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    La jeunesse qui pousse le Québec à la maturité

    Face à l’échec du modèle d’autorité néolibéral, les «Y» avancent une vision humaniste à long terme

    28 avril 2012 | Catherine Lalonde | Éducation
    Les leaders étudiants Jeanne Reynolds, Gabriel Nadeau-Dubois et Léo Bureau-Blouin seraient devenus les porte-parole d’une jeunesse forcée de pousser le Québec vers une plus grande maturité.
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Les leaders étudiants Jeanne Reynolds, Gabriel Nadeau-Dubois et Léo Bureau-Blouin seraient devenus les porte-parole d’une jeunesse forcée de pousser le Québec vers une plus grande maturité.

    Dans le coin droit, la valse-hésitation du gouvernement. Les prétextes pour ne pas aborder la hausse des droits de scolarité, nerf de la grève. L’ergotage sémantique sur la violence, la façon de réfuter la complexité du dossier, de nier les regards nuancés, la condescendance. Dans le coin gauche : les jeunes. Pas censés penser plus loin que demain, ils se battent, disent-ils, pour les futurs enfants. Ils refusent la division, restent solidaires et démocratiques, incarnent entièrement leur idéologie. Sonneraient-ils l’âge de raison du Québec, qu’on a dit si longtemps adolescent ?


    Nicolas Lévesque est philosophe et fils de philosophe, psychologue et psychanalyste. Il dirige la collection « Nouveaux essais spirale » des éditions Nota bene. En 2009, il y publiait (…) Teen Spirit. Essai sur notre époque, une analyse de l’esprit adolescent, pas encore adulte, de notre société. Il y prône la fin du cynisme, la beauté du vieillissement de la pensée. « On associe souvent le fait de devenir adulte avec la tendance à se caser, s’écraser dans le confort, y écrit-il, alors que c’est précisément le contraire : c’est faire éclater les cases, déployer toute son énergie, vivre l’inconfort, la fatigue, le temps qui manque, ne plus attendre de correspondre à une catégorie et se frayer un chemin particulier, incomparable, comme un fou, comme un sage […]. » Questions-réponses avec l’auteur sur la crise actuelle.


    Comment lisez-vous la crise actuelle ?


    Je pense que nous sommes à la fin du teen spirit, à son dernier trait. Comme si nous vivions l’aboutissement de la crise d’adolescence qui ouvrira le Québec à l’âge adulte. Comme si nous passions, tel que le disait Miron, de l’âge de la parole à l’âge de la réflexion. Ce qui est évident avec la crise étudiante, c’est que le modèle d’autorité présenté par le gouvernement est dépassé. On sait que ce ne sont plus nos dirigeants qui prennent les décisions, que les structures sociales sont déréglées. Que l’idéologie néolibérale, capitaliste, économiste, roule toute seule. Le gouvernement y est soumis, ni souverain, ni autonome. On a élu des êtres humains au pouvoir, avec un jugement, et les voilà qui se fient seulement à des statistiques, des études de marché, des chiffres. Au lieu de dire aux jeunes et à la CLASSE de cesser de jouer le jeu de l’intimidation, on pourrait demander au gouvernement de cesser d’être intimidé par les pouvoirs financiers.

     

    La génération Y des 18 à 34 ans, qu’on croyait apolitique et individualiste, est-elle plus adulte que ses prédécesseurs ?


    Elle montre au monde la colère refoulée des «X», dévoile que ceux-ci n’étaient que la première génération à avoir frappé le mur invisible d’un capitalisme nouveau, radical, incontournable. Les «Y» se heurtent aujourd’hui à ce mur, mais de manière active. Ils le rendent visible, en révèlent les formes : une grosse machine à sous qui a pris le contrôle de la société, de toutes ses institutions - universités, hôpitaux, partis politiques. Les étudiants ont des idées humanistes, se mobilisent au nom de la prochaine génération. Ils ont une impressionnante vision à long terme. Le gouvernement, lui, ne montre pas de patience. Il regarde les choses à la pièce, pense à la remise de la session ou aux conséquences pour cet été, au mieux à la fin de son mandat. L’éducation envisagée à court terme, c’est franchement terrible. À l’âge qu’ont les étudiants, c’est dur de leur demander d’être plus matures que le gouvernement.

     

    Peut-on demander au gouvernement d’être « plus mature » ?


    Ce qu’on voit finalement, c’est que nos dirigeants sont des pions. Des enfants qui jouent. Ça serait beau que Jean Charest se lève un matin en disant « je suis tanné de recevoir des téléphones de Power Corporation, des minières et des pétrolières ». Je pense que nos dirigeants ne voient même pas le « big picture », hypnotisés par leurs rôles. Ce sont des grenouilles qui se pensent plus grosses que le boeuf. Résultat : des enfants en position d’autorité, face à des enfants obligés de vieillir trop vite. Si, comme jeune, tu as ce poids sur les épaules, et qu’en plus tu te fais traiter de petit merdeux d’individualiste qui écoute juste son iPod, ben oui, tu vas avoir envie de péter des vitrines. L’impasse que les jeunes dévoilent avec la violence existe bel et bien. Ce qui est scandaleux de Charest et Beauchamp, c’est qu’ils nient cette impasse. On revit le Titanic. Le problème actuel, c’est que les jeunes ne voient pas pour qui voter pour que ça change. C’est là que la démocratie ne marche plus, si tous les partis sont financés par cette idéologie néolibérale.

     

    Comment rétablir le dialogue entre ces valeurs et ces générations si différentes ?


    Je ne pense pas qu’il y ait de dialogue possible présentement. Simplement. Les jeunes voient cette société complètement colonisée par un système externe. Les autorités sont en déni. La CLASSE a raison de n’accepter aucune solution facile. Je pense qu’elle devrait être plus radicale encore dans le discours et la philosophie, et moins dans les gestes, et dire que c’est tout le système qu’il faut repenser : la santé, l’éducation, le politique. C’est le temps d’aller jusque-là. Même si les étudiants gagnaient maintenant, ça serait une économie de bouts de chandelle. Ils n’ont pas résisté jusque-là pour retirer un petit 1000 $. Ce serait une immense défaite. Il faut leur dire qu’ils sont en train de changer le monde. Et qu’on va les aider. Qu’on va leur donner les outils pour changer la société. On ne peut pas s’excuser en disant « oui mais, moi j’ai payé des droits de scolarité, qu’ils les paient eux aussi », ce ne serait qu’un signe d’amertume. C’est vraiment mal vieillir que de ne pas vouloir que les jeunes aient une meilleure vie que nous. Il faut toujours souhaiter que nos enfants nous dépassent.

     
     
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