L’impasse persiste toujours entre Québec et les étudiants

Le cégep Saint-Laurent, à Montréal, n’a pas pu ouvrir ses portes, car des manifestants mécontents ont bloqué ses accès.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le cégep Saint-Laurent, à Montréal, n’a pas pu ouvrir ses portes, car des manifestants mécontents ont bloqué ses accès.

C’est toujours l’impasse dans le conflit opposant les étudiants et le gouvernement et, jusqu’ici, le mouvement de grève ne semble pas vouloir faiblir. Alors que les deux fédérations étudiantes songent à proposer une contre-offre et même les services d’un médiateur, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, répète que la balle est dans leur camp. « Je plaide pour une consultation où chaque étudiant à la base peut se prononcer », a dit la ministre, hier, sur les ondes du Réseau de l’information. « Nous, on est en mode solution, il va falloir que ça bouge du côté des étudiants. »

Ceux-ci se défendent de faire preuve d’immobilisme. « Depuis son annonce, le gouvernement essaie de relancer la balle dans le camp des étudiants en les présentant comme des acteurs fermés alors qu’ils sont pour des compromis », a affirmé le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin. Avec la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), son organisation devait faire connaître ce matin les détails d’une contre-offre. « On va montrer que les contribuables vont aussi économiser avec la proposition qu’on leur fait », a dit Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.

Soumise aux étudiants depuis vendredi, l’offre de la ministre, notamment d’étaler sur sept ans la hausse des droits de scolarité, a été rejetée dans la majorité des cas. Notamment dans certaines associations de l’UQAM et de l’Université de Sherbrooke et dans au moins huit collèges. Les cours reprennent toutefois dans deux cégeps aujourd’hui, à Saint-Félicien et à Gaspé. « Le véritable indicateur va être à la fin de la semaine. Mais pour l’instant, la tendance est au rejet », constate M. Bureau-Blouin.


Mais les votes - secrets ou à main levée selon la procédure qui aura été décidée - qui se tiendront cette semaine pourront-ils véritablement faire tourner le vent ? Bien que les différentes associations en grève soient appelées à se prononcer à nouveau sur la question de la grève, bon nombre d’entre elles n’ont pas le mandat de se pencher sur une proposition qui ne diminue pas le montant de la hausse des droits de scolarité. C’est le cas notamment de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). Ses quelque 55 associations membres en débrayage tiendront néanmoins un vote de reconduction.


Du côté de la FECQ, au moins quatre associations membres seront appelées aux urnes. Idem pour les 50 000 membres en grève de la FEUQ. Toutefois, le vote sur la proposition de Mme Beauchamp est aussi possible dans les associations membres qui ne sont pas en débrayage. « C’est aux étudiants de décider », souligne Mme Desjardins. En ce sens, la ministre refuse de voir la réalité en face, poursuit-elle. « Ce n’est pas parce qu’une association n’est pas en grève qu’elle est pour sa proposition. Elle se crée de faux espoirs », indique-t-elle.
 

Le temps presse

D’ici la fin de la semaine, les deux fédérations pourraient proposer à la ministre une comédiation, ce que celle-ci juge « peu opportun » à ce stade-ci. Les étudiants sont actuellement en démarche pour obtenir des appuis à leur proposition. Un premier pas sera fait aujourd’hui alors que plusieurs syndicats et des enseignants souligneront le 1er mai, journée des travailleurs, et leur appui à la cause étudiante.


Il est minuit et cinq pour au moins sept collèges, qui, si le conflit ne se règle pas cette semaine, devront songer à reporter des sessions en septembre. « C’est déjà le cas pour le cégep de Sherbrooke », a rappelé le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne. Les cégeps n’ont pas le pouvoir d’annuler les sessions, et M. Beauchesne estime que ce serait catastrophique pour les étudiants si la ministre décidait de le faire. Le département de science politique de l’Université de Montréal a par ailleurs annulé tous ses cours de premier cycle offerts à l’été 2012.


Frappés d’une injonction pour forcer le retour en classe, les cégeps de Sherbrooke et Saint-Laurent, à Montréal, n’ont toutefois pas pu ouvrir leurs portes. Dans le premier cas, en raison des manifestants mécontents qui ont bloqué ses accès, et dans le second, parce que la direction a cru bon procéder à une levée de cours devant un piquetage symbolique. À Sherbrooke, deux personnes ont été arrêtées. Quant au cégep de l’Outaouais, les 44 étudiants qui ont déposé une demande d’injonction devraient savoir aujourd’hui s’ils pourront retourner en classe.


Enfin, les bourgeons de la contestation continuent d’éclore au sein des écoles secondaires. Hier, les élèves de l’école Marguerite-De Lajemmerais étaient en grève hier alors que c’est au tour des écoles Louise-Trichet et Louis-Riel (aujourd’hui et demain) et Saint-Louis et Jeanne-Mance (aujourd’hui seulement).


Au moment de presse, quelques milliers de personnes prenaient toujours part à la septième


 

Avec la collaboration de Marco Bélair-Cirino

26 commentaires
  • Claude Kamps - Inscrit 1 mai 2012 07 h 03

    Le défi des étudiants

    Le défi des étudiants est de démontrer que la solution prise par Charest en est une de facilité et qu'il savait pertinemment bien que les jeunes ne sont pas d'accord, ils sont sorti de la négociation il y a un an pour cause d'intransigeance crasse des «vieux» envers les «jeunes».

    La vraie solution était et est de réduire les dépenses inutiles des universités dans des bâtiments et des recherches inutiles qui ne font que réduire la marge de manoeuvre des administrateurs. Avant de demander plus au «payeurs silencieux» il faut s’administrer comme au 21e siècle et pas avec des privilèges datant du 19e.
    Il est certain que c’est plus facile de décider d’augmenter des frais de scolarité que de contrôler des dépenses d’administrateurs amis qu’on a mit en poste, mais certainement plus maintenant avec les médias sociaux qui ont changer la donne politique.

    • André Michaud - Inscrit 1 mai 2012 10 h 35

      Avez-vous vraiment étudié les offres du gouvernement?

      En faisant passer le plafond à 45,000$ un étudiant toucherait 5,113$ en bourse CHAQUE année. Ce gain est bien plus important que la hausse de 1178$ des droits de scolarité!!

      Cette année un étudiant de ce type doit payer 1270$ pour fréquenter l'Université, en considérant les bourses et crédits d'impôts d'Ottawa et Québec. `A l'issue de la réforme , le même étudiant empocherait plutôt 2,311$ PAR ANNÉE...une différence de 3,581$ en SA faveur.

      Est-ce que les leaders ont vraiment expliqué aux étudiants les immenses avantages de la proposition du gouvernement par rapport au statu quo avec GEL ???

      Et quand en plus on sait qu'à l'université Laval sur 11,700 membres, seulement 449 étudiants on voté et que le vote de grève fut emporté à 55% de ces minimes 449 étudiants..ou est la légitimité des leaders et des votes de grèves.

      M.Charest a plus de légitimité démocratique que les leaders étudiants.,.et a de meilleures solution pour les étudiants..

      Dans TOUT vote de grève, étudiants ou travailleurs il faudrait changer la loi pour que TOUS les membres votent électroniquement...ce serait enfin vraiment démocratique et non pas jouer sur les mots (les absents ont tord etc..)

    • Albert Descôteaux - Inscrit 1 mai 2012 10 h 41

      Les recherches "inutiles" aucquelles vous faites allusion ne sont pas, règle générale, subventionnées à même les budgets de fonctionnement des universités. Ces recherches sont possibles grâce à des octrois provenant d'organismes subventionnaires (en majorité fédéraux). Ces octrois, diffciles à obtenir, sont attribués suite à un processus d'examen par les pairs très serré. Les sommes ainsi obtenues par les professeurs servent notamment à payer des bourses d'étudiants (matrise, doctorat), et à créer des emplois (techniciens, agents de recherche).

      En plus, ces subventions fédérales apportent aux universités québécoises des montants (20% des sommes accordées en subvention) pour couvrir les frais associés aux laboratoires de recherche (électricité, internet, téléphone, gaz, bibliothèques, etc).

      Alors, il est important de bien savoir de quoi on parle avant d'affirmer que: "La vraie solution était et est de réduire les dépenses inutiles des universités dans des bâtiments et des recherches inutiles qui ne font que réduire la marge de manoeuvre des administrateurs."

      Le débat sur les frais de scolarité n'a donc rien à voir avec la recherche qui se fait dans nos universités.

  • Catherine Paquet - Abonnée 1 mai 2012 07 h 47

    Surtout ne pas en parler...

    Chutttt.
    Ne parlez surtout pas de l'étude du professeur Luc Godbout, de l'Université de Sherbrooke, qui démontre que les étudiants sont avantagés par la dernière décision du gouvernement, par rapport à un retour au statu quo.

    • Luc Fortin - Abonné 1 mai 2012 09 h 21

      Vous avez déjà négocié M. Paquet?

    • Christian Stoia - Abonné 1 mai 2012 10 h 32

      De quelle "étude" faites-vous état? Est-ce qu'une apparition sur un plateau de télévision pour un commentaire-minute sur une annonce gouvernementale est une "étude"?

      Et que penser du fait que les ministres proposent d'installer un régime de finances étudiantes qui est si subtil qu'il nécessite l'exégèse d'un "fiscaliste"?

      Est-ce que Luc Godbout a des positions philosophiques par rapport à la question de donner aux étudiants le statut de clients et de débiteurs? (Oui, il s'en tape. Pas nous.)

    • Christian Stoia - Abonné 1 mai 2012 11 h 10

      ... et c'est le même Luc Godbout qui, pour commenter le dépôt du budget de Raymond Bachand, en 2010, avait confié au Devoir : "c'est un budget qui est allé au-delà de mes espérances". (Le Devoir, "À l'assaut du modèle québécois", 31 mars 2010)

      L'économie est une politique. Les fiscalistes rêvent aussi.

    • Catherine Paquet - Abonnée 1 mai 2012 11 h 17

      À Luc Fortin,
      Justement parce que j'ai déjà négocié des ententes collectives avec l'Industrie et participé à des exercices similaires dans le secteur public, je sais et je maintiens qu'il ne faut surtout pas oublier de tenir compte de tous les facteurs, si on ne veut pas essuyer de recul ou de défaite dans une négociaion.

    • Luc Fortin - Abonné 1 mai 2012 12 h 32

      Le peu d'expérience que j'en ai en comparaison de vous

      8;-)

      me laisse croire qu'il a fallu obtenir un mandat avec une liste des des enjeux et revendications en établissant une priorité et importance pour chaque enjeu. Si d'un bord ou l'autre de la table on ne cède pas un peu sur ce qui est important pour l'autre parti on se dirige vers l'affrontement au lieu de la médiation. On a beau faire toutes les démonstrations que l'on veut on aboutira à rien. Il me semble que c'est l'essentiel de la négociation et médiation 101.

      Vous aurez beau citer des milliers de fois l'étude de M. Godbout - pour qui le jupon dépasse avec ses commentaires suite au budget - ça ne changera rien au conflit de personnalités grandement souhaité par le PLQ!

    • SanTang - Inscrit 1 mai 2012 15 h 03

      Les institutions financières aussi le sont. N'est-ce pas?

      Pourquoi enlever d'une main et donner de l'autre? Il serait tellement plus simple de ne rien faire et ça coûterait moins cher au contribuable.

  • Catherine Paquet - Abonnée 1 mai 2012 07 h 51

    Très brillant...

    On propose ici de réduire les dépenses de "recherches inutiles".
    - Y a-t-il âme qui vive qui pourraît décider d'avance si une recherche sera utile ou inutile avant qu'elle ne soit complétée.?
    - Les découvertes et l'avancement de la connaissance sont toujours le fruit de recherches dont forcément on ne connaît d'avance les résultats.

  • Kebekwa - Inscrit 1 mai 2012 08 h 23

    Ces chiffres dont Le Devoir ....

    .... et d'autres médias (dont Radio-Canada dont cdertains des commentateurs devraient afficher leur "carré rouge" tellement ils sont biaisés) ne parlent pas:

    Lu dans une chronique publiéer dans Le Sioleil de Québec ce matin: "Le 12 avril, l'association des étudiants inscrits aux études supérieures de l'Université Laval a convoqué une assemblée générale extraordinaire de ses 11 700 membres pour le 20 avril. La grève était à l'ordre du jour. Seulement 449 étudiants ont répondu à l'appel!
    Ce soir-là, 243 ont voté à main levée pour le retour à la grève, 199 s'y sont opposés, et 7 se sont abstenus.
    Deux cent quarante-trois personnes qui décident du sort de 11 700 étudiants, ça va s'ils sont des élus, mais ce n'est pas le cas ici. Où donc étaient les autres?"

    • Leys - Inscrit 1 mai 2012 10 h 17

      S'il y avait 449 citoyens qui allaient voter aux prochaines élections provinciales et que le Parti Vert l'emportait avec 243 voies, il aurait la légitimité de gouverner. Telle est la démocratie : les absents ont tort.

    • Micheline Gagnon - Abonnée 1 mai 2012 11 h 30

      Cela ressemble aux élections de 2008 où le PLQ a soi-disant obtenu un vote majoritaire...

  • Gilbert Talbot - Abonné 1 mai 2012 09 h 27

    Contre la judiciarisation du conflit étudiant

    Le juge Rolland, juge en chef de la Cour Supérieure du Québec s'est prononcé contre la judiciarisation du conflit, de même que la Ligue des Droits et Libertés. Il était temps. Quand les Droits eux-mêmes sont en conflit, il faut nécessairement que le politique s'en mêle pour dénouer l'impasse. Or le gouvernement Charest fait l'inverse : il profite de l'impasse judiciaire pour brouiller les cartes et forcer les retour en classe, prenant ainsi fait et cause pour que domine le droit individuel, de quelques étudiants contre les droits collectifs d'une assemblée étudiante reconnue qui a voté pour la grève.

    Le ministre de la Justice, Fournier, n'a rien dit à titre de responsable de la Justice au Québec, face à ce déni de justice pour le syndicalisme étudiant. Pourtant, il est le responsable politique de tout ce qui concerne la justice au Québec. Son silence montre bien qu'il est d'abord le petit chien fidèle de son maître Charest, plutôt que le défenseur de la Justice au Québec. Mais ce n'est pas surprenant de sa part; il a déjà démontré par le passé jusqu'à quel point il peut être servile.

    D'après moi, il est tout aussi démissionnable que la ministre Beauchamp.

    • Yves Claudé - Inscrit 1 mai 2012 17 h 17

      Judiciarisation … et criminalisation !

      N’oublions pas que la judiciarisation du conflit étudiant place les divers intervenants du monde scolaire, les enseignants en première ligne, en situation d’être considérés comme des “criminels” potentiels, puisque que les injonctions prescrivent un retour en classe des plus problématique dans les circonstances, sans égard au contexte ni aux impératifs pédagogiques. Il suffit aux requérants des injonctions de retourner au tribunal, pour piéger et criminaliser enseignants, cadres et étudiants, dans une machine judiciaire qui risque de déraper dans une totale illégitimité !

      On a même pu constater, à Sherbrooke, que des enseignants pourraient se trouver en situation d’outrage au tribunal même en reprenant les cours, puisqu’un juge local leur interdit de faire de la “révision” de la matière du cours. Comment effectuer une reprise des cours après des semaines d’interruption sans faire un minimum de révision ? La nouvelle pédagogie imposée par le tribunal de Sherbrooke prescrit une approche qui demanderait à être validée avant d’être imposée par des techniciens de la légalité !

      Yves Claudé