors d’une manifestation des artistes en appui à la cause étudiante, hier, à Montréal.
Les offres et contre-offres se succèdent et rivalisent de propositions, mais la même pomme de discorde demeure : ni le gouvernement, qui veut la hausse, ni les étudiants, qui veulent un gel, ne fléchissent sur la question des droits de scolarité. Certains éléments rallient néanmoins les deux camps.

Hier, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a balayé en partie la contre-offre faite par les deux fédérations étudiantes collégiale et universitaire (FECQ et FEUQ) en réponse à sa « solution globale ». « Je suis déçue de voir que les leaders étudiants n’ont pas bougé, de voir que, dans ce qu’ils appellent une contre-proposition, qui ressemble plus à une justification de sa position, ils continuent de revendiquer le gel », a-t-elle déclaré en point de presse à l’Assemblée nationale. « Ça ne peut pas aider à trouver le bon chemin pour une entente. »

Plus tôt en après-midi, la FECQ et la FEUQ ont présenté sept propositions concrètes pour financer les universités à coût nul, qui n’iront pas grossir le fardeau des contribuables. En plus d’un gel des droits au niveau de 2012, ils souhaitent notamment limiter à 3 %, au lieu de 10 % actuellement, les dépenses périphériques à la mission des universités (liées au voyage, au rayonnement, etc.) ce qui permettrait de dégager 189 millions. Ils revendiquent aussi qu’aucun investissement ne soit fait dans les universités pendant deux ans afin d’en évaluer les besoins réels, un moratoire de cinq ans sur la construction de campus délocalisés et un organisme de surveillance de la gestion des universités.


Selon Martine Desjardins, la présidente de la FEUQ, il y a matière à consensus si on « s’attarde au plan de financement des universités et à des objectifs à long terme ». Elle croit que cette fois, parce qu’elle est globale et non plus à la pièce, sa proposition est cohérente. « On doit traiter les propositions dans un ensemble, il ne faut pas diviser étudiants et contribuables, mais voir les points qui les rejoignent. On voit qu’ils peuvent [l]’être au sein de nos propositions », a-t-elle soutenu.


La ministre Beauchamp dit « s’interroger » sur plusieurs revendications des étudiants, notamment celle qui demande qu’aucune somme ne soit investie dans les universités pour les deux prochaines années. « On disait que les cégeps et les universités criaient famine et les leaders étudiants nous demandent de ne pas réinvestir dans le réseau alors que ce sont eux les principaux bénéficiaires », a-t-elle souligné. Elle a rappelé qu’aucun des principaux partis à l’Assemblée nationale ne prône cette solution.


Line Beauchamp s’est néanmoins montrée « tout à fait ouverte » à discuter de la délocalisation des campus et de la gestion des universités. « On ne va pas discuter de ça uniquement avec les étudiants. Ils doivent être là, mais ce sont des enjeux qui doivent se discuter autour d’un conseil des universités », a-t-elle affirmé.


La ministre Beauchamp dit prendre acte que « deux associations sur quatre prennent une position plus claire ». Elle a toutefois insisté pour que les étudiants membres des associations en grève soient consultés et se prononcent sur son offre de vendredi dernier. Celle-ci proposait notamment un étalement sur sept ans, au lieu de cinq, des droits de scolarité.


Une piscine trouée

Pour les deux fédérations étudiantes, vouloir injecter plus de 850 millions de dollars dans les universités sans savoir quels sont leurs besoins revient « à remplir une piscine dont la toile est percée ». Elles déplorent que plusieurs questions soient demeurées sans réponse lors du blitz de négociation la semaine dernière, qui a duré moins de 48 heures. « On a demandé quels étaient les objectifs visés pour améliorer la qualité du diplôme, combien de profs avons-nous besoin pour s’assurer de cette qualité et malgré le fait qu’il y avait trois sous-ministres du ministère, personne n’a été capable de répondre, a dit Mme Desjardins. Force est de constater que le plan de financement des universités ne se base sur aucune évaluation ni aucun objectif à long terme, et on demande aux étudiants et aux contribuables de fournir davantage d’argent. »


La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) devrait faire une proposition demain. Si elle n’est pas aux côtés des deux fédérations, c’est qu’elle doit mener ses propres consultations, a expliqué Mme Desjardins. « On avait déjà discuté de propositions à la table des négociations et on se rejoint sur certaines [d’entre elles], ne serait-ce que pour l’accessibilité aux études », a-t-elle indiqué. Les étudiants doivent se montrer solidaires, même si certaines idéologies sont défendues différemment de part et d’autre, a-t-elle noté.


Hier matin, une pléiade d’artistes et leurs amis ont exprimé haut et fort leur appui à la cause étudiante, en exigeant un moratoire de la hausse des droits de scolarité. Plus largement, cet appel à la solidarité se voulait un grand cri du coeur, d’indignation, envers le gouvernement actuel. « Le spectacle des étudiants, ça sert aussi d’écran de fumée et à polariser la situation. C’est pas vrai qu’on va s’en aller en élection sur une question de droits de scolarité alors que les enjeux sont beaucoup plus vastes », a dit Dominic Champagne, metteur en scène, connu pour son implication contre le lobby des gaz de schiste. « Nous sommes ensemble » a été signée jusqu’ici par plus de 200 personnalités.


Par ailleurs, le cégep Montmorency a rejeté massivement l’offre du gouvernement et a voté pour une grève sans reconduction, à moins d’une entente avec la FECQ, la FEUQ et la CLASSE. D’autres votes sont encore à venir d’ici la fin de la semaine.

***


La contre-proposition des fédérations étudiantes

1- Créer d’un organisme pour évaluer les besoins des universités.
2- Limiter à 3 %, au lieu de 10 %, les dépenses périphériques à la mission des universités (voyages des recteurs, etc.).
3- Analyser les relations entre les entreprises et les universités (brevets, partenariats, etc.).
4- Moratoire de deux ans sur le réinvestissement dans les universités pour revoir leur plan de financement.
5- Moratoire de cinq ans sur la construction de campus délocalisés.
6- Tenir des états généraux sur l’éducation supérieure.
7- Gel des droits de scolarité au niveau de 2012.
 
 
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