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    Alexis Martin, acteur malgré lui d’un mauvais film policier

    Le comédien a été arrêté dans la confusion entourant la fin d’une manifestation étudiante

    28 avril 2012 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Alexis Martin : « On est en face d’autorités qui ont oublié sur quoi le Québec s’est bâti, c’est-à-dire le compromis et la discussion. »
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Alexis Martin : « On est en face d’autorités qui ont oublié sur quoi le Québec s’est bâti, c’est-à-dire le compromis et la discussion. »
    Le comédien Alexis Martin venait de voir un vieux western des années 1950 en compagnie de son ami Jacques L’Heureux lorsqu’il a décidé de rentrer chez lui à pied. Arrêté au détour d’une manifestation étudiante près de Saint-Laurent, il s’est retrouvé acteur malgré lui dans une scène d’un mauvais film policier… qui n’avait rien d’une fiction.

    Il était minuit moins quart. L’ordre de dispersion venait d’être donné à une soixantaine de manifestants qui marchaient pacifiquement. « Je parlais à des étudiantes et tout le monde s’est soudainement mis à courir, les policiers aussi », a raconté Alexis Martin en entrevue au Devoir.


    Un agent antiémeute lui aurait permis de quitter le groupe, mais dans la cohue, il s’est retrouvé menotté aux côtés d’un groupe de manifestants, après avoir été frappé à l’abdomen et au bras et fouillé de fond en comble. « Ils ont joué le grand jeu. Ils étaient très nombreux pour le nombre qu’on était. Les gens n’avaient rien de menaçant », a-t-il expliqué. Il a ensuite été transporté par autobus jusqu’à Saint-Léonard, où il a été détenu pendant plus de trois heures.


    Beau joueur, le dramaturge au sein du Nouveau Théâtre expérimental reconnaît qu’entre les blagues de mauvais goût et les injures — « ostie de comédien » — d’agents maladroits, les policiers ont fait leur travail. « Je ne veux pas surdramatiser, il y avait des [policiers] qui étaient corrects et qui ont répondu à mes questions », a-t-il souligné. « Je comprends leur stress, et je ne la voudrais pas leur job, mais je pensais qu’ils étaient mieux préparés. Il y a eu quelque chose de court-circuité. Eux-mêmes ne sont pas à l’aise avec ce qu’ils font. Ou ils ne sont pas assez bien formés. Mais il faut qu’ils comprennent qu’ils sont dans une société de droit. »


    Au final, ce sont les étudiants qui ont le plus impressionné le comédien des séries Apparences et Les Parent. « Je les ai trouvés extrêmement articulés, très calmes et plein d’humour », a-t-il dit, déplorant qu’ils soient trop souvent sous-estimés. « On a affaire à une cohorte de jeunes des plus articulés et politisés. J’étais avec ces jeunes-là de 19-20 ans et on avait des discussions d’un bon niveau sur la démocratie. Ils ont même défendu le travail des policiers, en disant que ce n’était pas facile pour eux et qu’il y avait de hauts taux de suicide dans la profession. J’ai trouvé ça admirable », a-t-il noté.


    Impasse et gratuité


    Il comprend difficilement comment le conflit en est arrivé à une telle impasse. « Ce qui est important, c’est le conflit étudiant, et les étudiants ont des porte-parole admirables. On est en face d’autorités qui ont oublié sur quoi le Québec s’est bâti, c’est-à-dire le compromis et la discussion. La démocratie, c’est une démocratie de participation, et quand elle s’exprime, on dirait que les autorités sont débordées par ça. Au lieu de s’asseoir et de discuter, ils trouvent des prétextes pour dramatiser ce qui se passe. Mais ce sont eux, les responsables de la violence. Et la police tombe complètement dans le piège », a soutenu M. Martin. « Il y a une tradition au Québec et même dans les pires crises : Robert Bourassa avait toujours laissé sa porte ouverte. Ça devrait pourtant être facile de se parler ici. »


    Cette expérience somme toute anecdotique lui a permis de pousser sa réflexion sur l’éducation. « Je suis un tenant de la gratuité scolaire. Je trouve qu’on a les moyens comme société, mais on ramène toujours ça à un cul-de-sac idéologique. On a réussi à massivement éduquer le Québec parce qu’on a massivement investi. Et c’est ce qui nous a enrichis au bout du compte », a-t-il rappelé. « Mme Beauchamp n’est pas la ministre de l’Éducation du Minnesota. Ici, on est dans le foyer national, des Canadiens français, des Québécois, peu importe comment on les appelle. On ne peut pas dire qu’on veut assurer la survivance d’un peuple et d’une culture sans faire un cas très spécial de l’éducation, sans en faire un poste budgétaire hors norme. »


    Le père de famille en lui s’indigne « du tissu social qui se dégrade ». « Je dirais à mes enfants que la démocratie existe seulement si on y participe. Il faut se mobiliser, s’engager. Il ne faut pas rester en dehors du jeu électoral », a-t-il insisté. « Je regarde les Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin : ils sont tellement articulés et sereins. Je suis super fier d’eux, super fier de ce Québec-là. C’est le temps d’investir pour eux d’investir la sphère politique. Il faut que les jeunes s’emparent du système », a-t-il lancé, admiratif.


    Alexis Martin a finalement été relâché du 7700 Langelier au petit matin, une contravention de 146 $ en poche. En hélant un taxi, il est tombé sur deux camarades de détention, des étudiants en génie qui voulaient partager le lift. « On aurait dit des enfants de choeur. Je les ai déposés à une intersection du centre-ville avant de continuer jusque chez moi. Ils ont insisté pour payer leur course et m’ont donné 20 piastres », a-t-il raconté, visiblement touché du geste. « Comme terroristes, on a vu pire. »

     
     
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