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L'UQAM ne remboursera pas les étudiants

Il n'y aura pas de remboursement si l'université est contrainte d'annuler les cours

27 avril 2012 | Lisa-Marie Gervais | Éducation
Le conflit étudiant s’enlise et les universités en sont à revoir leurs scénarios de retour en classe. L’Université du Québec à Montréal (UQAM) envisage d’annuler des cours sans rembourser les étudiants, a appris Le Devoir. « Il n’y a pas de remboursement parce que ce n’est pas nous qui ne sommes pas en mesure de donner le cours, ce sont les étudiants qui ne sont pas venus au cours. C’est un boycott », a dit Jenny Desrochers, porte-parole de l’UQAM.

Elle précise toutefois qu’il n’y aura annulation qu’en cas de non-disponibilité des ressources humaines et matérielles. Les professeurs, chargés de cours ou techniciens de laboratoire peuvent, par exemple, avoir des engagements qui ne leur permettent pas d’être présents au moment de la reprise. « Pour l’instant, on n’a pas encore d’annulation. On a la collaboration des professeurs qui veulent contribuer à la prolongation et que tout fonctionne bien », a-t-elle ajouté.

Le secrétaire du syndicat des professeurs de l’UQAM, Pierre Lebuis, s’étonne de cette mesure. « Je suis vraiment un petit peu surpris de voir que par-delà ce qui est déjà prévu dans le protocole, que l’UQAM propose une interprétation que je n’ai pas vu passer nulle part, a-t-il noté. C’est une malheureuse initiative de laisser entendre cela. J’ose croire que ça ne fait pas partie d’une vaste stratégie pour décourager les étudiants de faire la grève. »

Selon l’avocate et professeure à l’Université Laval Michelle Cumyn, « l’université pourrait toutefois refuser de rembourser l’étudiant si elle parvenait à établir que l’inexécution lui est imputable. Pour cela, il faudrait qu’elle apporte la preuve que l’étudiant a participé au boycott », ce qui serait concrètement difficile à établir, a-t-elle analysé.

Dans d’autres universités touchées par la grève, on préfère parler de suspension des cours. « Nous en sommes à faire l’inventaire [des disponibilités des enseignants]. Si la grève finit et on s’aperçoit qu’on n’est pas capable de fournir l’enseignement de qualité d’ici la fin juin, le comité exécutif m’a octroyé les pouvoirs de suspendre les cours touchés par la grève », a dit Bernard Garnier, vice-recteur aux études à l’Université Laval. Les cours seraient repris sans frais en août ou reportés en janvier 2013, quitte à ce que deux cohortes se chevauchent. « On sait que c’est très pénalisant pour les étudiants qui devront attendre un an. Mais c’est ultime comme scénario », a dit M. Garnier.

 

Recevoir deux cohortes sur les bancs d’école ne semble pas être un problème. « Dans les groupes où il n’y a que 40 étudiants, on pourrait en mettre jusqu’à 70, par exemple. C’est pas évident pour le professeur », a-t-il reconnu, en soulignant toutefois que les relations sont très bonnes avec le corps professoral de l’Université Laval. L’Université de Montréal envisage aussi de devoir reporter des cours à l’hiver 2013. « Dans quelle mesure c’est faisable, la double cohorte ? Je ne peux pas le dire, ça demeure hypothétique », a dit Flavie Côté, porte-parole de l’UdeM.

Pour l’instant, les trois universités estiment que les cours pourront être rattrapés d’ici le 22 juin, ce qui ajoute huit semaines supplémentaires à la session d’hiver. Et dans tous les cas, les contrats des chargés de cours, qui venaient à échéance ces jours-ci, ont été honorés malgré la grève. Ceux-ci devront être réembauchés lors de la reprise, ce qui ajoute aux coûts de la grève. « On va devoir les payer en plus pour leur nouveau contrat », a confirmé M. Garnier de l’Université Laval, en précisant que les besoins sont en train d’être évalués.

À l’UQAM, il est possible que des chargés de cours puissent remplacer des professeurs qui seraient dans l’impossibilité d’enseigner. « On va les réengager à forfait en tenant compte de leurs disponibilités. Ça va être un défi », constate Mme Desrochers de l’UQAM, sans pouvoir confirmer le nombre de chargés qui devront être rappelés. Les dernières données datant de janvier 2011 recensaient environ 2000 chargés de cours dans sept facultés.

Les sessions d’été ne sont pour l’instant pas annulées dans ces trois universités. Toutefois, à l’Université Laval, Bernard Garnier ne croit pas que les cours d’été pourront avoir lieu si la grève n’est pas terminée et que les piquets de grève se poursuivent. « La session commence le 30 avril. On ne va pas lancer un cours en sachant qu’il va être piqueté et qu’il n’y aura personne. Je vais peut-être devoir retirer de l’horaire certains cours et par conséquent, je ne signerai pas de nouveaux contrats avec les chargés de cours. Le point reste à faire », a-t-il conclu.
 
 
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