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    Grève étudiante - L'urgence d'agir

    Pour une commission Castonguay-Rocher

    24 avril 2012 | Alain-G. Gagnon - Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes de l'UQAM | Éducation
    Au moment où le Québec vit la plus grave crise politique depuis les événements d'octobre 1970, il nous faut relever la tête et trouver des avenues de solution à ce qui ressemble de plus en plus à un choc des valeurs entre le gouvernement de Jean Charest et la jeunesse québécoise.

    Le temps est venu pour Jean Charest d'assumer pleinement son rôle de premier ministre plutôt que d'agir comme un amuseur public. Je ne vois pas comment le premier ministre ou sa ministre de l'Éducation pourraient sortir le Québec de l'impasse compte tenu de la désinvolture avec laquelle ils ont mené le dossier au cours des dix dernières semaines. La meilleure façon de ramener la paix sociale et le calme dans les campus serait à mon avis de mettre sur pied une commission d'enquête sur le financement des universités et sur l'accès à l'enseignement postsecondaire.

    Je peux imaginer deux chefs de file à la tête de cette commission, deux acteurs dont les années de service et la compétence sont reconnues par tous les secteurs de la société québécoise. Il s'agit de l'ancien ministre libéral Claude Castonguay et du sociologue Guy Rocher, qui a siégé à la commission Parent et dont les travaux dans le domaine de l'éducation sont une référence incontournable.

    Les derniers mois nous ont permis de prendre la mesure des changements majeurs au chapitre de la nouvelle gouverne de l'État québécois. Nous nous sommes engagés, il me semble, sur une pente glissante pouvant mener à un État de plus en plus répressif où le droit de manifester est trop souvent bafoué par le pouvoir en place. Sommes-nous en voie de perdre ce que nous avons de plus cher, soit notre liberté de nous opposer à des orientations gouvernementales qui nous paraissent injustes et déraisonnables ?

    Depuis l'obtention de son premier mandat en 2003, le gouvernement Charest a été forcé à maintes reprises de reculer sous la pression de groupes sociaux, de centrales syndicales et d'organismes populaires. Il s'agit d'un gouvernement qui promeut les concepts de l'utilisateur-payeur et de l'économie de marché sans contrainte.

    La grève étudiante offre un exemple probant de plusieurs travers qu'il faut urgemment redresser pour ne pas laisser s'effriter des droits acquis de longue lutte au Québec.

    Des reculs historiques

    La Révolution tranquille tire son inspiration de trois grands principes : la solidarité, l'égalité et la transparence. Or, ces trois principes sont malmenés dans plusieurs pays de démocratie libérale et au Québec en particulier. Les forces vives du Québec ont résisté à plusieurs tentatives de limiter l'accès à l'enseignement universitaire et de réduire les droits sociaux.

    Au cours de la dernière décennie, divers mouvements de protestation ont forcé le gouvernement Charest à reculer dans les dossiers des gaz de schiste, de la centrale du Suroît, de la privatisation de Mont-Orford et de la Commission d'enquête sur la corruption. Cela témoigne de la capacité mobilisatrice de la société civile et de sa volonté de faire advenir des projets porteurs.

    Bataille herculéenne

    Le mouvement étudiant a aujourd'hui une telle résonance publique au Québec qu'il constitue un refus clair de la jeune génération des nouvelles conditions (utilisateur-payeur, économie de marché, étiolement du filet social, réduction du choix de cours en fonction de la rentabilité, etc.) que cherche à imposer le gouvernement du Québec. Ces nouvelles conditions entrent toutes en collision avec le modèle proposé par ceux qui ont porté le projet de la Révolution tranquille.

    Viennent à l'esprit les Paul Gérin-Lajoie (projet de gratuité scolaire, commission Parent), Jean Lesage et René Lévesque (égalité linguistique, commission Gendron), Claude Castonguay (santé, commission Nepveu), Jean-Paul L'Allier (Culture et Communications) et plusieurs autres acteurs.

    Dans le sillon des mobilisations étudiantes ayant permis au Québec de valoriser et de faciliter l'accès aux études universitaires, la présente mobilisation constitue une bataille presque herculéenne. Les chefs de file du mouvement étudiant démontrent une force de caractère et une détermination jamais vues à ce jour.

    Les résultats de leur bataille, notre bataille à tous, seront à la hauteur de leur capacité de convaincre toutes générations et classes sociales confondues du bien-fondé de porter plus avant les principes de solidarité et d'égalité. Ces principes qui sont le fondement même de la Révolution tranquille exigent le soutien de tous.

    Honneur à sauver

    La création d'une commission d'enquête sur le financement des universités et sur l'accès à l'enseignement postsecondaire — le noeud du problème — permettrait aux étudiants de faire valoir leur cause tout en défendant leurs idéaux de façon ouverte au sein des institutions établies plutôt que d'être forcés de mener le combat dans la rue au péril de leur intégrité physique. En outre, la ministre Beauchamp, qui souhaite lancer un débat plus large sur la gestion et le financement des universités, pourrait sauver son honneur, du moins ce qui lui en reste.

    Enfin, il est essentiel d'élever le débat en invitant des personnalités, comme Messieurs Castonguay et Rocher, qui sauront reconstruire le lien de confiance essentiel à toute amorce de dialogue. La création de la commission, accompagnée d'un moratoire sur la hausse des droits de scolarité (la proposition Castonguay), ferait en sorte de ramener le calme et de permettre aux étudiants de suspendre leur grève.

    Il y a urgence d'agir.

    ***

    Alain-G. Gagnon - Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes de l'UQAM
     
     
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