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    Concordia - Le nouvel entrepreneuriat s'oriente vers les nouvelles technologies

    «Grâce à des entrepreneurs bien formés, Montréal a tout ce qu'il faut pour devenir une Silicon Valley!»

    21 avril 2012 |Claude Lafleur | Éducation
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	Les entrepreneures réussissent souvent mieux que leurs homologues masculins.</div>
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir
    Les entrepreneures réussissent souvent mieux que leurs homologues masculins.
    On estime que 97 % des entreprises existantes sont de petite ou moyenne taille. De plus, c'est en très grande majorité les PME qui font travailler les gens — qui créent aussi les emplois — et non les grandes entreprises. Pourtant, on ne s'intéresse généralement qu'à ces dernières. Les PME et les entrepreneurs qui les animent font ainsi l'objet de peu d'études et d'analyses, relate le professeur Bakr Ibrahim, de l'École d'administration John-Molson de l'Université Concordia. Pour remédier à cette étonnante carence, il a créé le Centre d'études sur la petite entreprise et les entrepreneurs.

    «L'entrepreneuriat et la petite entreprise sont les moteurs du développement économique de toute collectivité, insiste Bakr Ibrahim. Et, à Montréal, c'est encore plus vrai qu'ailleurs puisqu'ici, ce sont plus de 97,5 % des entreprises qui sont de petite taille. Or, curieusement, peu de mes collègues s'intéressaient à elles.»

    D'origine égyptienne, Bakr Ibrahim s'est installé à Montréal — une ville que son épouse, d'origine européenne, et lui adorent — afin d'observer de près le rôle et l'impact des PME. «Dans mes travaux, je compare les PME montréalaises avec ce qui se passe aux États-Unis et en Europe, dit-il. Je cherche à comprendre ce qui les anime, leurs besoins, leurs défis, leurs préoccupations, etc. Je m'intéresse particulièrement à l'influence qu'elles ont sur le développement économique de la collectivité.»

    En outre, M. Ibrahim anime une clinique de l'entrepreneuriat où ses étudiants et lui conseillent les nouveaux entrepreneurs, notamment en les aidant à définir leur stratégie d'affaires. «Nous leur montrons entre autres à élaborer un bon plan d'affaires avant de se lancer en affaires, ce qui est très important», insiste M. Ibrahim.

    Un monde en évolution

    Le développement économique de Montréal a longtemps reposé sur les marchands et les manufacturiers — secteurs qui ont décliné ou migré vers le bassin du Pacifique. En conséquence, Bakr Ibrahim observe que, depuis une vingtaine d'années, l'entrepreneuriat s'est orienté vers les nouvelles technologies et le secteur des services.

    «Les entrepreneurs ont bien changé, ces quinze ou vingt dernières années, dit-il. Auparavant, il s'agissait surtout de solitaires qui faisaient leurs petites affaires, tandis que les entrepreneurs d'aujourd'hui sont habitués à collaborer. Ce sont des jeunes, bien formés, qui pensent à travailler en équipe. Ils fondent leur entreprise en équipe. Ils sont aussi plus enclins à consulter, à rechercher de l'aide, plutôt qu'à tout faire seuls.»

    Souvent, il s'agit d'ingénieurs qui ont une bonne idée de départ. «Ils sortent de l'université ou d'une école polytechnique avec une idée en tête et ils veulent passer à l'action en fondant leur propre entreprise», cons-tate le professeur.

    Une toute autre gamme d'entrepreneurs qu'il observe en outre, ce sont les femmes. «Souvent, il s'agit d'administratrices chevronnées qui ont grimpé les échelons de l'entreprise où elles travaillaient, jusqu'à la vice-présidence, mais qui se sont un jour butées sur le "plafond de verre". Voyant qu'elles n'iraient pas plus loin, elles ont décidé de créer leur propre entreprise.» M. Ibrahim observe que ces entrepreneures réussissent souvent mieux que leurs homologues masculins. «Elles savent gérer les ressources dont elles disposent, constate-t-il. Elles ont de l'expérience de gestion, évaluent correctement les risques, etc. Ce sont des administratrices compétentes.»

    Un autre type d'entrepreneur provient d'ailleurs. «Certains émigrants n'ont pas d'autre choix que de créer leur propre entreprise s'ils veulent réussir, note Bakr Ibrahim. Plusieurs d'entre eux ont acquis de l'expérience dans leur pays d'origine... C'est l'une des grandes richesses de Montréal!», insiste-t-il.

    Ne devient pas entrepreneur qui veut!


    Le directeur du Centre d'études sur la petite entreprise et les entrepreneurs constate qu'il y a toutefois un saut quantique entre une « bonne idée » et le succès en affaires. «Vous savez, tout le monde a de bonnes idées, lance-t-il en riant. La difficulté, c'est de s'y prendre correctement pour mettre en oeuvre sa bonne idée!»

    «Je dirais que les six premiers mois d'une nouvelle entreprise sont les plus critiques, poursuit-il. Tout est question de gérer ses ressources. Pour ce faire, on doit avoir un plan d'action précis et bien déterminé. On doit prendre les bonnes décisions, évaluer correctement les risques à prendre, mais, surtout, faire preuve de créativité.»

    En fait, il ne s'agit pas tant d'avoir une bonne idée pour réussir, mais bien de faire preuve d'innovation tout au long du parcours comme entrepreneur, indique le chercheur. «Les entreprises qui parviennent à traverser leurs deux ou trois premières années d'existence sont celles qui réussiront», observe-t-il.

    En outre, ce n'est pas tout le monde qui possède la fibre de l'entrepreneuriat. «Lors-que quelqu'un vient me voir pour me dire qu'il ne se consacrera qu'à mi-temps au développement de son entreprise, je sais qu'il échouera!, tranche Bakr Ibrahim. Eh non, pour réussir, il faut y consacrer tout son temps, toute son énergie, toutes ses ressources. Il faut savoir aussi prendre des risques, mais des risques calculés! Lorsque je vois quelqu'un qui hésite trop, qui n'arrive pas à se décider à sauter, je sais qu'il n'a pas l'étoffe d'un entrepreneur.»

    Par contre, Bakr Ibrahim observe que Montréal a vraiment tous les atouts pour se développer: le milieu industriel, des entrepreneurs bien formés, la structure financière, etc. «Nous avons tout ce qu'il faut pour devenir une véritable Silicon Valley!», dit-il avec conviction. La seule chose qui manque actuellement, ce sont les capitaux de risque, qui, comme partout ailleurs, se sont asséchés depuis l'effondrement économique de 2008. «Mais ça reviendra, dit-il. Préparons-nous donc!»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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