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    Finalement, Beauchamp discute

    Le ministre s'assoit avec toutes les associations d'étudiants en grève

    24 avril 2012 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
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	La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, en conférence de presse à Québec, hier. Elle a annoncé qu’elle se donnait 48 heures pour voir si un blitz de discussions avec les étudiants pouvait débloquer l’impasse.</div>
    Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger
    La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, en conférence de presse à Québec, hier. Elle a annoncé qu’elle se donnait 48 heures pour voir si un blitz de discussions avec les étudiants pouvait débloquer l’impasse.
    C'est l'espoir le plus sérieux d'une sortie de crise. Des discussions pour mettre fin au conflit qui dure depuis 11 semaines entre les étudiants et le gouvernement ont commencé hier en fin de journée à Québec entre la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et les trois grandes organisations étudiantes. La ministre se donne 48 heures pour voir si un blitz de discussions peut débloquer l'impasse. Pendant ce temps, elle invite à une trêve sur le terrain.

    Au menu des pourparlers ? Refusant d'exposer leur stratégie sur la place publique, les étudiants donnent l'assurance que la question des droits de scolarité sera abordée. Sont-ils prêts à accepter une certaine hausse, mais qui serait, par exemple, moindre que ce que propose le gouvernement ? « S'il y a des propositions sérieuses qui touchent aux droits de scolarité, on va les soumettre à nos membres », a indiqué Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ). « On n'arrive pas avec l'espoir de tout régler en 48 heures, mais on peut faire un premier déblayage. »

    Hier matin, prenant acte de la condamnation de la violence faite par la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), la ministre Beauchamp avait indiqué qu'elle allait recevoir les trois organisations étudiantes à sa table, mais à la condition que celles-ci respectent une trêve. « S'ils viennent à table, je prends pour acquis qu'ils auront compris et qu'ils endosseront le fait qu'il ne devra pas y avoir aucune perturbation économique et sociale », a signifié la ministre Beauchamp aux étudiants.

    La présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), Martine Desjardins, a quant à elle soutenu qu'il était « normal », devant l'« ouverture de la ministre », d'accepter les conditions du dialogue. Selon elle, l'endurance des étudiants en grève, la pression faite par les administrations des cégeps et universités, la condamnation de la violence par la CLASSE ainsi que la moquerie de Jean Charest lors du Salon Plan Nord sont quelques raisons qui ont facilité la tenue d'un dialogue.

    Quant à la CLASSE, elle n'a pas accepté d'emblée la demande de trêve de la ministre, rappelant qu'elle n'a pas le pouvoir de décréter une telle trêve sans retourner en congrès pour consulter ses associations. « On a trouvé maladroit de la part de la ministre Beauchamp de répéter l'erreur en nous demandant de manière précipitée quelque chose qu'on n'a pas les moyens de faire, à savoir déclarer une trêve de 48 heures », a lancé Gabriel Nadeau-Dubois, l'un des porte-parole. Mais, heureux hasard, la CLASSE n'avait pas prévu d'action de ce type « dans les 48 prochaines heures ». Il y aura toutefois une manifestation mercredi à un lieu et à une heure qui sont encore à déterminer.

    Concernant les cégeps et les universités, la ministre Beauchamp a demandé le statu quo. « Dans les établissements où il y a eu injonction et où le responsable a décidé de fermer les portes, je ne demande pas à les ouvrir », a dit la ministre. Elle souhaite par ailleurs qu'aucun vote de grève ne soit tenu dans les associations et que soient toujours donnés les cours qui le sont déjà. À ce sujet, le cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui devait rouvrir ses portes après avoir obtenu une injonction, a décidé de suspendre ses cours jusqu'à jeudi. Les étudiants de l'UQO ne doivent pas se présenter en salle de cours, et ce, jusqu'à vendredi inclusivement, a fait savoir la direction de l'établissement. À l'Université de Sherbrooke, les professeurs se sont pliés hier à une injonction obtenue la semaine dernière par un groupe d'étudiants. Ils étaient au rendez-vous dans les salles de cours, mais devant une poignée d'étudiants.

    Réactions nuancées

    La Fédération des cégeps se réjouit de l'établissement d'un dialogue. «On est satisfait non seulement qu'il y ait dialogue, mais, en plus, de voir que les parties comprennent qu'il y a un sentiment d'urgence. Ça nous sourit», a déclaré au Devoir, le président-directeur général de la Fédération, Jean Beauchesne. Il a rappelé que trois établissements avaient annulé leur session d'été et que la situation est «catastrophique » dans sept autres, dont certains sont susceptibles de reporter la fin de la session d'hiver à l'automne. Selon M. Beauchesne, il sera possible d'éviter le report des sessions à l'automne si les enseignants des cégeps collaborent. Une rencontre est prévue à ce sujet cet après-midi.

    La reprise est préoccupante et, oui, les enseignants des cégeps collaboreront. Mais pas à n'importe quel prix, a souligné le président de la Fédération nationale des enseignants (FNEEQ-CSN), Jean Trudelle. «On ne va pas se montrer fermés à tout aménagement. On a à coeur la réussite de nos étudiants, mais, en même temps, il n'est pas question qu'on fasse les frais d'une situation dont le gouvernement est au courant depuis longtemps et qu'il a laissée se dégrader», a-t-il affirmé. Il note toutefois l'amertume des enseignants à l'égard du gouvernement Charest et envers la façon dont il a géré la crise. « C'est clair que si les choses n'évoluent pas positivement, on va être pris avec cette colère-là, et ça n'augure rien de bon pour d'éventuelles négociations », a-t-il ajouté.

    Une condamnation « ambiguë »

    Tôt hier matin, la CLASSE a expliqué plus en détail la résolution adoptée par ses membres en congrès dimanche sur la question de la violence. Elle a d'abord longuement insisté sur la poursuite des actions de désobéissance civile, comme le piquetage, les manifestations, les sit-in et les occupations de lieux. «On annonce plus que jamais notre adhésion à ces principes utilisés par les différents mouvements syndical, féministe, communautaire et de lutte pour les droits civils comme aux États-Unis. Ce sont ces moyens qui ont permis au Québec de faire une société un peu plus juste et égalitaire et nous sommes porteurs de cet héritage québécois de lutte », a noté M. Nadeau-Dubois.

    Mais sont publiquement condamnées « les actions de violence délibérées qui posent des risques à l'intégrité physique des personnes », a dit M. Nadeau-Dubois, en donnant l'exemple des bidons d'essence aux résidences personnelles de certains ministres et le lancer de pavé de pierre sur l'autoroute 720, comme ce fut le cas lors de l'émeute de vendredi dernier. La CLASSE a par ailleurs hésité à condamner le vandalisme, comme le bris des vitres au Palais des congrès. « L'intégrité matérielle est moins condamnable », a dit Jeanne Reynolds, l'autre porte-parole. Pour le reste des actes de violence, les condamnations se feront au cas par cas.

    La ministre de l'Éducation a qualifié hier cette déclaration d'« ambiguë, complexe, soufflant le chaud et le froid ». Elle a néanmoins invité les quatre représentants de la CLASSE à venir s'asseoir avec elle pour ouvrir le dialogue, ainsi que deux membres de la FECQ et trois de la FEUQ. « Le fait qu'on ait dû attendre plusieurs semaines et aussi les sept dernières journées pour que la CLASSE condamne l'usage de la violence et le fait que la résolution adoptée tolère le principe du non-respect de nos lois amènent plusieurs à conclure que la CLASSE trouve profit dans les situations de perturbations sociales et économiques », a-t-elle dit. D'où l'exigence de trêve.
     
     
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