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    Libre de penser

    Vous l’avez deviné, j’ai emprunté mon titre. Il vous est familier, n’est-ce pas ? Ne cherchez plus. Cette magnifique devise s’étale chaque jour sur la page d’accueil du site de votre journal favori. Une formulation intelligente qui exprime avec finesse toute l’essence de cette grande institution journalistique et qui rend hommage à la plus saine des vertus démocratiques : la liberté d’opinion.

    Cependant, à l’heure où chacun s’exprime de tout bord tout côté grâce à l’avènement des nouvelles technologies et des nouveaux médias (souvent qualifiés de médias sociaux), on se rend bien compte que cette liberté d’exprimer ne fait pas forcément l’affaire de tout le monde. En effet, on se rend bien compte aujourd’hui que la libre circulation des opinions dérange énormément les pouvoirs publics, les grandes institutions économiques, publiques ou privées. On éprouve encore beaucoup de difficultés à s’adapter à cette nouvelle réalité de « haute surveillance » et de transparence exigée.


    Pour s’en convaincre, il suffit de voir avec quel acharnement et souvent quelle maladresse certains tentent de nous expliquer que ces nouveaux comportements sont nocifs. Qu’ils sont un frein à l’entrepreneuriat, qu’ils détournent l’attention nécessaire à l’accomplissement de « choses importantes » vers des choses plus futiles. Qu’ils engendrent des conflits générationnels dangereux pour le bien-être de la société. Autrement dit, on nous veut bien libres de penser, mais surtout tenus de nous la fermer!


    Alors, paradoxe des paradoxes, en 2012, on aime de moins en moins la liberté d’opinion. Ou plutôt on feint de l’aimer. Car le déclarer serait trop conséquent.


    En fait, ces déclarations émanent le plus souvent de ceux qui n’ont pas prévu l’importance que prendraient les médias sociaux dans la gouvernance de leurs entreprises. Ni habitués à rendre des comptes à qui que ce soit ni tenus de le faire, les grands dirigeants d’entreprise, tout comme les chefs d’État, n’ont jamais eu auparavant, à composer avec une telle « menace ». Cela a beau les irriter, on peut le comprendre, ils n’ont plus le choix - l’histoire est en train de le démontrer sur le plan politique, elle le fera demain sur le plan de l’entrepreneuriat.

     

    Réveil des intellectuels


    « Bonjour l’ambiance », ai-je entendu de la bouche de certains de mes collègues devant la situation, certes empoisonnée, que nous vivons actuellement dans la tempête de la crise de la hausse des droits de scolarité et la grève des étudiants.


    Hormis les inconvénients majeurs que cette crise occasionne et les répréhensibles gestes de violences qu’elle entraîne - que je condamne moi aussi -, je ne trouve pas forcément que cette crise soit néfaste sur tous les aspects. Sur le plan de l’échange des idées et opinions qu’elle suscite sur les médias sociaux et du formidable débat qu’elle engendre sur l’ensemble des tribunes médiatiques plus traditionnelles, je constate au contraire que, hormis quelques agitateurs populistes, partisans patentés, beaucoup soulèvent de très bonnes questions.


    Des écrivains, des journalistes renommés de médias indépendants ou non, des artistes, mais aussi des professeurs, des étudiants, des fonctionnaires ou anciens commissaires, des politiciens, des syndicalistes et plus merveilleusement de très nombreux citoyens, occupent désormais une place que je trouve personnellement très salutaire pour la démocratie québécoise. Que cela plaise ou non au gouvernement.


    Le débat sur l’éducation publique, au sujet duquel M. Charest prétend « qu’on s’est entendu là-dessus, il y a 20 ans et qu’on n’a pas à y revenir », est au coeur des réflexions.


    Et curieusement, le débat s’élève, et là où on s’attendait à une foire d’empoigne entre des protagonistes des deux positions, on arrive vite à certains consensus : la véritable réflexion sur l’éducation n’a pas eu lieu, ou alors pas suffisamment et surtout, ce qui était vrai il y a 20 ans ne l’est plus du tout aujourd’hui. Il faut revoir sa copie.


    Beaucoup s’entendent aussi sur le fait que l’attitude actuelle du gouvernement est néfaste pour l’ensemble de la collectivité, d’autant que ce gouvernement arrive en fin de mandat. Simplement parce qu’elle pourrait être interprétée comme une stratégie électorale servant à masquer autre chose.


    Soulignons enfin que, dans une grande majorité, les étudiants démontrent une maturité lucide, citoyenne et responsable, nous laissant entrevoir, qu’au sortir de l’université, ils seront prêts demain à prendre la relève.


    Devant la démocratie, disait Coluche, nous ne sommes pas tous égaux ou alors certains sont « plus égaux que d’autres ». Les libres penseurs reprennent l’espace et la rue. Faut-il y voir les signes d’une révolution pacifique et citoyenne de plus grande envergure ?


    La « e-révolution tranquille », cela vous dit quelque chose ?


    ***
     

    Jean-Jacques Stréliski est professeur à HEC Montréal et spécialiste en stratégie de l’image.













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